Critique : ‘Candy Boy’, de Pascal-Alex Vincent

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Samedi 9 juin 2007, à midi, avait lieu la projection parisienne du court métrage d’animation Candy Boy de Pascal-Alex Vincent, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs du dernier Festival de Cannes. Cette projection qui s’annonçait toute simple – le court dure treize minutes – s’est vue étoffée d’une petite surprise réservée par le réalisateur à son public. Et quelle surprise !

Après avoir expliqué qu’il ne venait pas de l’animation et que Candy Boy avait nécessité une bonne année de travail, Pascal-Alex Vincent laissait place à des invités très spéciaux, chargés d’assurer la première partie du spectacle : le groupe pop japonais « les Romanesques ». Vêtus de déguisements surréalistes – lui en prince de dessin-animé et elle en soubrette surmaquillée – et chaussés de perruques blondes pour le moins originales, Ishitobi et Miyamae ont donc déboulé sur la scène du Publicis Elysées afin d’interpréter à un public médusé trois de leurs titres phares.

On retiendra de tout cela leur tube J’ai dix-sept ans, chanté en français avec un délicieux accent japonais, et bien sûr le générique de Candy Candy, en japonais cette fois – une fois n’est pas coutume, la musique originale est rigoureusement la même que celle du générique français. Deux titres sur lesquels ils nous ont gratifiés de danses délirantes et savamment chorégraphiées. Le look volontairement kitsch des deux lascars, leur humour décalé et contagieux ont déridé en un clin d’œil la salle entière : une performance en soi. Mais le mieux reste à venir, car Candy Boy relève le défi – périlleux pourtant – de se montrer tout aussi surprenant que ce prologue endiablé.

Le duo japonais Les Romanesques

Pascal-Alex Vincent ne s’en cache pas, son court métrage est un clair hommage à la série qui a bercé l’enfance de toute une génération : Candy Candy. Il y a quelques mois, Savin Yeatman-Eiffel, le créateur d’Oban Star-Racers, nous citait lui aussi cette série comme l’un de ses plus beaux souvenirs télévisuels. Rappelons que la première diffusion de cet anime produit par la Toei Animation remonte à l’année 1976 au Japon, et 1978 en France. Au-delà de la dimension nostalgique, la démarche de Pascal-Alex Vincent avec Candy Boy est beaucoup plus déroutante qu’il n’y paraît de prime abord.

Certes, le décor est familier pour qui connaît un tant soit peu la référence. Le héros titre du court, Candy Boy, jeune garçon aux cheveux blonds et au visage d’ange, vit avec d’autres enfants et adolescents de son âge dans un orphelinat dirigé par une Mère Supérieure fort peu commode. Alors que la vie semble suivre son cours paisiblement, tous les pensionnaires se mettent subitement à tomber malades les uns après les autres. Seul à soupçonner que quelque chose de pas très net est en train de se tramer dans le secteur, Candy Boy décide de mener l’enquête. Mais un autre imprévu survient en la personne de Samy, nouvel arrivant dont la personnalité rebelle séduit immédiatement les enfants, à l’exception de Candy Boy…

candy_boy_02Candy Boy donne l’impression première d’être placé sous le signe de la simplicité. Le scénario est linéaire, la mise en scène posée, les dessins épurés voire naïfs. Avec une certaine malice, Pascal-Alex Vincent respecte à la lettre quelques-uns des principes graphiques les plus fameux des animations japonaises des années 70-80. Les personnages ont ainsi le visage ovale et de grands yeux arrondis, dont les pupilles sont ornées de deux lumières qui tremblotent dès qu’ils sont émus (à l’époque de Candy Candy, les Japonais allaient même jusqu’à placer trois lumières dans les pupilles pour rendre les yeux plus expressifs encore), le tout filmé en très gros plan. Quant aux personnages, ils sont très typés d’un point de vue graphique comme psychologique. Seul Candy Boy fait figure d’électron libre dans cet univers extrêmement codifié, où tout semble lisse et tranquille.

L’apparition de Samy va toutefois bouleverser ce parfait équilibre en introduisant un peu de sel dans ce qui s’apparente au départ comme un conte pour enfants des plus inoffensifs. Quelques minutes à peine suffisent à l’énergumène pour initier les jeunes à la fumette dans les toilettes, délit qui lui vaudra d’ailleurs de se faire rudement punir par la patronne des lieux. Et ce n’est que le début.

candy_boy_03En fait, bien que Candy Boy s’inspire ostensiblement d’un anime japonais, Pascal-Alex Vincent détourne en réalité l’air de rien plusieurs principes moraux bien ancrés dans l’animation telle qu’on la conçoit en Occident, soit exclusivement destinée aux enfants et aux pré-adolescents. Le personnage de Samy donne « le mauvais exemple », et alors que l’on s’attend à ce que la morale le réprouve, les choses ne s’avèrent finalement pas aussi simples. Pour autant, le réalisateur ne cherche pas à choquer gratuitement et Candy Boy n’est pas trash le moins du monde. Le fait est qu’à mesure que l’intrigue progresse, il nous mène par le bout du nez de surprise en surprise, jusqu’à un feu d’artifice final épatant où l’émotion jaillit sans prévenir, au point de laisser littéralement pantois. Le travail effectué sur le son et le soin apporté au montage contribuent à l’effet choc que produit immanquablement la vision de Candy Boy, dont on ne révèlera pas plus avant les secrets.

Sans être un chef d’œuvre, Candy Boy exerce une étrange séduction qui donne immédiatement envie de le revoir. Il n’est plus qu’à espérer à présent que le court métrage de Pascal-Alex Vincent fasse l’objet d’une distribution en salles.

Pour information, le site officiel des Romanesques : https://www.rmnsq.com/

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 10 juin 2007

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