Critique : ‘Basilisk’, de Fuminori Kizaki – Episodes 1 à 12

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Basée sur une histoire de Futaro Yamada qui avait déjà fait l’objet d’une adaptation sous forme d’un manga en cinq volumes de Masaki Segawa publié entre 2003 et 2004, la série TV Basilisk, datée de 2005, fait partie des productions les plus récentes du studio Gonzo. De manière amusante, la lutte des Iga et des Kôga était transposée sur grand écran la même année au Japon dans le film Shinobi de Ten Shimoyama avec Joe Odagiri dans le rôle de Gennosuke Kôga et Yukie Nakama en Dame Oboro des Iga. Toutefois, au vu de la multiplicité des intrigues et sous-intrigues et surtout du nombre impressionnant de personnages, le format série apparaît comme seul à même de rendre justice au matériau de départ. Un avantage dont Basilisk tire parti avec plus ou moins de bonheur au fil de ces douze premiers épisodes.

En l’an 1614 dans le Japon féodal, le seigneur Ieyasu Tokugawa cherche à déterminer lequel de ses deux petits-fils, Takechiyo ou son cadet Kunichiyo, lui succédera en tant que Shôgun. Dans ce but, il les fait représenter par deux clans de ninjas aux pouvoirs remarquables et opposés par une haine ancestrale, les Kôga et les Iga. Les dix Kôga, conduits par le maître Danjô, vont ainsi devoir affronter les dix Iga, dirigés par Dame Ogen, dans un combat sans merci qui déterminera l’héritier du trône. C’est compter sans l’amour qui unit les successeurs des deux clans, Gennosuke Kôga d’un côté, et Dame Oboro des Iga de l’autre, dont l’histoire rappelle celle de Danjô et Ogen, amants eux aussi, avant de devenir ennemis jurés…

basilisk_03Fidèle à ses standards, le studio Gonzo livre une œuvre soignée, tant au niveau du character design élégant que du dessin, de qualité égale d’un épisode à l’autre, ou encore de l’animation, fluide et dynamique. Les personnages, aussi nombreux soient-ils, sont aisément identifiables les uns par rapport aux autres, généralement affublés d’un physique en accord avec leurs pouvoirs respectifs (l’homme-araignée au crachat immobilisant, l’homme-tronc à la langue de caméléon, la femme-sangsue aux formes généreuses, etc). Chaque ninja possède en effet un don particulier, la plupart du temps à connotation monstrueuse, et si ce talent unique s’avère efficace face à la plupart des adversaires, il est néanmoins susceptible d’être annulé par le pouvoir de certains autres.

Les combinaisons diverses et variées induites par ce large panel d’intervenants insolites nous gratifient de sympathiques rencontres, dans une atmosphère qui évoque un croisement improbable entre X-Men et Ninja Scroll. Basilisk, dont le titre renvoie au reptile de légende capable de tuer d’un seul regard, a en effet pour particularité d’offrir une galerie de personnages principaux des plus fournies – ils sont plus de vingt – eu égard à son nombre raisonnable d’épisodes – vingt-quatre au total.

basilisk_10Passée l’introduction, on n’aura d’ailleurs cure des instigateurs de la rupture du pacte de non-agression entre les deux clans, ou très peu. La tragédie du conflit absurde qui oppose Kôga et les Iga, les pièges tendus et les exécutions qui s’ensuivent, les liens qui unissent les membres de chaque clan, tout cela est au cœur de Basilisk. Encore faudrait-il que l’on ait davantage le temps de faire connaissance avec les uns et les autres…

C’est là le principal défaut de ce Basilisk joliment emballé, ce tempo trop rapide qui nous laisse à peine le temps de nous familiariser avec certains personnages et de les apprécier individuellement, dans l’intimité comme en action. Parmi les vingt personnages du début, peu auront le temps de dépasser le stade de curiosité pour le spectateur : l’hécatombe des premiers épisodes donne l’impression d’assister à une démonstration originale des lois de la chaîne alimentaire, où tout mangeur finit par être mangé. L’idée n’est pas déplaisante en soi mais ne manque pas de susciter une certaine frustration à la longue, surtout lorsque l’on ne prend connaissance de quelques bribes du passé de l’une des victimes qu’au moment de sa mort.

basilisk_04Les combats qui ponctuent les épisodes – le premier s’ouvre d’ailleurs sur un duel spectaculaire annonçant la couleur de ce qui va suivre – souffrent du même défaut, même s’ils font preuve d’une belle inventivité qui pallie leur durée trop brève. Certes, on n’attend pas de tous les animés d’action qu’ils étalent les affrontements sur trois ou quatre épisodes comme dans Saint Seiya, mais résumer un combat à une joute purement physique, aussi délirante soit-elle, c’est en laisser échapper une part non négligeable de la saveur.

Heureusement, les choses s’apaisent quelque peu dès lors que les ninjas cancres sont éliminés et l’on commence enfin à poser un regard intéressé sur les survivants. Parmi ces derniers, une nouvelle déception émerge à mesure que l’on se rend compte qu’aucun ne se détache réellement.

L’histoire d’amour impossible entre Dame Oboro et Gennosuke a pour fonction de lier les deux clans antagonistes tout en apportant une dimension dramatique à l’ensemble de la série. L’argument aurait pu porter si ces deux personnages ne rivalisaient pas de platitude, seuls ou en couple. Tout miel devant sa belle qu’il traite comme une petite fille, le brave Gennosuke se contente de froncer les sourcils en présence de ses troupes, arborant un visage aussi expressif qu’une chaise.

basilisk_09Oboro, quant à elle, s’emploie scrupuleusement à coller à l’archétype de la cruche dont l’animation japonaise détient l’exclusivité du secret de fabrication, s’exprimant avec une petite voix haut perché ridicule (jeu exécrable de Nana Ozaki) comme si elle s’excusait en permanence d’exister, pleurnichant bêtement à tout bout de champ, mettant en danger ses propres hommes sur un coup de tête… la liste est interminable.

Avec un couple aussi charismatique à leur tête, les autres personnages, tels Yashamaru, Hotarubi, Saemon ou Okoi, n’ont guère d’effort à faire pour attirer l’attention à eux. Non pas qu’ils bénéficient d’un traitement en profondeur, ni que l’émotion nous gagne réellement devant le spectacle de leurs déboires, mais au moins parviennent-ils à redonner un peu sel à une intrigue générale qui en a parfois grand besoin malgré – ou à cause de – son rythme constamment effréné.

Malgré de vraies qualités esthétiques, de sympathiques tronches de méchants et de beaux combats éclairs joliment mis en scène, Basilisk ne tient pas ses promesses au terme de ces douze épisodes, la faute sans doute à une narration mal équilibrée et surtout à une absence de réel point de vue sur les personnages et sur l’intrigue. Si la série se laisse suivre sans déplaisir en dépit de ces défauts gênants, on aura toutefois du mal à pardonner un épisode 10 entièrement consacré à une accumulation de flash-backs des épisodes précédents, sous prétexte de faire le bilan des forces restantes… Renversant.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 7 août 2006

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