Critique : ‘Garfield 2’, de Tim Hill

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Dans le premier Garfield réalisé par Tim Hill et sorti en 2004, le célèbre matou amateur de lasagnes devait faire face à l’arrivée sur son territoire d’Odie, un petit chien si attendrissant qu’il menaçait de lui voler le cœur de son maître, Jon Arbuckle. Clairement destiné aux enfants, le film ne brillait pas par sa subtilité mais demeurait à peu près regardable, grâce à l’interaction entre le chat de synthèse et les deux vrais chiens qui lui donnaient la réplique dans le rôle d’Odie (les meilleurs acteurs du film !) et grâce à des thèmes on ne peut plus universels tels que la jalousie et la crainte de perdre sa place au sein du foyer. Avec Garfield 2, fini le temps de la modestie. Notre héros ayant résolu ses problèmes de ménage avec son compagnon canin, il ne reste plus qu’à le catapulter en territoire exotique pour justifier de nouvelles aventures. Moins réussi que le premier, ce nouvel opus devrait toutefois plaire à un public (très) enfantin.

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Jon part en Angleterre pour suivre Liz qui doit se rendre à une conférence importante dans un immense château. Entraînant le chien Odie dans le plan qu’il a échafaudé afin de retrouver son maître, Garfield, à peine arrivé sur le sol anglais, est pris par mégarde pour un chat issu de la haute noblesse qui lui ressemble trait pour trait et qui se prénomme Prince. La belle vie qui s’offre à lui est troublée par les manigances de Lord Dargis qui convoite l’impressionnant héritage du distingué chat au point de chercher par tous les moyens à éliminer Prince/Garfield…

garfield2_05Garfield, gros patapouf fainéant, pataud et gourmand qui soliloque à longueur de temps d’un air blasé, est susceptible d’appeler à une identification de la part d’un public adulte, capable de se reconnaître dans son ironie mordante. Une ironie que vient encore renforcer le doublage désinvolte de Bill Murray dans la version originale (Cauet en VF). S’il est finalement très humain, Garfield n’en oublie pas d’être un chat, et plus précisément le genre de chat qui se prend pour un dieu – comme tous les chats ?… Sans faire de miracle, Garfield tirait correctement parti de cette double identité et permettait à Garfield d’accomplir un modeste parcours en s’ouvrant aux autres (le chien !), sans pour autant que son caractère bien trempé ne s’en trouve dénaturé.

En élargissant soudainement l’horizon du gros matou tigré, Garfield 2 évacue l’essence de son charme premier, à savoir ce regard critique vis-à-vis du monde des humains, hérité de sa position privilégiée d’observateur de leur intimité. Garfield nage désormais dans d’autres sphères et entend vivre sa vie hors du foyer. Plus rocambolesques que jamais, ses nouvelles aventures l’entraînent vers la découverte des mœurs de l’aristocratie anglaise, puisque son sosie n’est autre que l’un de ces chats auxquels une veuve richissime a légué tous ses biens, au grand dam des héritiers légitimes. Un pitch qui rappelle effectivement de loin certains faits divers cocasses du même genre venus tout droit d’Angleterre.

garfield2_02Plus encore que le premier film, Garfield 2 cible exclusivement un public composé de très jeunes enfants, la plupart des gags reposant sur du comique de situation à tendance burlesque qui les fera sans doute rire – quoique… Les adultes risquent de trouver le temps très long en revanche, et pas seulement parce que les seuls gentils humains auxquels se raccrocher, Jon (Breckin Meyer) et Liz (Jennifer Love-Hewitt), continuent de rivaliser de niaiserie. Lord Dargis (Bill Connolly), le vilain monsieur qui veut la peau de Prince et plus tard de Garfield, fait un méchant beaucoup trop caricatural pour convaincre, même pour un film pour enfants, et même si l’acteur donne en l’occurrence l’impression de bien s’amuser.

Le plus triste dans l’histoire est assurément de voir le chien Odie relégué au second plan, Garfield ne trouvant pas dans ce deuxième volet de partenaire à sa « hauteur », bien que les prétendants ne manquent pas. En dehors de notre héros, le personnage auquel le spectateur peut espérer se raccrocher n’est autre que l’autre chat du film, le placide et sympathique Prince.

garfield2_04Parmi les rares points acceptables de Garfield 2 méritant d’être mentionnés, citons quelques moments de bravoure comme cette scène où Garfield, finalement pas si malheureux que ça d’être propulsé au rang de prince, met à contribution les talents des nobles animaux domestiques ainsi que ceux de la basse-cour du château, afin qu’ils lui concoctent son plat favori, les lasagnes. Le choc de la rencontre tant attendue entre Garfield et son sosie Prince ne manque pas de sel non plus — toutes proportions gardées, bien entendu.

Techniquement, Garfield 2 surpasse son aîné grâce à une intégration et un rendu d’images de synthèse désormais sans faille, en dépit d’enjeux de taille puisqu’il n’y a plus un seul chat en vedette mais deux. Et si les deux matous semblent identiques à première vue, ils diffèrent en réalité par de petits détails qui tiennent à leur façon d’être, de se mouvoir, de réagir. Le climax du film joue d’ailleurs sur cette ambiguïté tout en enchaînant les pitreries animales et humaines à qui mieux mieux, concluant à notre grand soulagement ce énième désastre cartoonesque américain à destination des petits.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 17 juillet 2006

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