Critique : ‘Candidate for Goddess’, de Shinichi Yamaoka

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Candidate for Goddess est une série adaptée d’un manga en cinq volumes de Sugisaki Yukiru (Brain Powered, D.N. Angel), qui s’adresse clairement aux adolescents. A peine distrayante, elle ne brille ni par sa maturité, ni par sa vision du futur novatrice, ni par ses personnages, plus stéréotypés les uns que les autres, quand ils ne sont pas carrément insupportables.

En l’an 4084, le monde a été détruit par la faute des hommes, et la dernière planète habitée se nomme Zion. Mais Zion elle-même est menacée par de mystérieux ennemis, les Victims, qui l’attaquent sans relâche. Les cinq Déesses, sortes de robots humanoïdes géants, sont chargées d’assurer la protection de Zion avec à leur commandes cinq jeunes pilotes doués de pouvoirs psychiques fabuleux, que l’on appelle « l’EX ». Cependant, l’EX n’est pas une ressources inépuisable et il faut sans cesse recruter des remplaçants éventuels : Zero Enna et Hieard Gner font partie des jeunes candidats les plus prometteurs et vont commencer un entraînement particulièrement ardu pour pouvoir devenir un jour pilotes…

Zero Enna correspond à l’archétype du héros de ce genre d’histoire : âgé de quinze ans, il est bien entendu le meilleur et le plus sympa, mais il est aussi excessivement fougueux et désobéissant. Son contrepoint parfait et concurrent direct est le patibulaire Hieard Gner, et la série entière s’articule autour de la perpétuelle rivalité entre les deux garçons. Les trois autres enfants qui luttent pour le titre de pilote à leurs côtés sont plus anecdotiques, à part l’intello du groupe, un dénommé Clay, le seul d’ailleurs à se poser un minimum de questions.

Nos apprentis pilotes sont censés subir un entraînement de deux ans extrêmement rigoureux sous les ordres d’un instructeur, et se voient désigner une « réparatrice » pour les guider dans leurs missions spatiales, c’est-à-dire une jeune fille qui assiste la moindre de leurs actions depuis la base et prépare ensuite leurs vaisseaux pour la prochaine mission. En parallèle, on suit les déboires des cinq pilotes de Déesses (appelées aussi Ingrid) actuels contre les Victims, sortes de sentinelles à la Matrix toutes identiques les unes aux autres qui déferlent sur Zion à longueur de temps.

Candidate for Goddess introduit quelques bonnes idées, comme le fait que les enfants recrutés viennent tous des colonies de Zion, pour la plupart détruites, sans avoir jamais entrevu la planète qu’ils sont censés défendre au péril de leur vie. Ils ne savent même pas ce qu’est l’horizon. On s’interroge donc sur la signification de cette guerre éternelle des Déesses contre les Victims, et bien sûr sur la nature de ces deux espèces de protagonistes. Zero se retrouve plongé par erreur dans le cockpit d’une Déesse vers le tout début de la série, alors que cela est strictement interdit aux candidats : l’intérieur de la Déesse est rempli d’une sorte de liquide amniotique et la façon dont le garçon se retrouve finalement expulsé du robot évoque par conséquent instantanément la naissance.

Mais il n’est apparemment pas question dans Candidate for Goddess d’exploiter la moindre piste un tant soit peu intrigante. Au lieu de ça, la série se concentre à n’en plus finir sur les gamineries bruyantes voire insupportables de nos héros. Zero, en particulier, ne cesse de hurler du premier épisode au dernier, et on a bien du mal à ne pas le haïr par moments, si ce n’est tout le temps.

D’autre part, Candidate for Goddess, bien que situé dans un futur extrêmement lointain, nous présente une curieuse hiérarchie des individus à l’ère de la banalisation des pouvoirs psychiques. Exceptée la leader des pilotes actuels de Déesses, Teela, parvenue à ce poste par on ne sait quel miracle, toutes les filles sont cantonnées à des rôles subalternes d’assistantes. Elles sont là pour intercepter le moindre élément susceptible de parasiter la concentration du pilote, pour lui réserver la salle d’entraînement si besoin est, préparer des gâteaux pour tout le monde entre deux missions… En somme elles sont à la fois la servante, la secrétaire et la petite femme de leur partenaire (ils ont quinze ans en moyenne, rappelons-le).

Comme le dit Kizuna, la réparatrice de Zero, il est impossible d’être pilote pour une fille, tout simplement parce qu’elles ne peuvent pas avoir de pouvoirs psychiques. Comme tout le reste dans cette série, on n’aura jamais le fin mot de l’histoire à ce sujet. Mais Kizuna, qui rêvait d’être pilote, a décidé dans un grand esprit de sacrifice de vivre son rêve à travers Zero. Autrement dit, alors que la série repose sur l’idée du dépassement de soi, comme dans la plupart des mangas et animes pour jeunes garçons, il est des êtres qui n’ont pas l’option de chercher à transcender leur condition.

Côté technique, Candidate for Goddess bénéficie d’une animation correcte et d’un character design plutôt mignon. En revanche l’intégration 3D des Déesses n’est pas réussie : non seulement les textures des engins jurent totalement avec les dessins en 2D des personnages, mais l’animation 3D elle-même est saccadée, plutôt amateur si l’on compare à un Sol Bianca: the Legacy réalisé la même année, à l’époque des débuts de la 3D dans l’animation japonaise.

La série Candidate for Goddess se termine abruptement, aussi inaboutie que ses personnages clichés. Elle se laisse regarder sans trop d’ennui, mais sans intérêt non plus : tout du long on ne compte aucune scène marquante. En résumé, une série puérile et peu mémorable.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 29 novembre 2004

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