Critique : ‘Brave Story’, de Kôichi Chigira

0

Le réalisateur Kôichi Chigira surprend en livrant avec Brave Story un film d’animation à la mise en scène dynamique et inspirée, dont l’intrigue se montre à la hauteur des ambitions affichées. Il prouve que l’on peut bel et bien faire un film destiné à un jeune public sans verser dans la niaiserie. Le spectacle est enchanteur à tous points de vue.

Récit du parcours initiatique haut en couleurs d’un petit garçon de onze ans, Brave Story démarre sur les chapeaux de roue, révélant dès les premières minutes la porte qui mène vers le monde magique de Vision. C’est dans le lieu désaffecté abritant ce pont entre les deux univers que Wataru fait la connaissance de Mitsuru, un garçon de son âge dont il apprendra un peu plus tard qu’il vient d’intégrer sa classe.

brave_story_03Les deux enfants ont beau être très différents – Wataru est très spontané tandis que Mitsuru est plus mûr et plus posé – , ils ne tardent pas à se lier d’une amitié solide. Mitsuru est d’ailleurs celui qui apprend à notre héros l’existence de ce monde mystérieux où tous les souhaits se réalisent. Mais de même que le quotidien peut basculer d’un instant à l’autre – le père de Wataru quitte le foyer pour aller vivre avec sa maîtresse, abandonnant femme et enfant – , la confiance que notre héros place en son nouvel ami ne tarde pas à vaciller à mesure qu’il découvre de quoi Mitsuru, magicien accompli dans le monde de Vision, est capable pour parvenir à ses fins.

Si la relation entre les deux personnages peut sembler un peu schématique au premier abord, prétexte à déployer toute la richesse du monde merveilleux imaginé par Miyuki Miyabe, l’auteure du roman dont s’inspire le film, Brave Story surprend très agréablement à mesure que Wataru est mis à l’épreuve, tant physiquement que psychologiquement.

Évidemment, il serait exagéré de dire que la mise en route du projet n’a rien à voir avec l’attrait commercial que représente le genre actuellement. Wataru a droit à la compagnie de quelques petites bébêtes rigolotes, comme le petit dragon Jozo ou le joyeux luron Kee Keema qui le transporte d’un endroit à l’autre de Vision, ainsi qu’à l’aide d’une copine kawaii en la personne de Meena, fille-chat qui se range à sa cause après avoir tenté de lui nuire.

brave_story_01Connu pour avoir réalisé les excellentes séries Full Metal Panic! et Last Exile chez Gonzo, Kôichi Chigira hisse ce deuxième long métrage du célèbre studio à un niveau tout autre que celui auquel plafonnait le très mou et très simpliste Origine, pourtant conçu la même année. Brave Story se veut avant tout un grand spectacle merveilleux, et le réalisateur obtient ce résultat en combinant les talents de plusieurs personnalités du monde de l’animation.

Yuriko Chiba assure à la fois le character design et la direction générale de l’animation. Ses personnages sont de toute beauté, à la fois extrêmement mignons et toujours expressifs, qualités dont elle avait déjà fait preuve sur la superbe série Planètes de Goro Taniguchi, mais qu’elle affine encore ici en apportant le plus grand soin aux expressions faciales, très variées.

L’animation, d’une grande fluidité, permet à la mise en scène de Kôichi Chigira de prendre son envol lors des nombreuses scènes d’action comme de servir les scènes plus intimistes – le génial Mahiro Maeda (Gankutsuou), patron de Gonzo, se trouve au passage être l’un des quatre directeurs de l’animation. Les décors de Brave Story sont exceptionnellement fouillés pour une production familiale hors studio Ghibli.

Le studio Gonzo a visiblement mis tous les moyens de son côté pour créer ce monde d’une grande poésie visuelle, surpassant allègrement le travail réalisé sur Les Contes de Terremer par exemple – même si le film de Goro Miyazaki ne mérite pas l’ire dont il a été l’objet.

brave_story_02Mais la plus grande qualité de Brave Story se situe encore ailleurs, dans la capacité du réalisateur et de son équipe à raconter une belle histoire. Derrière le spectacle enlevé, derrière le récit d’aventures fantaisiste et coloré, le film déploie peu à peu des enjeux dramatiques parfois très durs et étonnamment réalistes pour ce type de production.

Malgré son jeune âge, le personnage de Wataru n’est pas épargné par la vie et doit faire face en peu de temps à la séparation de ses parents puis à la tentative de suicide de sa mère. Des moments particulièrement douloureux que Kôichi Chigira met en scène avec une pudeur remarquable : il n’est qu’à voir pour s’en convaincre cette scène où le père annonce à son fils qu’il ne reviendra plus, une scène d’autant plus forte et cruelle qu’elle est filmée de loin, sans emphase. La quête de Wataru dans Vision n’a donc rien d’une lubie, elle émane d’une volonté désespérée de recoller les morceaux d’une réalité injustement brisée.

Le personnage ambigu de Mitsuru est traité avec la même intelligence, les éléments dramatiques liés à son vécu étant suggérés juste ce qu’il faut pour l’imposer progressivement comme le personnage le plus intéressant et le plus émouvant du film. Ce travail sur chacun des personnages explique que leurs confrontations aient un sens.

Contrairement à la plupart des films pour enfants qui se contentent d’inventer une trame de fond pour justifier la mise en place d’un univers de fantasy, Brave Story procède à l’inverse et se fend de raconter véritablement une histoire, une histoire très touchante qui plus est. S’il est un film à recommander au jeune public, c’est bien celui-ci.

Caroline Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 5 février 2008

brave_story_wall1

Share.