Critique : ‘Cyber City Oedo 808’, de Yoshiaki Kawajiri

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Cyber City Oedo 808 regroupe trois OAV, trois « dossiers » qui peuvent être vus à la suite ou séparément, au choix. Chacun d’entre eux est consacré à l’un des détenus de la prison orbitale, envoyé sur une mission avec l’espoir d’obtenir la rédemption de ses crimes. Ce qui n’empêche pas les deux autres d’intervenir dans les aventures de la star de l’épisode, pour notre plus grand plaisir. Yoshiaki Kawajiri réalise et assure le character design de cette trilogie centrée autour du thème de la cyber-criminologie.

An 2808. Enfermés pour un nombre d’années incalculable dans une prison orbitale, les trois criminels Shunsuke Sengoku, Merrill « Benten » Yanagawa et Gabimaru « Goggles » Rikiya se voient proposer un marché par l’Etat : ils devront chacun capturer des cyber-criminels de classe A, en échange de quoi ils pourront bénéficier d’une importante remise de peine. L’un des termes du marché prévoit qu’ils portent chacun un collier explosif lors de leurs missions, le responsable de la prison ayant quelque difficulté à leur faire confiance…

Meurtres perpétrés par une intelligence artificielle particulièrement vicieuse, vol de fichiers confidentiels de la cyber-police, assassinats qui semblent être l’œuvre d’un vampire… Nos trois cyber-policiers malgré eux ont fort à faire avec les démons de la mégalopoles, des démons on ne peut plus humains cette fois, pervertis par les nouvelles technologies qui leur font entrevoir des mirages de puissance dévastatrice. Le premier segment s’intéresse au cas de Sengoku, le trublion du trio d’infortune, que son enquête va conduire à explorer les entrailles d’un bâtiment en proie à la folie meurtrière d’un ordinateur un peu trop humain. Bien que la vision des technologies du futur soutienne mal la comparaison avec ce que le monde est devenu aujourd’hui, soit bien avant l’année 2808, les idées sont loin d’être désuètes et les quelques personnages qui interviennent se montrent suffisamment consistants pour que l’intrigue garde toute sa force.

Tout comme son compagnon Sengoku, le bourru Goggles correspond à un certain stéréotype du gros mastoc tel qu’on le rencontre dans les mangas ou les séries d’animation. Il n’en est pas moins crédible dans le rôle qui lui est imparti, en particulier lorsque Kawajiri cède à l’envie de lui faire vivre une histoire sentimentale avec une ancienne collègue, Sarah. Une histoire brève mais émouvante, et qui a le mérite de sonner juste, sans aucun débordement niais. La dénommée Sarah a d’ailleurs tout du personnage de la femme forte – et par conséquent tragique – tels que les affectionne le réalisateur, et cet aparté contribue grandement à humaniser le peu amène Goggles, au sein d’une histoire riche en action (longue course-poursuite en camion et cyborg géant et déchaîné sont au programme).

cyber_city_oedo_01Enfin, il serait dommage de passer à côté des mésaventures du très distingué Benten, qui semble tout droit sorti d’un groupe de visual rock japonais avec son improbable masse de cheveux, ses bijoux et son maquillage peu discret – le plus fort étant qu’il se fait régulièrement charrier par ses camarades. Benten enquête sur les meurtres répétés de scientifiques qui paraissent porter les marques de morsure d’un vampire. Une fois encore, tout n’est pas si simple et l’ambiance qui se dégage de ce dernier OAV se fait particulièrement mélancolique tout en offrant quelques visions sordides dont Kawajiri a le secret. Une conclusion tout en beauté pour cette trilogie d’OAV très réussie, et pour le coffret lui-même puisque Cyber City Oedo 808 est la plus récente des trois œuvres proposées ici.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 8 décembre 2006 à l’occasion de la sortie du coffret DVD La Cité Interdite / Demon City Shinjuku / Cyber City Oedo 808 édité chez Dybex

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