Premières impressions : ‘Mask’ avec Soo Ae, Joo Ji Hoon et Yeon Jung Hoon

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Que se passe-t-il quand une femme rencontre son Doppelganger ? Le drama Mask (가면) explore cette idée à travers une intrigue donnant la part belle à la tension psychologique, la perversité des relations humaines et à ce que l’on pourrait appeler l’emprise sociale. Actuellement en cours de diffusion sur SBS, Mask est un véritable petit bijou visuel qui joue la carte du mystère et de l’usurpation d’identité et mise sur un casting de toute beauté, au sein duquel l’excellente Soo Ae (A Family, Queen of Ambition) fait face aux acteurs Joo Ji Hoon (Confession) et Yeon Jung Hoon (Vampire Prosecutor). Signé de la main du scénariste Choi Ho Chul (Secret Love) et du réalisateur Boo Sung Chul (My Girlfriend is a Gumiho, The Heirs), le drama Mask s’offre au passage des ratings fort honorables, en hausse constante depuis le début de sa diffusion.

Mask frappe très fort dès la scène d’ouverture de l’épisode 1 : en pleine nuit, sur une route située dans une forêt en bord de mer, une voiture évite de justesse un animal sauvage et part dans le décor. Au volant, une jeune femme paniquée tente désespérément de réveiller l’homme assis à côté d’elle, cependant que le véhicule continue sa course folle à travers les arbres, avant de se retrouver précipitée dans le vide, tout juste retenue par des câbles de sécurité. Suspendue au-dessus du néant, la voiture part en morceau. Menottée au volant, la jeune femme croit vivre ses derniers instants et envoie des messages d’adieu à sa famille. C’est alors que son téléphone sonne. Au bout du fil, un homme la pousse à passer un mystérieux marché : pour être sauvée, elle doit d’abord mourir…

Comme on s’en doute, le sens de cette impressionnante scène d’ouverture nous sera révélé un peu plus loin. En attendant, le récit nous emmène quelques jours auparavant.

Byun Ji Sook (Soo Ae), vendeuse dans un centre commercial de luxe, doit lutter pour payer les dettes de son père. Un jour, elle croise Seo Eun Ha (Soo Ae), une femme richissime qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau. Seo Eun Ah est justement en pourparlers avec Min Woo (Joo Ji Hoon), héritier d’une puissante chaebol, pour un mariage arrangé. Min Woo a quelques soucis psychiatriques : obsédé par des souvenirs confus de la mort de sa mère, il a régulièrement des hallucinations.

Au cours d’un dîner, Seo Eun Ha est étranglée et jetée dans la piscine de l’immense propriété de la famille de Min Woo. Le problème, c’est que ce dernier a perdu connaissance pendant les faits… D’autres personnes se trouvaient dans les parages, parmi lesquels Mi Yeon (Yu In Young), qui est la sœur de Min Woo, et son époux, Min Seok Hoon (Yeon Jung Hoon). Qui a agressé Seo Eun Ha?

Lorsque Min Seok Hoon entend parler d’une femme qui ressemble à s’y méprendre à la victime, il met au point un plan pour la contraindre de prendre la place de son double. Ji Sook n’a pas le choix : sa famille est criblée de dettes et subit les menaces de la mafia locale…

Je n’ai vu que 9 épisodes de Mask mais je suis déjà scotchée : les personnages ambigus, l’ambiance malsaine, l’histoire perverse sont sublimés par une réalisation et une photographie de toute beauté.

Le cadre narratif n’a pourtant rien de très original : la romance qui se dessine entre Ji Sook, jeune femme trentenaire issue d’un milieu modeste, et Min Woo, héritier de chaebol riche et tourmenté, repose sur un schéma déjà exploité à outrance dans le monde des dramas coréens. De même, l’opposition entre les personnes issues de milieux précaires, qui aspirent à une vie simple et authentique, et les riches perçus comme cruels, rigides et profondément confucéens (le patriarche est tout puissant), n’a rien d’inédit.

Pourtant, Mask a quelque chose de différent. De la toxicité des rapports intergénérationnels à la violence des relations hommes-femmes, tout y est exacerbé et décadent. L’histoire dépeint notamment un milieu richissime dans lequel les femmes ne sont absolument rien : comme dans un monde féodal, leur rôle se réduit à servir les intérêts de leur mari sans jamais être payée de retour par une quelconque marque d’affection – mis à part quelques gifles. Surveillées dans tous leurs déplacements, elles n’ont plus qu’à se réfugier dans l’alcool et la mesquinerie comme Mi Yeon, ou à détruire la moindre personne susceptible de menacer leur pitoyable position. On devrait montrer ce drama à toute jeune femme aspirant à épouser un homme riche ! C’est aussi ça, le Gangnam Style…

Qu’en est-il des hommes ? Leur sort n’est guère plus enviable. Eux aussi sont condamnés à une éternelle solitude. Il n’y a qu’à voir Min Woo, qui fait un bien étrange prince charmant : sujet à des hallucinations, il a aussi développé une phobie du contact physique ! Six mois après Kill Me Heal Me, qui mettait déjà en scène un héritier de chaebol atteint de troubles psychiatriques (lui était carrément aux prises avec sept personnalités !), Mask poursuit le travail de destruction du fantasme suscité par la haute société : derrière le luxe clinquant, c’est surtout la folie qui guette la jeune génération… Une génération écrasée par des parents castrateurs, matérialistes et complètement narcissiques.

