La bataille de l’épisode 3 de My Country nous gâte avec un plan-séquence digne des plus grands chefs-d’œuvre du cinéma.

Nous n’étions pas préparés à cela. Nous savions que My Country: The New Age serait un drama historique ambitieux, que ses scènes de bataille avaient nécessité de longs mois de tournage, mais nous n’avions pas imaginé une telle claque.

Disponible depuis le 21 octobre sur Netflix, l’épisode 3 de My Country nous plonge dès le premier quart d’heure au cœur de l’action avec un affrontement épique entre deux armées, qui se distingue par un plan-séquence étourdissant de 2 minutes 12.

Plus fort que le plan-séquence de la bataille de l’épisode 9 de Game Of Thrones Saison 6 ?

Réveil en plein chaos

La scène dont il est question survient au début de l’épisode 3, au bout d’une dizaine de minutes. Enrôlé de force pour combattre les forces ennemies, Seo Hwi (Yang Se Jong) n’a pas l’expérience de la guerre, mais il est doté de capacités exceptionnelles au combat et au tir à l’arc. Le scénario fait une ellipse sur la période qui sépare le moment où il s’éloigne des siens en bateau et cette bataille apocalyptique. Comme si Hwi se réveillait directement en plein chaos.

La scène commence par des images d’une violence inouïe : au milieu des cris et des coups d’épée, les corps s’entrechoquent dans une sorte d’opéra sanglant autour de Hwi.

My Country: The New Age, avec Yang Se Jong

Contraint de tuer un ennemi à coup de pierre, le jeune homme est en état de choc pendant quelques instants, avant de se ressaisir grâce à l’intervention de Park Chi Do (Ji Seung Hyun) – nous apprendrons ensuite que ce dernier est un ami de son père. Park Chi Do donne un arc à flèches à Seo Hwi, qui attrape un carquois et le suit dans la mêlée.

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A l’exception des premières secondes, la scène est tournée en une seule prise. Le plan-séquence démarre à 11 minutes 22 (selon le timecode Netflix), lorsque Seo Hwi, vu d’arrière, saisit une flèche dans son carquois pour abattre son adversaire.

Ce long plan dure 2 minutes 12. C’est plus de deux fois la durée du plan qui a fait date dans la bataille de l’épisode 9 de la saison 6 de la série américaine Game Of Thrones, qui s’étendait sur 0 minute 58.

Défi technique et logistique

Ces plans interminables de Game Of Thrones et My Country ont un point commun : ils sont filmés à hauteur d’homme et nous prennent littéralement aux tripes. C’est tout l’intérêt de ce procédé : l’absence de coupure crée une sensation d’immersion unique et renforce le sentiment du danger.

Voir le plan séquence de Game Of Thrones Saison 6, épisode 9

Réaliser un plan-séquence représente un véritable défi pour un réalisateur. La continuité et la durée du plan exige une préparation longue et minutieuse, la moindre erreur obligeant l’équipe à tout recommencer. Tout doit être pensé dans le détail, du moindre geste des acteurs et des cascadeurs aux déplacements de l’équipe technique.

Certains plans-séquence, comme celui de Game Of Thones, justement, sont de « faux » plans séquences : à plusieurs reprises, un objet passe furtivement devant la caméra pour camoufler une coupe. Ces plans n’en demeurent pas moins de véritables prouesses techniques, puisque le raccord doit être invisible à l’œil nu.

Le plan-séquence de My Country Episode 3 ne comporte pas de coupure. J’ai eu un doute à 12 minutes 40, lorsque Seo Hwi passe derrière une palissade en bois pour éviter une flopée de flèches. En regardant ce passage image par image, les mouvements de l’acteur Yang Se Jong (Duel, Temperature of Love) et des hommes qui l’entourent sont parfaitement cohérents et l’arrière-plan n’est jamais totalement caché.

Enfin, réaliser un plan-séquence exige également du réalisateur et du chef opérateur de maîtriser la lumière. Contrairement à Miguel Sapochnik dans Game Of Thrones S06 E09, qui assombrit l’image pour l’homogénéiser, le réalisateur de My Country, Kim Jin Won, se lance un défi en effectuant ses prises de vue en plein jour.

