Preview. ‘Kurosagi’ : du drama japonais au film

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Les fans l’attendent en trépignant d’impatience : Kurosagi, l’escroc des escrocs, revient sur le devant de la scène pour accomplir sa vengeance dans le cadre non pas d’une nouvelle série télévisée, mais d’un long métrage de cinéma. Tomohisa Yamashita et Maki Horikita reprennent leurs rôles respectifs dans Kurosagi le film tout comme la majeure partie du casting du drama, à l’occasion de cet événement prévu dans les salles japonaises le 8 mars 2008.

A l’origine de la série télévisée Kurosagi, il y a le manga à succès en dix volumes de Takeshi Natsuhara (scénario) et Kuromaru (dessin), sérialisé dans le Young Sunday Magazine à partir de 2004. L’œuvre vient d’être primée en 2008 du Shogakukan Manga Award, dans la catégorie générale, comme on pu l’être par le passé des chefs d’œuvre tels que Monster et 20th Century Boys de Naoki Urasawa. Le drama était quant à lui diffusé du 14 avril 2006 au 23 juin 2006 sur la chaîne TBS, et sa fin très ouverte laissait présager d’une suite inévitable. Le long métrage est dirigé par le principal réalisateur de la série, Yasuharu Ishii, auquel on doit par ailleurs le très bon drama Hana Yori Dango.

Kurosagi, le drama (2006)

L’histoire de Kurosagi est celle d’un jeune homme, Kurosaki (Tomohisa Yamashita), seul survivant du massacre de sa famille que son père a perpétré après avoir été victime d’une terrible escroquerie. Assoiffé de vengeance, il décide pourtant contre toute attente de devenir lui-même escroc et six ans plus tard, il est connu sous le nom de Kurosagi comme le plus redoutable d’entre eux : l’escroc noir, qui arnaque les escrocs blancs (Shirosagi) et rouges (Akasagi) pour rendre aux victimes leur argent. Afin d’obtenir les informations dont il a besoin, Kurosagi doit traiter avec un homme mystérieux appelé Katsuragi (Tsutomu Yamazaki), qui se trouve être aussi le responsable indirect de la disparition de sa famille. Ses plans sont cependant bouleversés par l’arrivée dans son voisinage de Tsurara Yoshikawa (Maki Horikita), une étudiante en droit qui a pour ambition de devenir procureur et voit d’un mauvais œil ses pratiques criminelles, tout en ne restant pas indifférente à son charme.

Les onze épisodes de Kurosagi se présentent à première vue comme une succession de loners dans lesquels Kurosagi use de stratagèmes et de déguisements divers et variés afin de tromper ses proies peu recommandables. Escroqueries en bourse ou au mariage, fonds mutuels douteux, sociétés fictives, charlatanisme, toutes les arnaques ou presque font l’objet des bons soins de notre singulier héros.

kurosagi_film_01Non content d’être sévèrement désapprouvé par sa locataire éprise de justice, il en vient rapidement à attirer l’attention d’un flic un peu allumé répondant au doux nom de Kashina (Shô Aikawa, l’un des acteurs fétiches de Takashi Miike). Ce qui ne l’empêche pas de mener ses petites affaires avec une désarmante décontraction, dans les premiers épisodes tout du moins. Car derrière cette fantaisie parfois franchement comique se profile une trame de fond plus sombre qu’il n’y paraît, dont les bases nous sont posées dès le premier épisode ; une trame qui laisse à chacun des personnages principaux une place suffisante pour évoluer, et la quête de vengeance de Kurosagi avec elle.

Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, Kurosagi ne gagne pas à tous les coups en dépit de son ingéniosité et de son arrogance, manipulé qu’il est à son insu par le personnage ambigu de Katsuragi, figure paternelle malsaine admirablement campée par le vétéran Tsutomu Yamazaki (Barberousse, Kagemusha). Quant à la romance, traditionnellement très présente dans les dramas, elle est ici mise en sourdine au profit d’une étrange relation d’attirance-répulsion entre Kurosagi et Tsurara.

Moins corsé du point de vue des duels intellectuels purs qu’un drama comme Liar Game (avec Erika Toda et Shota Matsuda), Kurosagi brille par un mélange savant d’humour et de gravité distillé à l’intérieur d’un univers parfaitement cohérent, auquel il faut ajouter une bande-originale très réussie et bien sûr la qualité d’interprétation de ses interprètes. Tomohisa Yamashita et Maki Horikita se retrouvaient de nouveau réunis à l’écran dans la série Kurosagi, un an après le miraculeux Nobuta wo Produce dans lequel ils formaient avec Kazuya Kamenashi un trio exceptionnel de fraîcheur et de justesse. Inconnus au bataillon en France, ces deux-là sont de véritables stars dans leur pays malgré leur jeune âge.

