CRITIQUE. ‘Squad 38’, avec Seo In Guk et Ma Dong Seok : un duo d’acteurs épatant, un drama jubilatoire

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C’est l’un des tout meilleurs dramas de l’année 2016. Squad 38 représente le fin du fin de la production télévisuelle coréenne: une réalisation de cinéma, un scénario remarquable d’intelligence et teinté d’un humour ravageur, des acteurs brillants depuis les premiers rôles jusqu’au moindre personnage secondaire… Pas étonnant que ce drama soit devenu en quelques semaines le plus gros hit de la chaîne câblé OCN depuis sa création. Il possède toutes les qualités que l’on peut rechercher dans une série, et démontre à l’instar du thriller Signal à quel point les dramas coréens sont devenus incontournables aujourd’hui, pour peu que l’on soit à la recherche d’histoires novatrices et excitantes et de prestations d’acteurs de haute volée. Dans Squad 38, Seo In Guk et Ma Dong Seok forment un duo absolument extraordinaire, de ceux que l’on n’est pas prêt d’oublier tant il est digne des plus légendaires buddy movies de cinéma. Une raison largement suffisante pour donner sa chance à ce bijou télévisuel.

Ma Dong Seok et Seo In Guk dans "Squad 38" (OCN, 2016)Squad 38, c’est un peu une histoire de super-héros des temps modernes. Pendant que les Américains rivalisent de puérilité avec leurs films sans âme mettant en vedette des cinquantenaires en costumes moulants, les Asiatiques réinventent le justicier du XXIème siècle. Un justicier qui ne contemple plus le monde à distance tel un Dieu (Man of Steel !) mais un homme ou une femme qui vit parmi les gens ordinaires et combat l’injustice à l’intérieur même du système. Une personne qui met son cerveau à contribution pour s’attaquer à la délinquance en col blanc, celle que tout le monde évite. Il y a le banquier d’affaires Hanzawa Naoki, qui lutte contre la corruption rampante du système bancaire japonais dans le drama éponyme. Il faudra à présent compter avec le modeste fonctionnaire Baek Sung Il de Squad 38, qui s’est donné pour mission rien moins que de mettre fin aux fraudes fiscales monstrueuses qui pèsent sur les contribuables.

Homme paisible mais déterminé, Baek Sung Il (Ma Dong Seok) est un citoyen révolté. Il est le chef de l’équipe d’intervention du service de recouvrement des impôts et taxes impayés de la mairie de Séoul. Pourtant, il n’est rien devant les puissants qui évadent sans scrupule des milliards de wons. Avec son adjointe Chun Sung Hee (Choi Sooyoung) et le reste de son équipe, ils n’encaissent que des humiliations lorsqu’ils se rendent dans les riches propriétés pour réclamer l’argent volé. Le destin joue en la faveur de Sung Il lorsqu’il fait la connaissance, dans des circonstances rocambolesques, d’un jeune arnaqueur surdoué du nom de Yang Jung Do (Seo In Guk). Pour échapper à la prison, celui-ci lui propose de l’aider à récupérer l’argent impayé. Ensemble, ils montent dans le plus grand secret la première équipe d’arnaqueurs professionnels avec une mission de service public…

La mise en scène de la corruption est une constante dans les dramas coréens, et tient notamment au fait que beaucoup d’intrigues ont pour cadre les chaebols (les trusts) et leurs patrons richissimes. Pots de vin, abus de pouvoir, fayotage effréné envers les chefs, persécutions envers les employés, la peinture de ces milieux n’est pas tendre lorsqu’on fait le bilan. Là où Squad 38 se démarque, c’est que les personnages sont des fonctionnaires censés être au service des citoyens. Or la corruption y est tout aussi décomplexée.

Au fil des arnaques menées par nos héros, plus ambitieuses à mesure que l’on progresse dans l’intrigue, le drama décortique soigneusement les tenants et les aboutissants de ces manipulations ordinaires, si dommageables pour la société. Il met en évidence le sentiment d’impunité et l’écœurant mépris social des riches fraudeurs envers pauvres mais aussi la classe moyenne inférieure, qu’ils n’hésitent pas à écrabouiller à la moindre contrariété. Le moment où Chun Sung Hee se fait menacer par le redoutable Bang Pil Gyu, chez lequel elle a organisé une perquisition en toute légitimité dans le cadre de sa mission, est absolument glaçant. Les aspirations idéalistes de Baek Sung Il résonnent d’autant plus fort en nous que la tromperie est moralement inacceptable. Et ses victoires n’en sont évidemment que plus jouissives.