Dans Mask, l’univers des grandes familles qui gouvernent les chaebols ne fait donc pas vraiment rêver : bienvenue chez les tarés ! Ji Sook va devoir s’adapter et cacher son identité. A la fois timide et spontanée, elle apparait vite comme une extraterrestre et se fait rabaisser. Cela dit, elle montre déjà dès le début, avant même d’usurper l’identité de Seo Eun Ha, une certaine propension à se faire marcher sur les pieds, voire humilier par la gent masculine. Il y a de quoi se demander dans quelle mesure son caractère l’a poussée à se mettre dans un tel pétrin… Une chose est sûre, ses origines sociales n’y sont pas pour rien : dès lors qu’elle a accepté le marché de Min Seok Hoon, elle est bel et bien prise au piège puisqu’il exerce sur elle une emprise sociale en prenant en otage sa famille. Ji Sook a franchi la limite, le point de non-retour. Elle obtient tous les biens matériels dont elle pouvait rêver mais se retrouve dépouillée de l’essentiel, à savoir son autonomie et son identité. Comme si elle avait pactisé avec le diable.

Soulignons tout de même que l’usurpation d’identité s’opère dans les deux sens : lors des funérailles, c’est bel et bien le cadavre de l’autre femme que pleure la famille de Ji Sook, et ça, c’est quand même assez glauque !

Toujours aussi excellente actrice, Soo Ae endosse le personnage de Ji Sook avec une certaine grâce. A Seo Eun Ah, elle apporte au contraire un charisme et une assurance qui s’opposent de manière saisissante à la timidité de Ji Sook. Je ne sais pas encore quel secret se cache derrière cette ressemblance (même si j’ai des théories sur le sujet), mais ce contraste entre les caractères des deux femmes donne l’impression qu’une certaine force se cache derrière la fragilité de Ji Sook. Au moment où elles se rencontrent, le temps semble suspendu. Et si chacune représentait ce que l’autre rêverait d’être ?

De son côté, Min Woo apparaît comme un partenaire romantique atypique, un antihéros un peu dérangé mais qui laisse vite apparaître un vrai manque affectif. Le problème pour Ji Sook est que Min Woo détestait Seo Eun Ah. Saura-t-elle s’en faire un allié ? Avec sa dégaine de dandy, Joo Ji Hoon incarne ce gosse de riche à la perfection et parvient à en faire un personnage attachant, malgré ses défauts de caractère.

Ji Sook et Min Woo deviennent vite des objets de haine pour les autres membres de la famille, et c’est un peu cela qui va les rapprocher. Il y a d’abord Mi Yeon, qui croit Ji Sook – ou de son point de vue, Seo Eun Ah – impliquée dans une romance avec son époux, Min Seok Hoon. Campée par Yoo In Young, Mi Yeon a l’air franchement atteinte elle aussi. Elle n’est pas seulement alcoolique et désœuvrée, elle aussi sadique ! Il faut dire que la jeune femme serait peut-être plus heureuse si seulement son époux la regardait un peu plus…

Justement, parlons un peu de Min Seok Hoon parce que ce personnage vaut vraiment le détour ! Interprété par Yeon Jung Hoon (Vampire Prosecutor), qui nous avait habitués à des rôles plus sages, il s’avère être le véritable bad guy de l’histoire. Et quel bad guy ! Imaginez qu’il avait réellement une liaison avec Seo Eun Ah et qu’il a orchestré l’échange entre le cadavre de cette dernière et Ji Sook ! L’intérêt qu’il porte à la jeune femme, qu’il maintient sous une emprise malsaine en la menaçant quotidiennement, est quand même assez trouble : sous prétexte de s’assurer qu’elle respecte son plan, il la fait surveiller 24h/24, quand il ne la mate pas directement dans son intimité grâce à la caméra qu’il a fait installer dans la chambre conjugale… Un vrai pervers ! A la fois glaçant et élégant, il révèle aussi très vite des pulsions meurtrières. On se demande vite à quel moment il va commettre son premier meurtre !

Comme le suggérait le teaser avec son jeu sur les miroirs, le voyeurisme est un thème central dans le drama – les miroirs sont d’ailleurs omniprésents dans le décor. Il n’y a qu’à voir cette scène où le maléfique Seok Hoon regarde une vidéo de Ji Sook et Min Woo dans leur intimité, cependant que sa femme Mi Yeon, qui se trouve dans la même pièce, regarde des photos volées de son époux avec Seo Eun Ah… Dans cette famille, tout le monde se surveille, tout le monde s’espionne, tout le monde porte un masque, que ce soit vis-à-vis des proches ou des médias. Ajoutons à cela le rôle étrange joué par Ji Hyuk (Hoya, du groupe Infinite, s’en sort très bien), le petit frère de Ji Sook, qui découvre que sa sœur n’est pas morte et entreprend de l’espionner afin de révéler la vérité…

Arrivée à mi-parcours de Mask, j’’espère tout de même que Ji Sook va finir par se rebeller, voire qu’elle prévoit de se venger du terrible Min Seok Hoon. Quand j’ai dit cela à Caroline, elle m’a répondu : « C’est Soo Ae, elle ne va pas se laisser faire ! ». Ayant découvert cette actrice il y a une dizaine d’années dans le film A Family (disponible en France chez Kubik Video), où elle interprétait une adolescente rebelle sortie de prison, et sachant que la tendance dans les dramas actuels est aux personnages de femmes fortes, je n’ai pas trop de mal à y croire !

Elodie Leroy

Ci-dessous, le trailer de Mask, version longue (5 minutes environ), suivi des deux teasers.

Mask, teaser 1 :

Mask, teaser 2 (« Doppelganger ») :

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