Cette série à la réalisation soignée fait revivre l’esprit des rebelles patriotes coréens de la fin du XIXè siècle. Dommage qu’elle souffre de quelques baisses de rythme.

Nokdu Flower était diffusé sur SBS entre le 26 avril et le 13 juillet 2019. Quelques semaines seulement après le sageuk politique Haechi, la chaîne remettait le couvert avec une série coréenne ambitieuse en 24 épisodes, loin des trendy dramas actuels. Celle-ci a en effet pour particularité d’être sponsorisée par le Ministère de la Culture, un gage de sérieux qui s’explique par l’ancrage de l’intrigue dans la réalité historique, à savoir la rébellion paysanne du Donghak qui secoua la nation entre 1894 et 1895.

Le drama réunit des têtes d’affiche solides : Jo Jung Seok incarne un héros patriote, Han Ye Ri une marchande téméraire, tandis que Yoon Si Yoon trouve dans son personnage de bourgeois déchu l’un des rôles les plus marquants de sa carrière.

Pour faire honneur au caractère solennel de l’entreprise, les producteurs s’offrent les services de Shin Kyung Soo, réalisateur renommé de grands sageuk tels que Six Flying Dragons avec Yoo Ah In et Tree With Deep Roots avec Han Suk Gyu. On lui doit aussi le thriller d’action contemporain Three Days avec Park Yoochun. Quant au scénario, il est signé de Jung Hyun Min, connu pour le drama Assembly avec Jung Jae Young.

Le contexte dans lequel évoluent les protagonistes de Nokdu Flower s’avère particulièrement intéressant, puisque cet épisode de guerre civile se double de l’entrée sur le territoire coréen de troupes étrangères, en l’occurrence chinoises et japonaises. Sans chercher à dissimuler le caractère romancé de son intrigue, le drama apporte un éclairage détaillé sur les prémisses de l’invasion nippone.

Chronologiquement, l’intrigue de Nokdu Flower se situe ainsi quelques années avant celle de Mr. Sunshine, fresque romantique à gros budget qui plante son décor aux alentours de l’année 1905, juste avant l’annexion de la Corée par le Japon.

Plutôt que de mettre l’accent sur une histoire d’amour, Nokdu Flower s’intéresse à l’histoire de deux demi-frères, qui se retrouvent chacun d’un côté et de l’autre de la barrière au moment de la célèbre bataille de Ugeumchi, marquant le pic de la rébellion. Le drama reprend le thème des frères ennemis (au sens large) pour mettre l’emphase sur la déchirure du pays, à la manière d’un film comme Frères de sang, ou d’un drama comme Bridal Mask.

L’aîné des deux frères, Baek Yi Kang (Jo Jung Suk), est le fils illégitime du patriarche Baek et d’une esclave. Méprisé de tous, il mène une vie d’homme violent, tout juste bon à effectuer les corvées que lui assigne son père. A l’inverse, Baek Yi Hyun (Yoon Si Yoon) est un jeune homme cultivé et avenant. Il est aussi le seul à plaider la cause de Yi Kang.

A la manière des protagonistes de Bridal Mask, les deux frères de Nokdu Flower opèrent un virage à cent quatre-vingts degrés vers le premier tiers de l’intrigue. Alors que l’homme de main irrécupérable se met à développer des convictions idéologiques au contact de Ja In et des rebelles de Donghak, l’âme du second s’obscurcit suite à la trahison de son maître incarné par Choi Won Young. Yi Hyun est aussi conditionné par les désirs narcissiques de son père, qui ambitionne de devenir le père d’un ministre. Car les Baek sont en réalité une famille de bourgeois qui se rêvent en riches nobles.

Le chemin des deux hommes croise celui de Song Ja In (Han Ye Ri), une jeune femme hautaine qui dirige d’une main de fer les affaires de son père, chef d’un groupe de marchands ambulants. Son quartier général prend l’aspect d’une auberge située à Jeonju, ville témoin de l’histoire du mouvement paysan Donghak. Ja In, de son côté, ne ressent aucune conviction particulière. Elle se contente d’exceller dans son domaine, qui consiste à faire des affaires au meilleur prix possible, sans se mêler des querelles humaines. Sa vision du monde va être bouleversée par sa rencontre avec Yi Kang, dont elle tombe amoureuse, mais aussi par les événements dramatiques qui se succèdent autour d’elle.

La petite histoire rejoint la grande à travers les destins croisés de ces trois personnages et des nombreux protagonistes qu’ils sont amenés à fréquenter.

La série met en effet en scène la figure historique incontournable de cette période : Jeon Bong Joon, alias le Général Nokdu, leader charismatique du mouvement paysan. Ce dernier est interprété avec talent par Choi Moo Sung, que l’on a déjà pu apprécier en rebelle dans… Mr. Sunshine. A travers ce personnage, Nokdu Flower dépeint les différents visages d’un leader en temps de guerre : loyal avec ses troupes, Jeon Bong Joon est également capable de tuer sans pitié pour son idéal.

