Critique : ‘Gungrave’, de Toshiyuki Tsuru – Episodes 14 à 26

0

Ces treize nouveaux épisodes de Gungrave nous acheminent vers la fin d’une intrigue complexe et mouvementée. Brandon Heat et Harry MacDowel sont parvenus en quelques années à devenir les deux personnalités les plus influentes de Millenion, juste après Big Daddy. Mais cela ne suffit pas encore à Harry, qui a pour ambition de prendre la place du vieil homme et supervise dans le plus grand secret les expériences menées par le professeur Tokioka sur la nécrolysation, un procédé consistant à ramener les défunts à la vie pour les changer en machines de guerre. Un jour, il révèle ses intentions à Brandon et lui demande de se ranger à ses côtés. Mais ce dernier refuse de rompre le Pacte de fer de l’Organisation. Fou de rage, Harry exécute son meilleur ami et répand aussitôt la rumeur selon laquelle Brandon aurait trahi Millenion…

La deuxième partie de Gungrave débute avec l’épisode charnière de toute la série, celui de la mort de Brandon. Sobrement intitulé Die, cet épisode dont la tension latente va crescendo pour exploser dans les dernières minutes, lors d’une scène cathartique d’une belle intensité dramatique, voit les destins des deux inséparables amis prendre des directions opposées : alors que l’ascenseur dans lequel se tient Harry s’élève vers le sommets, Brandon entame une chute interminable vers les tréfonds de l’enfer. La mise en scène de Toshiyuki Tsuru, qui était un peu inégale durant les treize premiers épisodes de la première partie, atteint dans cette scène un niveau de maîtrise impeccable, dont elle ne se départira plus au cours de tous les moments forts qui vont suivre – et ils sont légion.

Car la partie deux de Gungrave, on l’aura compris, est placée sous le signe de la vengeance. Celle que Brandon Heat, revenu d’entre les morts sous le nom de Beyond the Grave, va progressivement mettre à exécution à l’encontre de son ennemi juré et de ses sbires ; mais aussi celle qui tourmente la jeune Mika Asagi, fille unique de Maria et de Big Daddy, seule au monde depuis que Harry a fait assassiner tous ses proches.

gungrave_08Tout comme la première partie de la série, ces treize nouveaux épisodes de Gungrave sont soutenus par un sens aiguisé de la gestion du temps, ce temps qui inscrit sa marque indélébile sur les traits de Harry, âgé à partir de l’épisode 17 (Mika) de quarante-trois ans. Si les quatre fidèles hommes de main du nouveau patron de Millenion, Bear Walken, Balladbird Lee, Bob Poundmax et Bunji Kugashira, subissent eux aussi le poids des années, le visage angélique de Brandon alias Grave a conservé son éternelle jeunesse, par-delà la mort, tel un insupportable rappel de leur passé insouciant. Des réminiscences rendues d’autant plus douloureuses que l’acte ignoble commis par Harry est à jamais gravé sur le visage du martyre, dans les sillons de l’imposante cicatrice qui lui barre l’œil gauche.

L’ironie veut que Brandon ait ressuscité grâce aux expériences menées en secret par Harry pour produire à la chaîne les soldats mutants indestructibles nécessaires à son triomphe, les « Orgmen ». Au fil des années, ces créatures seront supplantées par les « Superior », obtenus à partir de la mutation d’être vivants, et parmi lesquels on retrouvera les quatre acolytes de Harry. Pourtant, les monstres sanguinaires et les carnages spectaculaires ont beau se multiplier, c’est un sentiment de tristesse mêlé de nostalgie qui nous étreint lorsque se clôt l’intrigue tortueuse de Gungrave.

gungrave_09En vingt-six épisodes seulement, le réalisateur Toshiyuki Tsuru et le scénariste Yôsuke Kuroda sont parvenus à tisser une saga d’une densité renversante dont les méandres cruels, parcourus de moments de bravoure explosifs et superbement réalisés, laissent sourdre une émotion inattendue.

L’épisode 26, Twilight of the Destroyers, est une petite merveille de narration et de montage, où présent et passé se confondent pour mettre en évidence le terrible gâchis à l’œuvre depuis l’aube des vies des deux meilleurs amis. Les ultimes instants, d’une pudeur bouleversante, offrent la plus belle des conclusions à cette histoire rondement orchestrée et hantée jusqu’à son dernier souffle par le personnage fantomatique et extraordinairement attachant de Brandon Heat. Au terme du voyage, Gungrave aura honoré toutes ses promesses et plus encore. Une très belle série.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 2 novembre 2006

> Lire la critique des épisodes 1 à 13

gungrave_07

Share.