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Tomohisa Yamashita alias Yamapi

Sorte de quintessence du bishônen à lui tout seul, Tomohisa Yamashita – que ses fans comme les médias japonais surnomment affectueusement « Yamapi » – fait avec le long métrage Kurosagi ses premiers pas sur le grand écran. A l’instar de Takuya Kimura, Jun Matsumoto ou Kazunari Ninomiya, il est issu de la Johnny’s Entertainment, cette machine à produire des idoles masculines, qu’il intègre à l’âge de 11 ans dans la catégorie des « Johnny’s Juniors ». Cette activité précoce au sein de divers boys bands en culottes courtes ne l’empêche pas de mener dès ses 15 ans une carrière fructueuse à la télévision.

Après divers petits rôles, il remporte en 2000 un prix du meilleur second rôle pour sa prestation dans le drama Ikebukuro West Gate Park de Yukihiko Tsutsumi, aux côtés de Tomoya Nagase, Yôsuke Kubozuka et Ken Watanabe. Capable de réussir l’exploit de faire forte impression dans un tanpatsu (téléfilm) pourtant édifiant de niaiserie (Shônen wa Tori ni Natta, 2001), il se montre aussi à l’aise dans la comédie (Stand Up! en 2003, toujours de Yukihiko Tsutsumi ; Dragon Zakura en 2005) que dans le drame (Sore wa,Totsuzen, Arashi no You ni, dans lequel il fait tourner la tête de Makiko Esumi) ou la comédie romantique (Proposal Daisakusen, 2007).

Son rôle le plus mémorable à ce jour reste toutefois celui de Akira Kusano, l’ado un peu barjo et extraordinairement attachant de Nobuta wo Produce, qui lui offre l’opportunité de déployer des trésors de créativité. Qualité dont il fait de nouveau bon usage dans Kurosagi, en s’amusant à endosser tour à tour et avec le même bonheur le costume du salaryman coincé, du jeune bourge insupportable, en passant par celui du médium respectable ou de l’homme d’affaires intraitable. Après avoir assuré en solo la très accrocheuse chanson du générique du drama Kurosagi, Daite Seňorita, il interprète au sein du groupe NewS – dont il est le leader depuis 2004 – celle du long métrage, intitulée Taiyou no Namida.

Maki Horikita

Maki Horikita

Quant à Maki Horikita, elle collectionne les nominations et prix d’interprétation depuis sa prestation inoubliable dans Nobuta wo Produce. Prix du Meilleur Second Rôle pour cette série puis pour Kurosagi deux ans plus tard, elle recevait tout récemment le prix de la Meilleur Actrice aux Television Academy Awards pour la série Hanazakari no Kimitachi e, adaptation du manga Parmi Eux dans laquelle elle se travestissait pour partager la chambre de Shun Oguri à l’intérieur d’un internat pour garçons.

Mais son aura ne s’arrête pas à la télévision puisqu’elle était aussi couronnée du prix de la Révélation de l’année en 2006 pour le film Always – Sunset on Third Street de Takashi Yamazaki. En 2008 encore, elle était nommée au prix de la Meilleur Actrice dans un Second Rôle pour le deuxième opus, Always – Sunset on Third Street 2. On la retrouvera prochainement aux côtés de Tatsuya Fujiwara dans le tanpatsu en deux parties Tokyo Daikushu, qui se déroulera durant la Seconde Guerre Mondiale à l’époque des bombardements de la ville de Tokyo.

On retrouvera par ailleurs dans le long métrage les autres acteurs réguliers du drama, à savoir Tsutomu Yamazaki (Katsuragi), Yui Ichikawa (Yukari Mishima), Sho Aikawa (Masaru Kashina), Kaoru Okunuki (Hayase), Kôji Kato (Yoichi Shiraishi) et Reina (Yûko Osawa), auxquels il faudra ajouter les guest stars Renji Ishibashi, Kaoru Sugita, Tôru Minegishi, Yukiya Kitamura et Kiyotaka Nishimura.

Kurosagi réussira-t-il son examen de passage du petit au grand écran au Japon, pays où chaque nouvel opus animé de Doraemon, Pokemon ou Detective Conan se classe immanquablement au sommet du box-office à sa sortie ? Réponse dans quelques jours.

Caroline Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 7 mars 2008

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