Squad 38 joue admirablement sur ce riche potentiel dramatique grâce à un scénario qui allie créativité, humour et humanisme, le tout transcendé par une réalisation nerveuse et un excellent sens du rythme. Le timing de la comédie y est exceptionnel. Le scénariste Han Jung Hoon (Vampire Prosecutor, Missing 9) et le réalisateur Kim Jeong Min (Hidden Identity) ont déjà collaboré auparavant sur Bad Guys en 2014, un drama remarqué qui donne aussi la vedette à un gang de marginaux. On y retrouve d’ailleurs l’acteur Ma Dong Seok. Le duo irrésistible que ce dernier forme avec Seo In Guk représente justement l’une des plus grandes réjouissances de Squad 38.

Avec le personnage de Yang Jung Do, Seo In Guk tient certainement le meilleur rôle de sa courte mais déjà prolifique carrière. Révélé dans Reply 1997 en 2012, il n’a cessé depuis de se lancer des défis. Il faisait déjà des merveilles dans King of High School Life Conduct (2014) et Hello Monster (2015). Il se prête dans Squad 38 à un numéro d’acteur époustouflant. Quand on le voit, dès le premier épisode, jongler entre les téléphones pour mener en bateau trois pigeons à la fois, le tout en conduisant tranquillement sa voiture, on croirait qu’il a fait ça toute sa vie. Durant tout le drama, il endosse des dizaines de rôles plus farfelus les uns que les autres avec la même décontraction. Roublard, séducteur, drôle, téméraire et incroyablement attachant, Seo In Guk fait preuve d’une telle audace dans son jeu qu’on en reste bluffé. De la haute voltige, digne de la performance de Leonardo DiCaprio dans Attrape-moi si tu peux (Steven Spielberg).

Ma Dong Seok, quant à lui, est un peu une découverte tardive. Il a joué dans divers films connus, comme The Unjust (Ryu Seung Wan) ou The Royal Tailor (Lee Won Suk) mais était plutôt abonné aux rôles secondaires. On l’a vu en 2016 dans Train To Busan (Yeon Sang Ho), puis il a décroché un premier rôle aux côtés de Choi Minho dans Derailed (Lee Seong Tae), présenté à Busan. Il est l’interprète idéal pour le rôle de Baek Sung Il, cet employé sans histoires qui s’embarque dans une double vie trépidante. Il nous ferait presque oublier son physique de combattant – il fut entraîneur de MMA aux Etats-Unis avant d’être acteur. Avec ses airs de gros nounours maladroit et ses yeux un peu hagards, il est désarmant et authentique, très touchant. Une vraie révélation.

Quand on imagine une équipe de hors la loi en milieu urbain, on pense forcément à des films de casse tels que Ocean’s Eleven (Steven Soderbergh) ou encore The Thieves (Choi Dong Hoon). Ici pourtant, nul besoin d’un acrobate ou d’une spécialiste des coffres forts. Le « métier » d’arnaqueur exige avant tout de posséder de solides compétences d’acteur, une dimension que le drama explore de manière aussi désopilante que passionnante.

Tout d’abord à travers la relation de maître à élève qui unit les deux personnages principaux, à la manière d’un film d’arts martiaux. Sauf que le rapport est inversé puisque c’est ici le plus jeune qui enseigne le métier au plus âgé. Les scènes qui montrent Sung Il faire ses premiers pas de « comédien » sous la direction avisée de Jung Do sont un vrai régal.

