Critique : ‘Beck’, de Osamu Kobayashi – Episodes 1 à 9

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Les premiers épisodes de Beck suivent un canevas ultra-balisé qui ne dépaysera pas les amateurs de séries shônen, à ceci près qu’il n’est pas question ici d’exploits physiques ou sportifs mais de musique. Le héros, un adolescent un peu marginal, est amené par le plus grand des hasards à pénétrer un univers auquel il est totalement étranger et ne va pas tarder à révéler d’exceptionnelles aptitudes pour cette discipline, soutenu par ses nouveaux compagnons de route. Alors que dans les histoires de ce genre, le personnage principal aurait tendance à se faire rapidement voler la vedette par des seconds rôles plus charismatiques, c’est l’inverse qui se produit dans Beck, ce qui n’est pas si mal.

Collégien chétif et timoré, Yukio Tanaka dit « Koyuki » voit sa morne vie bouleversée du jour au lendemain par sa rencontre avec un chien prénommé Beck, auquel il vient spontanément en aide. Le propriétaire de l’étrange animal n’est autre que Ryûsuke Minami, un rocker bien décidé à mener son groupe vers les chemins de la gloire, malgré les désistements successifs de certains membres moins motivés que les autres. Totalement novice en musique, Koyuki va peu à peu s’initier à la guitare au contact de son nouvel ami et de sa jeune sœur Maho, jusqu’à se retrouver emporté malgré lui dans la grande aventure du tout nouveau groupe de Ryûsuke… Beck.

beck_01Koyuki n’a rien pour lui. Agé de quatorze ans au début de la série, il en paraît à peine douze et n’a pour seul ami qu’un guignol vociférant qui lui attire plus d’ennuis qu’autre chose. Amoureux depuis longtemps de sa camarade de classe Izumi, il n’ose cependant rien lui avouer. On conçoit que la rencontre de Ryûsuke, son exact opposé, constitue un choc pour Koyuki et puisse déclencher chez lui une furieuse envie de faire la révolution dans sa vie. Encore faut-il se montrer persévérant.

Et c’est là que Beck se distingue de la plupart des séries shônen, même si toutes ont en commun de prôner pourtant les vertus du travail et de l’esprit d’équipe. Koyuki s’entraîne à la guitare, certes, mais il ne progresse pas à la vitesse de la lumière et il continue d’essuyer des échecs partout ailleurs dans sa vie, échecs qui affectent sérieusement son assurance et sa motivation à plusieurs reprises. Peur panique de perdre la confiance de ses amis, humiliations et racket de la part de certains de ses camarades de classe, rien n’est épargné à ce personnage peu sûr de lui, le seul à effectuer un véritable parcours, aussi laborieux soit-il, dans le laps de temps imparti par ces neuf premiers épisodes.

A côté de Koyuki, les autres apparaissent nettement plus stéréotypés, à l’exception peut-être de Maho qui sort un peu de l’ordinaire même si on ne la perçoit malheureusement que de l’extérieur – shônen oblige. Ryûsuke, quant à lui, ne se départit pas suffisamment de son attitude blasée pour attirer la sympathie outre mesure. Comme Maho, il se sent plus américain que japonais et c’est d’ailleurs l’une des bonnes idées de l’auteur du manga, Harold Sakuishi, que d’injecter un peu d' »exotisme » dans cette histoire à travers des personnages porteurs d’une double culture – c’est là que l’on réalise soudain à quel point c’est exceptionnel dans le manga en général. Mais alors que les répliques en anglais de Ryûsuke semblent toute naturelles sur le papier, elles sonnent bizarrement dans la version animée, presque poussives. La faute peut-être au comédien qui interprète le personnage. Quant aux autres personnages, ils peinent à trouver leur place. Le coach de Koyuki n’est pas antipathique, mais reste plus ou moins cantonné à un rôle de bouffon, à quelques rares exceptions près.

Autre déception et pas des moindres : la musique rock, qui mis à part un très sympathique générique de début, ne parvient pas à faire vibrer comme on aurait pu l’espérer, étant donné qu’elle constitue la principale justification à la transposition du manga Beck sur petit écran. Il y a tout de même ce très joli moment où Koyuki et Maho chantent sous le clair de lune, seuls dans la piscine déserte. Peut-être la plus belle scène de ce premier coffret Beck. Enfin, on pourra reprocher à cette adaptation quelques baisses occasionnelles de régime ainsi que des faiblesses techniques, notamment au niveau de l’animation qui reste dans l’ensemble assez bâclée, sauf lorsqu’il s’agit de détailler les mouvements de mains et des doigts sur la guitare, particulièrement soignés.

Quant au graphisme, il s’avère assez inégal, certains personnages souffrant de traits parfois grossièrement dessinés – défaut surprenant de la part du studio Madhouse. Dommage lorsque l’on considère le soin apporté aux couleurs, dominées par de séduisants bleus turquoise (le ciel) et marine ainsi que des tons orange et marron du plus bel effet.
Le bilan de Beck est donc assez mitigé pour l’instant mais l’on se prend tout de même à espérer que la série surprenne par la suite. Wait and see

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 5 avril 2006

> Lire la critique des épisodes 10 à 18 de Beck

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