Critique : ‘Détective Conan : Décompte aux cieux’ (Film 5), de Kenji Kodama

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Réalisé en 2001 par un Kenji Kodama toujours fidèle au poste, Détective Conan : Décompte aux cieux est le cinquième film dédié au petit détective. Bonne nouvelle, il se situe dans le haut du panier de la production cinématographique dérivée du manga de Gosho Aoyama. Tout y est : enquête alambiquée, soupçons internes à l’intérieur même du groupe formé par Conan et ses amis, menace latente avec l’implication des Hommes en Noir dans l’affaire… et surtout action à gogo, concentrée dans une dernière demi-heure haletante digne d’un excellent film catastrophe ! Conan Edogawa n’a de toute évidence pas fini de nous étonner, et c’est très bien comme ça. A quand le sixième film ?

detective_conan_film5_03En l’espace de quinze ans, Detective Conan est devenu non seulement une véritable institution au Japon mais aussi incontestablement l’un des mangas les plus populaires au monde. Gosho Aoyama pourrait vivre tranquille de ses rentes, la franchise n’est visiblement pas prête de s’éteindre avec une série animée qui compte 536 épisodes depuis 1996 et une série de films livrés immuablement chaque mois d’avril dans les salles japonaises. Il faut comprendre que l’on ne parle pas là de simples petits cadeaux faits aux fans hard core mais bien de longs métrages d’animation à part entière qui, année après année, pèsent de tout leur poids dans le box office nippon. En France, nous découvrons petit à petit ces longs métrages de qualité parfois inégale mais fort sympathiques dans l’ensemble.

Le cas du dernier en date, treizième sur la longue liste, a de quoi laisser songeur : sorti le 18 avril, Detective Conan: The Raven Chaser totalisait fin mai 35 millions de dollars de recettes, score assez incroyable qui le classe pour l’instant deuxième dans le box office japonais de l’année 2009, derrière Red Cliff II ! On ne va pas revenir en détail sur ce qui provoque, explique, justifie en général cet engouement inépuisable pour le détective miniature imaginé par Aoyama. Le cinquième film, Détective Conan : Décompte aux cieux, qui nous est proposé comme les quatre précédents en direct-to-video, livre de son côté quelques pistes quant aux raisons qui peuvent pousser les spectateurs japonais à se déplacer en salle pour voir Conan Edogawa résoudre de nouvelles énigmes.

detective_conan_film5_05Depuis Détective Conan : Le Gratte-Ciel infernal en 1997, la formule cinéma de Détective Conan s’est affinée tout en gardant quelques constantes. Les enquêtes de Conan alias Shinichi Kudo ne sont que rarement vouées à être spectaculaires dans le manga, l’accent étant mis sur la singularité des meurtres, la collecte d’indices, le raisonnement imparable du détective et l’aveu du coupable, le tout assaisonné d’un humour ravageur et très second degré qui tient autant aux personnages qu’aux situations.

Au cinéma, il faut retrouver tout cela mais aussi de l’action, de la surenchère, de l’émotion. Sur ces plans, les différents films s’en sortent plus ou moins bien. Jusque là, c’est Détective Conan : La 14ème Cible, le deuxième film, qui parvient le mieux à marier l’ambiance ludique du manga avec les exigences induites par le format long métrage. Bonne nouvelle, Détective Conan : Décompte aux cieux arrive juste derrière, évinçant l’honnête Détective Conan : Mémoire assassinée, grâce à une enquête impliquant un maximum de personnages clés de l’univers Conan, qui plus est sur fond de manigances des fameux « Hommes en Noir ».

detective_conan_film5_02Tout d’abord, qui sont ces Hommes en Noir que Gosho Aoyama a affublé de surnoms impayables tels que Gin, Vodka, Vermouth, Kir, Sherry et j’en passe ? Tout simplement les pires ennemis de Shinichi Kudo depuis qu’ils lui ont fait boire le fameux poison responsable de sa métamorphose en gamin de sept ans (voir le premier épisode de la série). Baladant leur ombre menaçante tout au long du manga, ils se voient de temps à autres consacrer des chapitres entiers, qui permettent à Conan de faire plus étroitement équipe avec Ai Haibara, l’une des rares personnes à connaître son secret puisqu’elle a elle aussi été victime de « rapetissage ».

Détective Conan : Décompte aux cieux place justement Ai dans une position délicate, puisque le professeur Agasa et Conan lui-même la soupçonnent d’avoir retourné sa veste (elle travaillait auparavant pour le compte de l’Organisation, jusqu’à ce que sa sœur se fasse assassiner) et de communiquer secrètement avec Gin et ses complices.

detective_conan_film5_01Dans le même temps, les Hommes en Noir semblent tirer les ficelles d’une série de meurtres sur laquelle enquête la police ainsi que Conan, le professeur Agasa et les « Detective Boys » (les « vrais » enfants avec lesquels Conan a fini par se lier d’amitié en traînant des pieds). Pour compléter le tableau, Kogoro l’endormi et sa fille Ran Mouri – toujours amoureuse de Shinichi et réciproquement – sont aussi de la partie.

Détective Conan : Décompte aux cieux joue habilement sur les allusions à plusieurs sous-intrigues du manga et a fortiori de la série tout en les imbriquant dans la résolution d’une énigme bien pensée, un équilibre qui fait indéniablement sa force dans la première partie. Mais c’est en réalité par la suite qu’il révèle ses cartes maîtresses, lorsque l’affaire atteint son point culminant dans le décor de la salle comble de l’une des twin towers de Tokiwa où le dernier meurtre a lieu.

detective_conan_film5_06D’un seul coup, alors qu’on en est encore à s’interroger sur les motivations de l’assassin, Détective Conan : Décompte aux cieux bascule dans le film catastrophe pur jus. Les événements se précipitent à partir de l’explosion d’une première série de bombes vers le sommet de la tour, quelques étages au dessus de la salle où sont réunis tous les protagonistes : coincés dans les hauteurs, nos amis et leurs compagnons d’infortune doivent trouver le moyen de s’en sortir à mesure que les échappatoires (ascenseur, pont entre les deux tours…) s’esquivent un à un. Et force est de constater que le film gère avec une étonnante maîtrise ce type de situation érigé au statut de genre à part entière au cinéma mais rarement exploitée en animation. La lutte pour la survie de nos héros trouve son point culminant dans un climax à la fois délirant, ingénieux et haletant, qui justifie à lui seul de voir le film.

Mieux que jamais, Kenji Kodama, réalisateur attitré de Détective Conan – il a dirigé la série et la plupart des films –, parvient à faire ressortir les enjeux personnels des personnages dans le feu de l’action, non sans avoir veillé auparavant à servir au fan du petit détective ses gimmicks attendus. Les films suivants feront-ils mieux ?

Caroline Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 8 avril 2009

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