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La notion d’idéal se trouve d’ailleurs au cœur de Nokdu Flower. Car malgré leurs différences, les frères Yi Kang et Yi Hyun partagent un vœu commun, celui d’abolir les classes sociales. A ce titre, l’une des idées maîtresses du drama est que la séparation des classes et des personnes fait la faiblesse de la nation de Joseon dans ce moment charnière de l’Histoire. C’est parce que les Coréens sont profondément désunis que les hommes politiques peu scrupuleux en viennent à inviter l’ennemi sur leurs terres. Ironiquement, le Japon envahisseur se fait appeler « le Japon civilisé », en opposition avec le Joseon supposé barbare.

Si le contenu de Nokdu Flower se révèle riche à plus d’un titre, tant dans les thèmes développés que dans la profusion de personnages et de situations, le principal reproche que l’on peut lui adresser tient dans l’écriture collective des personnages principaux. Bien que leurs parcours individuels restent cohérents, la peinture de leurs relations apparaît parfois décousue, notamment dans le dernier tiers, alors même que la marche de l’Histoire est convenablement développée par le scénario.

Cet écueil s’explique en grande partie par le fait que les trois héros se trouvent trop souvent et trop longtemps séparés. Dans cette période instable, il apparaît compréhensible que leurs liens affectifs restent soumis aux forces extérieures. Néanmoins, on ne perçoit pas toujours la force de leurs sentiments.

Le traitement superficiel de la romance entre Yi Kang et Ja in donne l’impression que le scénariste a dû répondre à un cahier des charges. Les interactions entre les deux frères se font également trop rares dans la deuxième partie du drama, alors qu’elles constituent le moteur de l’intrigue. Les derniers épisodes réservent fort heureusement des moments émouvants, notamment lors d’échanges intimistes entre les personnages.

Les défauts évoqués plus haut sont d’autant plus regrettables que la réalisation de Nokdu Flower possède un véritable souffle. Qu’elles impliquent des bâtons, des armes blanches, des fusils ou des canons, les scènes de batailles se révèlent superbement orchestrées et scénarisées, en particulier pour un drama qui n’a pas fait l’objet d’une pré-production.

C’est le cas de la restitution de la bataille du 23 avril 1894 de l’épisode 8, qui voit les rebelles Donghak avancer contre l’armée de Joseon sur la plage de Jangseong. La scène de la prise de Jeonju représente également un moment de bravoure du drama.

Nokdu Flower bénéficie en outre d’un bon casting principal et secondaire. Jo Jung Seok (Jealousy Incarnate) apporte une certaine dimension à Baek Yi Kang, même si on émettra une réserve sur son parti-pris consistant à s’exprimer avec une mauvaise diction. Par ailleurs, il faut admettre que l’actrice jouant sa mère, Seo Young Hee (Bedevilled) ait exactement le même âge que lui, soit 39 ans. Yi Kang est en réalité probablement censé avoir la vingtaine.

Jo Jung Seok se fait toutefois voler la vedette par Yoon Si Yoon. Le héros débonnaire de Your Honor représente en effet l’une des plus belles surprises de Nokdu Flower. A mesure que défilent les épisodes, il nous glace le sang dans la peau d’un homme qui se découvre peu à peu l’âme d’un monstre. Un « ogre », comme il se fait surnommer.

Les scènes de sniper de Yoon Si Yoon comptent parmi les moments les plus mémorables de Nokdu Flower. Parmi elles, on retient tout particulièrement cette séquence lugubre de l’épisode 9, qui le montre abattre un à un les rebelles, tel la Mort frappant au hasard de la nuit. La force dramatique de ce moment doit beaucoup à l’intensité de jeu de Yoon Si Yoon.

Même si elle se trouve un peu en retrait dans certains épisodes, Han Ye Ri (Switch) livre une interprétation convaincante, d’autant que son personnage doit souvent faire face à la solitude. Sa relation complexe avec son père conservateur (Park Ji Il, vu dans Duel) constitue l’aspect le plus intéressant de son personnage.

D’une manière générale, Nokdu Flower met en exergue la relation paternelle, et à travers elle la notion de filiation. Difficile de ne pas mentionner à ce propos l’excellent Park Hyuk Kwon (Something In The Rain), le patriarche Baek par qui le malheur arrive. Ou encore le toujours impeccable Choi Woo Young (SKY Castle), qui nous gratifie de belles scènes de face-à-face hargneux avec Yoon Si Yoon.

Alors qu’il prenait la suite de The Fiery Priest sur le créneau du weekend de SBS, Nokdu Flower est loin d’avoir rencontré le même succès. Les scores d’audience n’ont fait que décliner au long de sa diffusion, pour atteindre une moyenne de 6,6%. Le dernier épisode est heureusement parvenu à atteindre le score honorable de 8,1%. Cette déception commerciale n’enlève rien à la qualité de ce drama réaliste et touchant.

Caroline Leroy

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