Critique : ‘Gungrave’, de Toshiyuki Tsuru – Episodes 1 à 13

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Histoire de vengeance sur fond mafieux, la série animée Gungrave s’inspire d’un jeu vidéo créé en 2002 par Yasuhiro Nightow pour la Playstation 2. Le character design très stylisé de Nightow a largement contribué à sa popularité et amené le studio Madhouse à s’intéresser de près au projet. Si la réalisation de Gungrave ne brille pas par son dynamisme eu égard au sujet, le scénario complexe de Yasuhiro Nightow et Yôsuke Kuroda, est à n’en pas douter le point fort de cette série, qui parvient à être originale en dépit de son caractère ostensiblement référentiel.

gungrave_04Les petits voyous des rues Brandon Heat et Harry MacDowel voient leur vie basculer lorsque leurs deux meilleurs amis sont sauvagement assassinés par les caïds du coin. Décidé à survivre coûte que coûte et très avide de réussite, Harry décide de rejoindre Millenion, la grande organisation mafieuse qui détient la ville, bientôt suivi par Brandon qui n’a nulle part où aller. Ce dernier désire plus que tout rester auprès de celle qu’il aime, Maria, recueillie par l’Organisation après la mort de son oncle. Une nouvelle aventure commence pour Brandon et Harry, qui révèlent tous deux d’impressionnantes aptitudes au sein de Millenion. Leur amitié survivra-t-elle à leur ascension fulgurante ?

Le nom de Madhouse devrait déjà suffire à aiguiser la curiosité à l’égard de Gungrave, ce studio d’animation comptant à son actif bon nombre de séries, d’OAV et de films de très haute tenue, parmi lesquels les œuvres de Rintaro (X/1999, Metropolis), de Yoshiaki Kawajiri (La Cité Interdite, Vampire Hunter D : Bloodlust) ou encore celles de Satoshi Kon (Perfect Blue, Millennium Actress), soit trois auteurs majeurs de l’animation japonaise.

Enfin, l’autre nom à retenir au générique de Gungrave est celui de Yôsuke Kuroda, le scénariste de Trigun et des récentes OAV de Hellsing. Il représente sans doute l’indicateur le plus fiable de ce que l’on peut attendre de cette série, dont il a élaboré le concept pour la télévision avec Yasuhiro Nightow, défini la composition et écrit tous les épisodes.

gungrave_03Ce coffret rassemble les treize premiers épisodes de Gungrave et fournit d’ores et déjà suffisamment de matière pour apprécier l’excellente continuité narrative qui caractérise la série. L’épisode 1, Destroyer in the Dust, nous introduit au personnage de Beyond the Grave, homme à l’apparence monstrueuse revenu à la vie dans des circonstances mystérieuses et précédé d’une réputation de tueur redoutable. On ne tarde pas à découvrir qu’il porte le poids d’un lourd passé et qu’il est assoiffé de vengeance. Pour quelle raison ? Les épisodes suivants vont se charger de nous en dévoiler un peu plus, en revenant en détail sur l’histoire de cet homme hors du commun, jadis appelé Brandon Heat.

C’est ainsi qu’après avoir démarré dans une ambiance de science-fiction, Gungrave se métamorphose dès l’épisode 2, Young Dogs, en grande saga mafieuse dans la plus pure tradition du genre. La jeunesse désœuvrée dans les quartiers pauvres, les premiers pas dans la Mafia et les basses tâches qui vont avec, les coups d’éclat et les promotions successives qu’ils entraînent…

Etape par étape, Gungrave décrit l’ascension de Brandon et de son meilleur ami Harry vers les plus hauts sommets du monde du crime. Située dans un lieu et une époque indéterminés, la série puise essentiellement ses inspirations dans les grands classiques du cinéma américain tels que Le Parrain ou encore Scarface. Il est d’ailleurs clairement question de Mafia, de Famille, et non de yakuzas. L’approche psychologique des personnages, le thème appuyé de la corruption de l’âme (par la violence pour l’un, par le pouvoir pour l’autre), le parfum de mélancolie qui entoure le personnage déclinant de Big Daddy et sa relation très particulière avec Brandon, tout cela évoque de très près le chef d’œuvre de Francis Ford Coppola.

On notera en passant quelques clins d’œil amusants aux films de triades de John Woo : Le Syndicat du Crime, lorsque Brandon, un flingue dans chaque main, force une porte pour dégommer ses ennemis avec style, ou encore A toute épreuve, pour une scène de gunfight très éloquente à l’intérieur d’un entrepôt.

Gungrave intègre et digère ces influences très fortes avec brio et parvient à maintenir le suspense à chaque nouvel épisode. Si le personnage de Harry, le jeune caïd au dents longues, pourra paraître familier aux amateurs du genre, celui de Brandon est autrement plus déroutant et intéressant. C’est à lui que Gungrave doit en grande partie son originalité, et c’est de fait grâce à lui que Harry et les autres acquièrent de la substance.

gungrave_02Doux, gentil, introverti, le pourtant bien nommé Brandon Heat tendrait à prouver, sans le vouloir toutefois, que c’est lorsque l’on se fiche le plus de réussir que l’on y parvient à coup sûr. Entré par « accident » au sein de l’Organisation, le jeune homme se révèle d’abord être le sous-fifre idéal, aussi efficace que peu vindicatif. Mais sa droiture et son habileté au combat ne tardent pas à le distinguer de ses collègues et le lien qui l’unit à la protégée du patron de Millienion fait le reste.

Tandis que Brandon s’impose comme le confident privilégié de Big Daddy, qui le respecte tant professionnellement que personnellement, son avenir se fait de plus en plus radieux et il ne lui faudra que quelques années pour intégrer le cercle très fermé des membres de la « Famille », le fin du fin de l’Organisation. Brandon est donc le personnage qui évolue le plus sensiblement dans l’univers de Gungrave, tout en conservant envers et contre tout sa personnalité affable. Cerise sur le gâteau, il est joué par Tomokazu Seki, le meilleur comédien de doublage actuel de l’animation télévisée japonaise. Celui-ci contribue largement à conférer à ce personnage pourtant très peu loquace une véritable épaisseur, notamment grâce à ces beaux monologues désabusés égrenés au fil des épisodes.

gungrave_wall2Brandon et Harry ne sont pas les seuls à retenir l’attention : le personnage de Big Daddy sort lui aussi du lot, à la fois implacable et terriblement sentimental. Il en va de même pour ses proches, tous brossés avec humanité, depuis le petit chef qui prend Brandon sous son aile dans les premiers épisodes jusqu’au numéro 2 de Millenion, Bear Walken. Saga mafieuse oblige, les femmes sont reléguées à l’arrière-plan, tout juste appelées à fournir la petite touche de chaleur féminine (ou de mièvrerie surréaliste caractéristique de bien des personnages féminins de japanime, serait-on tenté de dire) nécessaire à ce genre d’univers sec et impitoyable.

Si Gungrave est armé d’un scénario béton, on ne peut cependant pas en dire autant de la mise en scène de Toshiyuki Tsuru. Enthousiasmante durant les scènes d’action, elle manque un peu d’originalité et de vivacité par ailleurs. Quant au graphisme, il est agréable à l’œil même s’il accuse parfois quelques inégalités, en dépit d’un character design réaliste et soigné.

Ces défauts relatifs s’avèrent en réalité peu gênants sur la durée mais on ne peut s’empêcher de se demander à quoi ressemblerait la série avec l’emballage parfait qu’elle mérite. Cela étant dit, imperfections ou non, la suite est attendue avec impatience…

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 27 juillet 2006

> Lire la critique des épisodes 14 à 26

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