Critique : ‘Fruits Basket’, de Akitarô Daichi

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La série animée Fruits Basket est réalisée en 2001 par Akitarô Daichi d’après le manga de Natsuki Takaya, dont elle reprend très fidèlement les six premiers volumes. Actuellement en cours de parution au Japon, celui-ci est publié en France aux éditions Akata/Delcourt. Il est à espérer qu’une deuxième saison de la série animée verra le jour.

Fruits Basket raconte les aventures d’une adolescente de 16 ans, Tohru Honda, qui vient de perdre sa mère et vit sous une tente après que son grand-père a déclaré ne pas pouvoir s’occuper d’elle dans l’immédiat. Mais Tohru découvre rapidement qu’elle a dressé sa tente sur le terrain des Sohma, une étrange famille dont elle fréquente l’un des membres au lycée, Yuki Sohma. Les Sohma ne tardent pas à lui proposer de s’installer chez eux, tandis qu’elle tiendra la maison en échange de leur hospitalité. Tohru n’est pas au bout de ses surprises car cette famille est affligée d’une bien étrange malédiction : les Sohma se transforment en effet en animaux du Zodiaque chinois au contact d’une personne du sexe opposé !

Fruits Basket commence comme une série légère et souvent hilarante. La malédiction qui pèse sur les membres de la famille Sohma est prétexte à des situations comiques largement exploitées tout au long de la série. Celles-ci culminent dans l’épisode 6, véritable festival de transformations et de quiprocos à répétition lorsque les deux meilleures amies de Tohru, Alisa et Saki, viennent rendre visite aux Sohma pour vérifier que leur amie est bien traitée. Le côté cocasse des transformations des uns et des autres surprend à chaque fois et ne manque jamais son effet. Sans oublier le fan club de Yuki au lycée, composé de filles hystériques qui filment chacun des faits et gestes de l’adolescent à son insu.

Mais très vite, Fruits Basket glisse vers une autre direction. A l’instar de toutes les grandes séries, celle-ci dépasse le cadre de sa cible première (le public du shôjo manga, soit les collégiennes et les lycéennes) pour toucher tous les publics avec le même bonheur, par le choix de ses thèmes et la justesse de leur traitement. Il faut saluer à ce titre une mise en scène et un sens de la narration exceptionnels, sans quoi la série ne parviendrait pas à atteindre aussi subtilement son but.

Le thème principal de Fruits Basket, comédie légère en apparence, tourne autour de l’idée de la différence, symbolisée par les étranges transformations auxquelles sont sujets les treize Sohma (le chat ne faisant pas partie du zodiaque). Cette mystérieuse malédiction fait de chaque Sohma un être à part, avec toutes les perturbations que cela implique. Ainsi parmi les trois Sohma qui vivent au quotidien avec Tohru, le sage Yuki Sohma se transforme en rat lorsqu’une fille le serre dans ses bras ; Shigure, le romancier désinvolte, se métamorphose en chien, tandis que le troisième habitant de la maison, l’enragé Kyô Sohma, se change en chat, animal censé être l’ennemi héréditaire du rat selon la légende.

Tohru va bien sûr hésiter entre Yuki et Kyô comme dans tout shôjo qui se respecte, même si les deux garçons se détestent royalement. C’est d’ailleurs la rivalité qui sépare ses deux meilleurs amis qui fera d’elle une confidente à l’écoute de son prochain au fur et à mesure qu’apparaissent de nouveaux Sohma, tous plus loufoques et désemparés les uns que les autres.

Tohru Honda, la candide lycéenne que nous découvrons tout d’abord en détresse après la mort tragique de sa mère, se révèle finalement capable de recueillir les doléances, voire les accès de désespoir de chacun, telle une mère justement. C’est ainsi que Fruits Basket se transforme à son tour en une série d’une grande tendresse, alternant l’humour endiablé et les scènes intimistes, sans jamais verser dans la niaiserie comme on aurait pu le craindre.

Les personnages extrêmes et souvent désopilants qui peuplent cet univers délirant sont pour beaucoup dans son charme indéniable, mais Fruits Basket ne serait pas si chaleureux sans les interventions de Tohru, tour à tour rigolote par sa maladresse, émerveillée par toutes les rencontres insolites qu’elle fait, et finalement capable de trouver les mots justes face aux souffrances qui habitent les autres et qui ne trouvent pas forcément leurs racines dans cette fameuse malédiction.

Tohru est l’essence de la série, son énergie positive, aussi ouverte aux autres que les Sohma sont repliés sur eux-mêmes. Fruits Basket, à travers les mots et le comportement de Tohru, traite donc de l’acceptation des autres et, davantage encore, de l’acceptation de soi. Les trois derniers épisodes, particulièrement soignés visuellement, et qui tranchent par leur ambiance sombre avec le ton du reste de la série, mettent encore davantage en évidence cette dernière idée, distillée jusqu’alors en filigrane au fil des épisodes.

Si l’on ajoute à tout cela une animation fluide et élégante, le choix de couleurs douces et harmonieuses, une excellente bande-son qui alterne entre humour et émotion, au diapason de l’histoire qui nous est contée (mention spéciale aux superbes génériques composés et interprétés par Ritsuko Okazaki), Fruits Basket est un véritable bain de fraîcheur dans lequel on se coule avec ravissement. Et certainement l’une des meilleures séries d’animation de ces dernières années.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 25 août 2003

NDLA : ce texte a une valeur spéciale à mes yeux puisqu’il s’agit de ma toute première critique sur DVDRama.com. Elle allait avec le test complet du DVD collector de Fruits Basket sorti chez Déclic Images.

 

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