Critique : ‘Angel Sanctuary’, de Kiyoko Sayama

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Les OAV (Original Animated Video) de Angel Sanctuary adaptent le début du célèbre manga en 20 volumes de Kaori Yuki, débuté en 1994. Ce qu’il faut savoir, c’est que ce manga est extrêmement dense (parfois trop). Or la version animée prétend en retranscrire plus de trois volumes en trois épisodes de vingt minutes chacun. On ne sera donc pas étonné de constater qu’elle échoue dès les premières images à retranscrire à l’écran la complexité de l’intrigue et de l’univers alambiqué de l’auteure, faisant de Angel Sanctuary un sous-X (la série animée tirée du manga de Clamp), ce que le manga d’origine n’est pas, loin de là.

Setsuna Mûdo est un lycéen de 16 ans pas comme les autres : torturé par son amour interdit pour sa sœur Sara, il lutte depuis longtemps contre cette tendance qu’il qualifie lui-même de monstrueuse et qui provoque un naturel rejet de sa mère envers lui. Au moment où débute cette histoire, Setsuna ne se doute pas qu’il est aussi la réincarnation de l’ange organique Alexiel, la femme qui a défié Dieu lui-même dans le passé, et par conséquent l’objet de convoitise des anges et des démons, venus sur terre pour l’éliminer ou le « réveiller ».

angel_sanctuary_04La problématique de l’adaptation animée d’Angel Sanctuary se résume dès les premières scènes à la question : quand donc Setsuna va-t-il se réveiller et réaliser qu’il est la clé de voûte de notre monde, la réincarnation de l’un des anges les plus puissants, et prendre possession de l’« épée divine » ? Ce Setsuna Mûdo n’est donc pas sans rappeler un certain Kamui Shirô…

Angel Sanctuary nous présente Setsuna comme un être tourmenté en permanence, presque sordide, en proie à d’interminables monologues intérieurs assenés tout au long des épisodes, faisant souvent doublon avec les images. Certes, il a de quoi être déprimé : il est amoureux de sa sœur et rejeté par sa mère. Mais cette démarche misérabiliste adoptée par l’OAV pourra surprendre le lecteur du manga, familier avec un Setsuna plein d’interrogations sur sa « normalité » mais plutôt rigolo et maladroit dans l’ensemble.

angel_sanctuary_02De même, les autres personnages sont vite ramenés à des visions caricaturales, le meilleur exemple étant certainement le pire ennemi de notre héros, Rochel, le frère d’Alexiel. Déjà insupportable dans le manga, Rochel est tout simplement ridicule dans la version animée. Quant aux autres protagonistes, ils sont tout aussi inintéressants, à l’exception peut-être du mystérieux Kira, seule réussite de ces OAV.

Mais les personnages ne sont pas le seul bémol d’Angel Sanctuary : la mise en scène expéditive, le découpage quasi hystérique, la faiblesse du character design, presque grossier en comparaison de la finesse du trait de Kaori Yuki, classent ces OAV dans une gamme très en-deça de la production actuelle. A l’ère des X, Fruits Basket ou Cowboy Bebop, on était en droit d’attendre un spectacle d’une qualité supérieure.

D’autre part, étant donné la richesse du manga, on aurait souhaité que l’adaptation animée prenne davantage son temps. Dans le manga, l’acceptation par Setsuna de sa condition d’ange en passe par tout un tas de péripéties qui nous laissent le temps de nous interroger sur les motivations des différents personnages qui entrent en scène.

angel_sanctuary_01Dans les OAV, tout est précipité, mal amené, au risque de simplifier l’intrigue à l’extrême, comme si le temps était compté. L’ennemi (Rochel) est tout de suite pointé du doigt, sans ambiguïté, alors qu’il s’écoule un certain temps dans le manga avant que l’on ne comprenne qui peut être l’auteur des faits étranges qui secouent le lycée de Setsuna (l’apparition d’un jeu vidéo meurtrier notamment).

Cet épisode plus ou moins introductif à l’univers d’Angel Sanctuary a été écarté dans l’adaptation animée, où l’on se concentre immédiatement sur le destin de notre héros tragique et sur ses interrogations existentielles. Cela peut se comprendre étant donné qu’il n’est pas nécessaire à la compréhension des principaux enjeux de l’histoire, mais il aurait peut-être fallu lui substituer un bref prologue afin de restituer l’ambiance de mystère du début du manga et introduire le personnage de Rochel de façon plus insidieuse.

Angel Sanctuary version animée n’est donc pas à la hauteur du travail de Kaori Yuki. Cependant, on peut dire à son crédit que ces trois épisodes se laissent regarder sans ennui, en particulier pour les spectateurs n’ayant pas lu le manga, au vu de certains thèmes audacieux évoqués, tels l’inceste, que l’on a peu l’habitude de trouver dans l’animation. Angel Sanctuary aura donc peut-être pour effet positif de pousser les novices à se pencher sur l’œuvre d’origine qui le mérite amplement.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 20 novembre 2003

> Lire la critique de Vampire Knight (épisodes 1 à 13), de Kiyoko Sayama

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