Ensuite, à travers le travail de groupe. Lorsqu’ils sont dans leurs rôles respectifs, les arnaqueurs de Squad 38 interagissent dans ce qui s’apparente à de véritables scènes de fiction où chacun hérite d’un rôle pré-écrit, susceptible d’accueillir l’improvisation. Tout comme une scène de film peut avoir pour but d’exposer au spectateur un unique élément de personnalité d’un protagoniste, l’équipe de Jung Do et Sung Il s’affaire à implanter dans l’esprit de sa proie la croyance en un contexte fictif, qui orientera son comportement à venir. Si besoin est, on peut même recruter des figurants, comme dans cette scène absolument géniale de l’épisode 8 où Jung Do, qui veut se faire passer pour un businessman chinois auprès de sa victime, invite celle-ci à assister à un meeting au cours duquel il galvanise des foules d’anonymes grassement payés. Tout simplement l’une des meilleures scènes de série télévisée de l’année!

Un autre exemple est cette séquence hilarante et virtuose de l’épisode 5, où Jung Do débarque dans l’open space d’un service administratif, et parvient en l’espace de quelques dizaines de secondes à se faire passer pour un supérieur hiérarchique auprès des employés stupéfaits. L’allure (costume gris, chemise blanche, lunettes), la posture (les mains sur les hanches, le menton relevé), le regard perçant, le ton péremptoire, tout concourt à intimider les pauvres employés, au point qu’ils finissent par adopter une attitude de soumission, dans le doute. Or là encore, cette « scène » créée de toutes pièces par Jung Do n’a pour but que de garantir la crédibilité de son personnage auprès de sa future victime.

Le scénario de Squad 38 est à l’image de son héros Yang Jung Do: il est en perpétuel mouvement, il se réinvente au fur et à mesure que de nouveaux obstacles se présentent, parfois dans une même scène. A l’instar des arnaques imaginées par les protagonistes, ce qui fascine dans Squad 38 c’est cette capacité incroyable à créer des instantanés du réel, qui font que chaque personnage présent à l’écran semble avoir été surpris là par les caméras. A travers cette mise en abyme, le drama nous offre mine de rien l’opportunité de percer quelques-uns des secrets du génie coréen en matière de fiction. Et l’un de ces secrets tient à la qualité des acteurs. Tous les acteurs, jusqu’au plus petit rôle.

Outre Seo In Guk et Ma Dong Seok, les seconds rôles sont eux aussi plus savoureux les uns que les autres. A commencer par les membres de l’équipe de choc, tels que la vétérante Song Ok Sook (Brain), qui joue la mécène du petit groupe, toujours accompagnée de sa secrétaire distinguée jouée par Kim Joo Ri. Il y a aussi la jeune Lee Sun Bin en espionne caméléon et Heo Jae Ho en gangster sympathique. De son côté, Sooyoung (Spring Days) apporte beaucoup de détermination au personnage de Sung Hee qui fait face à d’importants dilemmes moraux.

Quant aux « méchants » de Squad 38, ils sont excellentissimes, depuis le désinvolte Oh Dae Hwan (Marriage Contract) qui joue Ma Jin Seok jusqu’à Lee Ho Jae (Doctors) qui incarne le terrifiant Choi Chul Woo, en passant par Kim Hong Fa (Romantic Doctor, Teacher Kim) qui interprète le sournois Bang Pil Gyu. Il y a aussi Jo Woo Jin (Inside Men), tellement bon dans le rôle du chef mesquin de Sung Il, qu’il est l’un de mes coups de cœur du drama. Enfin, n’oublions pas l’incontournable Ahn Nae Sang (Awl), dans le rôle du maire de Séoul. Tous méritent d’être cités, tant ils sont plus vrais que nature dans leurs personnages respectifs.

Squad 38 est produit par SM Entertainment, plus connu pour ses légendaires groupes de K-Pop que pour ses fictions de qualité. 2016 pourrait être un tournant pour le label qui enregistre avec Squad 38 un nouveau succès commercial et critique, peu de temps après My Lawyer, Mr Jo. A l’heure qu’il est, les droits de diffusion du drama ont déjà été vendus à dix pays, parmi lesquels la Chine, le Japon et Hong Kong, mais aussi l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

L’excellente chanson Cool est interprétée par des artistes de SM, Key de SHINee et Doyoung de NCT. Quelques notes de cette chanson suffisent à raviver l’euphorie que provoque la vision de ce drama jubilatoire. Je vous le recommande chaudement.

Caroline Leroy

 

Teaser et bande-annonce de Squad 38

 

 

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