Critique : ‘Ergo Proxy’, de Shukô Murase – Episodes 1 à 5

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Ergo Proxy est une série de science-fiction adulte, dont le scénario à suspense est mis en valeur par une belle réalisation signée de Shukô Murase. La série donne le beau rôle à l’un des personnages féminins les plus aboutis graphiquement de la japanimation actuelle : la charismatique inspectrice Re-I Mayer, que d’aucuns se sont déjà empressés de comparer à Amy Lee, la chanteuse du groupe Evanescence. Bonne nouvelle, la série Ergo Proxy a au moins autant de style que son héroïne.

Dans un monde ravagé par la guerre, les humains n’ont pas trouvé d’autre solution que de se murer dans des cités-dômes qui les protègent d’une atmosphère contaminée par un mystérieux virus. La plus importante d’entre elles, Romdo, abrite un gouvernement dictatorial qui manipule ses sujets comme ses exécutants. Elle est toutefois devenue depuis peu le théâtre d’événements inquiétants : les « Auto-Reivs », androïdes conçus pour servir les humains, semblent eux aussi infectés les uns après les autres par un virus dangereux, le cogito. Chargée d’enquêter sur la série de meurtres perpétrés à l’encontre de citoyens innocents, la jeune inspectrice Re-I Mayer est elle-même attaquée à son domicile par une créature monstrueuse qui lui laisse contre toute attente la vie sauve. Mais dès le lendemain, sa hiérarchie l’enjoint d’oublier ce qu’elle a vu…

ergo_proxy_03Produit par le jeune studio Manglobe (Samurai Champloo), Ergo Proxy réunit divers talents de l’animation japonaise. Le réalisateur Shukô Murase, tout d’abord, connu pour son travail sur des séries telles que Gundam Wing, Witch Hunter Robin et Argento Soma. Au scénario, on retrouve Dai Sato, qui s’est brillamment illustré sur Wolf’s Rain notamment, et qui ne néglige pas à l’occasion de prêter ses services aux longs métrages live, comme en témoigne le récent Casshern. Mais c’est certainement le travail d’orfèvre de Naoyuki Onda au character design qui retiendra le plus l’attention au premier regard. On lui doit déjà les superbes designs de Gantz et de Wolf’s Rain. Il se surpasse littéralement avec le superbe design de l’héroïne d’Ergo Proxy,

Durant les cinq premiers épisodes d’Ergo Proxy, Shukô Murase parvient à planter les bases d’un décor solide qui captive immédiatement alors même qu’il renvoie à un schéma très classique : un univers post-apocalyptique dans lequel quelques privilégiés vivent confortablement dans les hauteurs tandis que les autres, privés de citoyenneté, sont rejetés à l’extérieur dans les bas-fonds, voilà qui ne devrait pas désarçonner les familiers du genre de la science-fiction. Il en va de même pour la problématique des androïdes domestiques incontrôlables dont l’infection semble consister en une prise de conscience de leur « humanité ».

ergo_proxy_04La série évite intelligemment toute mise en place didactique pour nous plonger dès les premières secondes dans le feu de l’action, avec l’évasion spectaculaire d’une imposante et gracieuse créature d’un centre de recherche. Ce n’est qu’ensuite que l’on fera la connaissance de note héroïne, jeune recrue de la police qui ne se déplace jamais sans son « Entourage », un androïde prénommé Iggy. Les cartes sont ainsi dévoilées petit à petit, au fur et à mesure des indices que recueille Re-I sur les lieux où viennent de sévir les Auto-Reivs contaminés par le cogito.

L’autre personnage à jouer un rôle clé dans l’affaire est un jeune immigrant du nom de Vincent Law, qui fait tout ce qu’il peut pour gagner le droit de devenir un jour citoyen à part entière de ce triste paradis qu’est Romdo. Alors que Re-I et Vincent mènent leur enquête chacun de leur côté pendant les deux premiers épisodes, le destin va paradoxalement les réunir à partir du moment où Vincent, traqué de toutes parts par le Bureau de Sûreté du gouvernement, tente le tout pour le tout en s’échappant de la cité-dôme.

En termes d’ambiance comme en termes d’action, Ergo Proxy se place sans nul doute dans le haut du panier des séries actuelles. L’animation, très soignée, est mise au service d’une réalisation nerveuse qui reste toujours proche des personnages. Les angles de caméra, très dynamiques, épousent joliment les torsions des corps lors d’explosions de violence très réussies (la remarquable scène de massacre du centre commercial, dans l’épisode 2) mais les expressions de visage des uns et des autres, très éloquentes, ne sont pas laissées de côté pour autant.

ergo_proxy_01A ce titre, le graphisme superbe joue un rôle déterminant dans l’empathie immédiate que provoquent les deux personnages principaux. La série fourmille ainsi de magnifiques plans en contre-plongée sur leurs visages, le plus marquant d’entre eux restant sans nul doute celui qui insiste sur le regard de Vincent à l’instant où il s’apprête à sauter dans le vide (épisode 3).

Ergo Proxy allie donc le plaisir des yeux à celui d’un scénario bien construit, dont on ne sait pas encore à l’issue de ce premier volume jusqu’où il va nous mener. Certes, on n’atteint pas le niveau d’opacité glauque et envoûtante de la première partie de Texhnolyze – pour rester dans un type d’atmosphère relativement proche – mais la série paraît jusqu’ici digérer avec bonheur ses influences multiples et détenir le potentiel de surprendre plus agréablement par la suite.

Sans compter que l’idée de clore chaque épisode par le sublime Paranoid Android de Radiohead est plus que lumineuse… Le deuxième volume est donc attendu avec impatience.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 12 avril 2007

> Lire la critique des épisodes 6 à 10

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