Le climat est idéal pour un tournage : le ciel est gris, ce qui limite le risque de variations de lumière intempestives. Soutenu par un étalonnage superbe, le résultat est bluffant. La lumière est mise au service de l’action, l’image est incroyablement stable et les cadrages sont parfaits.

Un parti pris de réalisation sophistiqué

Le parti pris de réalisation de Kim Jin Won est osé et sophistiqué : suivre un personnage, mais aussi ses compagnons, en multipliant les angles de vues dans un décor jalonné d’obstacles.

Ce choix diffère de celui de Miguel Sapochnik dans Game Of Thrones S06 E09. Dans ce plan-séquence, la caméra suit Jon Snow (Kit Harington) dans son parcours enragé au milieu des fantassins et des cavaliers de l’armée de Bolton.

L’approche est plus sommaire : le personnage reste au centre de l’image, comme dans un jeu vidéo. Ce choix met l’emphase sur l’absence de visibilité de Jon sur son environnement alors qu’il affronte des soldats et cavaliers anonymes qui surgissent de toutes parts, qui se battent et s’effondrent tout autour de lui.

La sensation de menace à 360 degrés s’avère également prégnante dans le plan-séquence de My Country. Le parcours de Hwi pendant ces 2 minutes 12 est semé d’obstacles en tout genre, entre le décor étroit et claustrophobe dans lequel il se bat dans les premières secondes, les hommes enragés qui lui foncent dessus en brandissant leur épée, les lances qui menacent de l’empaler et les flèches qui pleuvent autour de lui. En bas de l’échelle sociale, Hwi n’a pas d’armure.

Kim Jin Won nous fait vivre l’expérience comme si le cameraman était un reporter de guerre immergé lui aussi dans la bataille. Les menaces arrivent de tous les côtés, y compris du côté de la caméra (Hwi revenant dans le champ en évitant de justesse une lance à 11 minutes 50). La caméra ne se contente pas de suivre Hwi mais se déplace autour de lui, variant les angles de vue et les valeurs de plan.

Il paraît évident que la plupart des flèches et des projectiles lancés sont créés digitalement, l’occasion de souligner la qualité des effets spéciaux du drama, qui contribuent à expliquer son budget conséquent.

Si on passe le plan image par image, on observe que la flèche décochée par Hwi à 11 minutes 43 et la lance envoyée par Park Chi Do à 11 minutes 58 quittent le champ de la caméra avant le mouvement de celle-ci vers la cible. Après le mouvement de caméra, un projectile que l’on suppose digital réapparaît pour atteindre la cible.

Si le personnage interprété par Yang Se Jong demeure notre point focal tout au long de ces 2 minutes 12, la caméra suit en réalité plusieurs protagonistes à la fois. L’idée est de s’appuyer sur le point de vue de Hwi pour embrasser toute la scène qui se déroule autour de lui.

La caméra s’attarde ainsi sur Park Chi Do, mais aussi sur Moon Bok (In Gyo Jin) et Jung Beom (Lee Yoo Joon), que nous ne connaissons pas à ce stade, mais qui deviendront par la suite les amis de Hwi.

Initiation à la guerre

Le plan-séquence de Kim Jin Won surpasse celui de Miguel Sapochnik sur un autre critère : sa richesse narrative.

Mon propos n’est pas de diminuer la valeur de la bataille de Game Of Thrones S06 E09. Celle-ci survient à un certain stade de la série et s’étend sur une durée bien plus longue. Au contraire, cette bataille de l’épisode 3 de My Country est une mise en bouche pour la suite (le même épisode compte deux autres scènes de bataille, dans des styles différents). Toutefois, si l’on s’en tient purement au plan-séquence, celui de My Country raconte beaucoup plus de choses que celui de Game Of Thrones.

