Critique : ‘Black Jack’, de Osamu Dezaki – OAV 6 à 10

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Avec ce second coffret DVD de Black Jack, chance nous est donnée de découvrir les cinq derniers OAV réalisés par le génial Osamu Dezaki durant la deuxième moitié des années 90. Le réalisateur japonais n’avait pas pas dit son dernier mot, ainsi que le prouvent de manière flamboyante ces formidables épisodes dont la perfection, pour les trois derniers d’entre eux au moins, fait soudain paraître bien ténue la frontière entre animation destinée à la vidéo et cinéma d’animation.

Lorsque la médecine ne peut plus rien pour eux, les riches font appel à Black Jack, médecin sans diplôme au passé mystérieux, dont la réputation légendaire traverse largement les frontières. En échange de ses services, Black Jack ne leur demandera qu’une petite poignée de millions de dollars…

black_jack_17Les très beaux OAV du précédent coffret DVD de Black Jack, réalisés entre 1993 (épisodes 1 à 3) et 1995 (épisodes 4 et 5), plaçaient déjà la barre très haut en termes de puissance dramatique et d’exigence graphique. Ce coffret offre de véritables joyaux parmi lesquels on compte trois inédits, à savoir les épisodes 7, 8 et 9.

L’épisode 6, La princesse maudite, opère une rupture avec les précédents qui étaient tous plus ou moins ancrés dans le monde contemporain : perdu en montagne à la recherche d’un mystérieux client dont la demande lui est parvenue avec deux ans de retard, Black Jack se retrouve confronté aux fantômes de samouraïs plongés dans une guerre intestine et au cas difficile d’une jeune femme atteinte d’un mal aux origines surnaturelles. Sorte de parenthèse onirique empreinte de mélancolie, cet épisode enrichit encore le voyage de notre médecin préféré, avant qu’il ne se retrouve happé de nouveau par l’enfer moderne dans l’épisode suivant, Un Serviteur de Dieu, celui d’une guerre civile dévastatrice dont la tragédie présente une curieuse résonance avec les conflits qui ont marqué l’Europe de l’Est au cours des années 90. Le déploiement des casques bleus y est d’ailleurs mentionné, même si les pays se voient attribuer des noms fictifs tout au long de la série : il ne tient qu’à nous de recoller les morceaux.

Sans jamais se revendiquer comme une série « politique », Black Jack glisse ici et là de nombreuses piques bien senties à l’égard des uns et des autres. L’ingérence du gouvernement américain dans les guérillas d’Amérique du Sud était clairement dénoncée dans Les Médailles de Maria, les horreurs de la guerre étaient au cœur de l’épisode Le Hibou de San Merida et ses conséquences terribles et insoupçonnées rongeaient certains des protagonistes d’Une étrange anorexie : les catastrophes écologiques résultant de l’inconscience et de la cupidité humaines hanteront le tout dernier épisode, La Sirène, vrai petit bijou d’émotion.

Dans ce contexte tumultueux, Black Jack joue le rôle d’un témoin de son époque, qui ne peut intervenir qu’après que le mal est fait afin de recoudre les blessures. Cela est particulièrement frappant dans Un Serviteur de Dieu, dans lequel il peine, l’espace d’un instant, à faire face à l’avalanche de détresse humaine qui l’assaille après qu’il a accompli le miracle, au milieu du camp de réfugiés. Un épisode qui, au passage, lève un peu plus le voile sur la nature de la mission que s’est assignée ce médecin sans frontière au passé nébuleux – Kurô Hazama de son vrai nom.

black_jack_22A partir de l’épisode 8, l’évolution est très nette dans la qualité du style graphique de Black Jack : la perfection concerne non seulement les personnages, splendidement dessinés, mais aussi les décors, tout simplement renversants de grâce et de beauté. Visiblement nanti de davantage de moyens (les années ont passé et les personnages sont à présent munis de téléphones portables), Osamu Dezaki tire parti d’une animation soudain plus fluide pour affiner encore sa narration et sa mise en scène. Il limite le recours aux arrêts sur images sur les dessins d’Akio Sugino, qui caractérisaient les premiers OAV, pour se concentrer sur le mouvement et la composition des plans, au niveau des couleurs notamment. Le résultat est fabuleux et culmine lors de l’épisode 9, La Tumeur à visage humain, une histoire palpitante où se mêlent avec virtuosité le thriller, le film d’horreur et le drame psychologique.

D’une histoire à l’autre, Black Jack ne cesse d’émerveiller, de secouer et d’émouvoir. Rarement une série d’OAV n’aura atteint ce niveau de constance dans la grâce, et rendu la richesse du fond indissociable de celle de la forme. Cela, on le doit à Osamu Dezaki, exceptionnel réalisateur dont on souhaite ardemment qu’il recroise un jour le chemin de l’inoubliable médecin sans diplôme.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 2 janvier 2007

> Lire la critique de Black Jack OAV 1 à 5

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