Critique : ‘Æon Flux’, de Peter Chung

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Que l’on vénère ou que l’on haïsse le style de Peter Chung, le moins que l’on puisse dire est qu’il ne laisse pas indifférent. Le dessinateur / réalisateur d’origine sud-coréenne possède une patte si outrée, si agressive, que l’on aurait presque tendance à ne se focaliser que sur cela lorsque l’on se retrouve confronté à l’une de ses créations. Parmi celles-ci, on citera le cas d’Alexander Senki dont il a signé le character design plus qu’exubérant, ou encore celui du délirant et improbable Matriculated, segment d’Animatrix dont il a assuré le design, l’écriture et la réalisation. Mais il n’en était alors pas à ses galops d’essai. Quelques années plus tôt déjà, les élucubrations graphiques de Peter Chung avaient donné naissance à l’une des super-héroïnes animées les plus étonnantes et déjantées jamais rencontrées sur le petit écran américain : Æon Flux.

aeon_flux_01Cette intraitable mercenaire avait tout d’abord promené sa longue silhouette arachnéenne au milieu des ruines d’un monde futuriste non-identifié, le temps de quelques courts-métrages diffusés à la télévision US en 1991 et d’une durée de trois à cinq minutes chacun. Devant le succès inattendu rencontré par cette mini-série hors du commun, l’équipe avait finalement remis le couvert quatre ans plus tard pour servir aux spectateurs une série dont le format plus conventionnel – 10 épisodes de 26 minutes – allait définitivement installer le personnage dans les mémoires, jusqu’à ce qu’Hollywood s’en mêle il y a quelque temps.

aeon_flux_11Pourtant, lorsque l’on découvre la série Æon Flux de 1995, on ne peut s’empêcher de se dire que la place d’Aeon se trouve bel et bien sur le petit écran et non sur le grand. Tout simplement parce qu’avant d’être une héroïne d’action évoluant dans un univers de science-fiction, Aeon Flux est un concept. Les premiers courts-métrages qui lui sont consacrés ne lui accordent pas même la parole – elle ne prononcera qu’une seule onomatopée de toute la mini-série, le but étant avant tout de pousser chaque délire le plus loin possible avant de découvrir de quelle manière vicieuse elle va périr… pour réapparaître comme une fleur dans l’épisode suivant.

La présente série Æon Flux s’attache évidemment davantage à construire un univers et à développer des intrigues, comme le format l’exige. Malgré les contraintes, et entre autres celle de briser le mythe en habillant Aeon d’une voix, Peter Chung et son équipe sont parvenus à entretenir une miraculeuse cohérence avec l’œuvre d’origine. Chaque épisode nous parachute en plein cœur d’une histoire déjà bien entamée et dont il est parfois impossible de saisir tous les tenants et aboutissants.

aeon_flux_05A ce titre, les dialogues ne gâtent en rien le mystère puisqu’ils s’avère la plupart du temps aussi nébuleux que les va-et-vient incessants de Trevor Goodchild, dirigeant tyrannique décidément très concerné par les déplacements sur le « terrain », et ennemi juré d’Aeon quand les deux larrons ne s’abandonnent pas à quelque séance de batifolage sado-maso dans la nature. Æon Flux regorge de trouvailles en tout genre qui font irruption au milieu de nulle part et ce dès le premier épisode, en plus de bousculer plus qu’il ne le faut apparemment les bonnes vieilles valeurs morales.

La série telle qu’elle nous est présentée en DVD aujourd’hui est en effet débarrassée des coupures diverses et variées imposées par la censure américaine lors de sa diffusion et qui ont trait pour la majeure partie d’entre elles à des suggestions de nature sexuelle. Il est vrai que Peter Chung n’y va pas avec le dos de la cuiller, pour notre plus grande plaisir. La relation passionnelle et mouvementée qui unit Aeon et Trevor est en soi tout un poème, tandis que chaque épisode apporte son lot de détails pervers et bien souvent hilarants à l’édifice.

aeon_flux_09Quant à Aeon, elle arpente les couloirs sombres et inquiétants de bâtiments inconnus en soutien-gorge et string, toujours munie d’un humour absolument décapant qui se révèle au moins aussi efficace que les multiples armes dont elle se sert volontiers. Les personnages secondaires ne sont pas en reste, même si tous n’apparaissent que le temps d’un seul épisode puisque Aeon et Trevor sont les seuls personnages récurrents de la série.

Entre un homme dont l’intérieur du ventre mène à un couloir qui lui-même débouche sur une chambre à coucher, une femme qui se déplace à l’aide de pieds s’apparentant à d’immenses mains ou une autre dont la colonne vertébrale se tord à volonté pour peu qu’on lui ôte la capsule nichée à la base de l’une de ses vertèbres…

Au final, peu importe si l’animation pourra sembler un peu raide en comparaison avec des séries plus récentes, Æon Flux ne ressemble à aucune autre série, de même que le style graphique de Peter Chung est décidément unique en son genre.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 26 janvier 2006

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