Aux côtés de Seo Hwi, qui paraît innocent dans la séquence précédente (il vient d’encaisser le choc d’avoir tué un homme), nous vivons une scène d’une brutalité extrême qui va le faire évoluer en tant que personnage. Quelques images après le fameux plan-séquence, Hwi hurle la bouche ensanglantée comme une bête. La scène raconte la perte de l’innocence, l’initiation à la guerre et au meurtre.

En suivant plusieurs personnages qui se séparent et se retrouvent au détour d’une tuerie, le plan-séquence met l’emphase sur l’expérience à la fois collective et individuelle qu’est la guerre.

L’expérience est collective car les soldats du même camp s’entraident dès qu’ils en ont l’occasion. Elle est individuelle car le soldat se trouve seul au monde dans le chaos infernal de la bataille, soumis à la loterie de la grande faucheuse.

A travers le point de vue de Hwi, nous avons également un aperçu des drames qui se jouent autour de lui, comme dans ce moment où il remarque un jeune garçon agonisant au sol. La caméra suit son regard et saisit cet instant poignant.

Nous découvrons également les élans de solidarité entre soldats du même camp, notamment lorsque Moon Bok est secouru in extremis par son ami Jung Beom. La caméra s’attarde sur ce tandem avant de retrouver Seo Hwi prêtant main forte à Park Chi Do. Les retrouvailles entre Seo Hwi et Park Chi Do marqueront d’ailleurs la fin du plan-séquence.

Cette séquence est soutenue par une bande son à la fois lyrique et stimulante. Les violons participent à transmettre le sentiment de rage qui s’empare des personnages, tout en appuyant la portée dramatique de la scène.

Yang Se Jong très cinégénique dans l’action

Tourner un plan-séquence de ce calibre n’est pas seulement une prouesse de la part du réalisateur et de l’équipe technique, mais aussi des acteurs.

Non seulement Yang Se Jong et ses collègues doivent exécuter à la perfection des mouvements qu’ils ont dû maintes fois répéter, non seulement ils doivent travailler de près avec des cascadeurs de métier, mais ils doivent également continuer à incarner leur personnage pendant l’action.

Je me permets une ultime comparaison entre My Country et Game Of Thrones : Yang Se Jong est meilleur acteur que Kit Harington. Son jeu est plus réaliste, plus viscéral, plus émotionnel. En une séquence, il parvient à délivrer une gamme d’émotions variées, de la peur d’être tué à la rage, en passant par la tristesse de voir un gamin périr au sol. Nous sentons la montée d’adrénaline qui s’empare de Hwi grâce au jeu intense de Yang Se Jong.

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L’acteur coréen rend également très bien dans l’action. Il faut le voir décochant des flèches avec une posture parfaite, avant d’entamer un saut très cinégénique, filmé de profil par une caméra qui suit son mouvement avant de se focaliser sur Park Chi Do, qui fait un saut à son tour.

Une scène d’anthologie

Dans sa chronique Recreating Game Of Thrones’ Dragon Battle, le vidéaste Nerdwriter fait allusion au plan-séquence de la saison 6 de la célèbre série américaine, qu’il décrit comme « une des meilleures séquences de l’Histoire du cinéma de guerre ».

Par son incroyable complexité et sa richesse narrative, j’estime que le plan-séquence de My Country enterre celui de Game Of Thrones.

Le plan n’a bien entendu pas le même objectif. Celui de Game Of Thrones saisit un moment précis, mais s’insère dans une scène plus large, alors que celui de My Country forme la scène. Une chose est sûre, pour reprendre le référentiel de Nerdwrider, nous avons affaire à un moment d’anthologie digne des plus grands films de guerre.

Et vous, qu’en pensez-vous ? Préférez-vous le plan-séquence de Games Of Thrones ou celui de My Country ?

My Country: The New Age est actuellement diffusé sur Netflix à raison de deux épisodes par semaine, chaque épisode arrivant 10 jours après sa diffusion en Corée.

Elodie Leroy

Un lien pour découvrir d’autres plans-séquence dans des séries TV sur le blog culturel Ninehank

Autres sources : Les Inrockuptibles, Biiinge

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