Critique : ‘I Wish You Were Here’, de Seiji Mizushima

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Production originale du célèbre studio Gonzo, I Wish You Were Here présente de nombreux points communs avec Blue Submarine N°6 réalisé par le même studio deux ans plus tôt, à commencer par une structure très similaire. Dans les deux animes, nous sommes projetés sans ménagement dès les premières images au cœur d’une bataille dont il est impossible de saisir immédiatement tous les tenants et les aboutissants.

Dans un cas, l’humanité menacée de disparition est en lutte contre des créatures marines mutantes belliqueuses obéissant aux ordres d’un mystérieux scientifique ; dans l’autre, l’armée tente tout aussi désespérément d’éradiquer la menace d’un virus intelligent qui ravage la population, changeant de manière irréversible les êtres humains en monstres sanguinaires. Les deux œuvres se divisent en quatre épisodes et répondent à un timing forcément serré puisqu’il s’agit rien moins que de dénouer l’avenir de la race humaine en un laps de temps extrêmement court.

Mais là où le formidable Blue Submarine N°6 parvenait à s’affranchir des contraintes rigides de son format en étirant et en sublimant les instants qui précèdent ou qui suivent l’action sans que celle-ci ne soit bâclée pour autant, I Wish You Were Here s’enlise dans les pièges d’une trame tristement répétitive qui ne mène nulle part.

Les habitants de la Terre sont peu à peu contaminés par un terrifiant virus d’origine extraterrestre, le M-34. Les gouvernements mondiaux se sont alliés dans le but de limiter la catastrophe et ont décidé d’un commun accord d’éliminer purement et simplement les porteurs de la maladie incurable, devenus de véritables dangers publics. Pour cela, ils font appel à l’unité d’élite de l’armée, les NOA. Ces soldats sont réputés invincibles grâce aux nanomachines qui circulent dans leurs corps et les protègent de la moindre agression extérieure en les recouvrant instantanément d’une armure ultra-résistante. Membre émérite de l’unité NOA, Yûji Tamiya (joué par Joe Odagiri) s’interroge de plus en plus sur le bien-fondé de sa mission en voyant chaque jour tomber au combat ses amis soldats. Jusqu’au jour où il croise le regard de Ai, une jeune fille de seize ans surnommée « la nouvelle arme »…

Le plus gros reproche que l’on peut émettre à propos de I Wish You Were Here est de nous catapulter dans la bataille pour nous laisser complètement sur notre faim à l’issue de quatre épisodes assez semblables les uns aux autres. Autrement dit, la mini-série ne raconte finalement pas grand-chose et les quelques bonnes idées qui la parsèment s’avèrent tout aussi inabouties que l’ensemble. Quant aux dernières minutes, elles laissent littéralement pantois tant la résolution de l’affaire est elliptique.

D’une histoire reposant sur la prolifération de virus mutants et sur la technologie ô combien fascinante des nanomachines, on attendait davantage que de simples affrontements entre guerriers hi-tech et monstres baveux. Quant à la nouvelle « arme » qui se révèle être une jeune fille douce et innocente qu’un garçon courageux n’aura de cesse de protéger à tout prix, on a vu plus original.

Malgré tout, la relation de tendresse qui naît petit à petit entre Yûji et Ai n’est pas dénuée de charme et tient suffisamment la route pour s’imposer comme l’un des aspects les plus réussis de I Wish You Were Here. A ce bon point s’ajoute la partition envoûtante de Kenji Kawai qui stimule plus d’une fois l’imaginaire à défaut d’être soutenue par des images à la hauteur de ses excellentes intentions.

Car si le character design de Takaharu Matsumoto est tout à fait joli – mention au look de Yûji, plutôt original –, la mise en scène de Seiji Mizushima (Fullmetal Alchemist !) ne transcende à aucun moment son sujet bateau, remplissant tranquillement son office sans jamais mettre le turbo. De fait, aucune scène ne se détache vraiment et ne donne à I Wish You Were Here de chance de rester dans les mémoires.

Et ce ne sont pas les pénibles incrustations digitales telles que la matérialisation plate et hideuse du pouvoir d’Ai qui risquent de rehausser un spectacle aussi atone que prévisible. Là encore, le même studio nous avait offert beaucoup mieux, techniquement parlant, avec les sous-marins et les baleines 3D de Blue Submarine N°6, et ce en 1999 ! Le défi technique est donc loin d’être relevé de façon satisfaisante dans le cas présent, tandis que l’animation traditionnelle ne dépasse pas le stade du simplement correct.

Malgré toutes les promesses induites par son prestigieux générique, I Wish You Were Here se révèle étonnamment anecdotique. Restent deux personnages attachants et une certaine ambiance musicale qui rendent tout de même le tout plaisant à regarder.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 22 décembre 2005

 

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