Critique : ‘Demon City Shinjuku’, de Yoshiaki Kawajiri

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Dès 1988, le réalisateur Yoshiaki Kawajiri poursuit son exploration du monde des ténèbres tokyoïte avec Demon City Shinjuku, un OAV dont l’action se déroule dans un Shinjuku cauchemardesque d’où toute vie humaine a quasiment disparu. Seuls à oser s’aventurer dans ce sinistre no man’s land, un jeune homme et une jeune femme vont défier sur son propre terrain le plus terrible des adversaires : Rebi Ra, un humain qui a pactisé avec les démons pour satisfaire son orgueil.

Depuis que Genichiru Izayoi a perdu le terrible combat qui l’opposait au cruel Rebi Ra, entraînant le terrible tremblement de terre surnommé « la Secousse du Diable », le quartier de Shinjuku s’est vidé de sa population pour devenir la proie des créatures maléfiques. Dix ans plus tard, un mystérieux vieillard sollicite Kyoya, le fils de Genichiru, pour libérer Shinjuku de cette domination infernale. D’abord incrédule, Kyoya finit par céder lorsque Sayaka, la fille du Président de la Fédération, vient en personne le démarcher et lui annonce qu’elle a l’intention de défier Rebi Ra, avec ou sans son aide…

demon_city_02Après La Cité Interdite, Yoshiaki Kawajiri n’avait vraisemblablement pas fini d’en découdre avec les démons. Si le réalisateur met cette fois la pédale douce sur le gore et surtout sur le sexe, il continue avec Demon City Shinjuku d’élargir l’étonnant panel de monstres dégénérés qui a participé à faire sa notoriété, et qui tous ici semblent incarner l’un des visages de la noirceur humaine. A l’image de cette créature qui, tapie derrière les murs ou sous le sol, absorbe la vieille voleuse qui commence à peine à se réjouir en comptant son butin : au-delà de l’entité maléfique, c’est la cité elle-même qui semble avoir décidé de bouffer ceux qui ont œuvré pour la corrompre.

Certes, Demon City Shinjuku ne se montre pas aussi soigné que La Cité Interdite pour ce qui est du développement des personnages. Les deux héros personnifient sans aucune nuance les valeurs traditionnellement associées au masculin et au féminin : courageux et impétueux, Kyoya est un excellent guerrier qui s’ignore ; douce, vulnérable et débordante d’amour, Sayaka est la future mère idéale. Nulle subtilité non plus dans l’opposition entre les deux visages de la femme selon Kawajiri, dichotomie qui se répète dans la plupart de ses œuvres : le double négatif de la vertueuse Sayaka arbore les traits d’une créature castratrice démoniaque qu’un homme plein de noblesse va balayer d’un revers de main après l’avoir humiliée. Et là encore, on est loin de la classe de La Cité Interdite, qui fouillait beaucoup plus loin dans les tréfonds de ces représentations obsessionnelles.

demon_city_05Pourtant, la linéarité et la simplicité de cet OAV n’altèrent en rien son charme au parfum très eighties. Kyoya et Sayaka sont attachants et leur couple fonctionne joliment bien, le temps de cette aventure très divertissante. Car aussi réussies soient-elles, les scènes d’action ne représentent pas le principal attrait de Demon City Shinjuku. Celui-ci tient davantage à l’ambiance qui se dégage de l’ensemble, à ces décors faits de ruines dont l’obscurité bleutée cache d’inquiétants secrets, à ce graphisme propre et élégant qui s’appuie sur un character design typique du style de Yoshiaki Kawajiri.

Sans compter que malgré le peu de développement dont bénéficient les personnages principaux, il émane une vraie émotion de la scène onirique au cours de laquelle Sayaka réalise son acte de bravoure. S’il ne compte pas parmi les œuvres les plus incontournables de la filmographie du réalisateur, Demon City Shinjuku n’en reste pas moins un OAV de qualité qui porte sans nul doute l’empreinte de son auteur.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 8 décembre 2006 à l’occasion de la sortie du coffret DVD La Cité Interdite / Demon City Shinjuku / Cyber City Oedo 808 édité chez Dybex


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