Critique : ‘I’ll – CKBC’, de Itsuro Kawasaki

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Depuis que Hitonari Hiiragi a rejoint l’équipe de basket du lycée Kouzu, Akane Tachibana doit composer avec un sérieux rival qui est aussi devenu au fil du temps son meilleur ami. Le jour où Hiiragi se fait remarquer puis convoquer par l’entraîneur d’une équipe plus prestigieuse qui souhaiterait le recruter, Tachibana se met subitement à montrer des signes de perte de motivation, ce qui contribue à hâter le départ de son ami, irrité par sa désinvolture. L’amitié des deux jeunes basketteurs survivra-t-elle à ce coup dur?…

Le manga I’ll occupe une place à part dans le genre si balisé du shônen. La comparaison est inévitable avec l’excellent Slam Dunk de Takehiko Inoue, publié de 1990 à 1996 – année durant laquelle a débuté celle de I’ll – et qui a aussi pour thème central le basket-ball. Mais là où Slam Dunk s’affiche comme un authentique manga sportif, c’est-à-dire axé principalement sur les compétitions à travers le parcours d’un novice qui se révèle être un joueur surdoué (et « génie » autoproclamé) au sein d’une équipe solide destinée à s’envoler vers les sommets, I’ll tient davantage de la chronique adolescente sensible dans laquelle le basket ferait figure de vecteur d’émancipation et non de fin en soi.

illckbc_05En résulte un manga à l’ambiance éthérée, plus soucieux des craintes et des hésitations de ses personnages en quête d’identité que de leurs performances sportives ou de la traditionnelle glorification de l’esprit d’équipe chère au genre. La finesse du dessin de Hiroyuki Asada n’apparaît d’ailleurs jamais aussi émouvante que lorsque l’auteur croque ses personnages dans les attitudes les plus quotidiennes et nonchalantes – il n’est qu’à admirer le splendide artbook regroupant les illustrations en couleurs de I’ll pour s’en convaincre.

Il était évidemment périlleux d’entreprendre l’adaptation d’une œuvre aussi intimiste que I’ll pour le petit écran et le choix s’est finalement porté sur le format OAV, soit un total de soixante minutes seulement. Au vu du résultat, on ne peut s’empêcher de se dire qu’une série de treize épisodes au moins – le manga compte quatorze volumes – aurait été mieux à même de restituer la langueur et la délicatesse du manga de Asada. L’un des principaux reproches que l’on pourra faire à ce duo d’OAV concerne bien entendu le développement des personnages. I’ll – CKBC [Crazy KOUZU Basketball Club] reprend fidèlement un segment du manga qui court sur les volumes 5 et 6, au moment où Akane Tachibana et Hitonari Hiiragi traversent chacun un moment de découragement qui se double aussitôt d’une crise dans leur amitié.

Autant dire que ceux qui n’auraient pas lu I’ll risquent fort de ne pas saisir pleinement la portée des enjeux qui animent les deux adolescents, et ce même si le scénario de I’ll – CKBC prend soin de nourrir l’intrigue principale de nombreux flash-backs explicatifs. Non pas que ces enjeux soient si complexes qu’ils défient toute compréhension. Le problème réside dans le fait qu’ils sont survolés et apparaissent ainsi par trop banals et superficiels.

I’ll – CKBC semble ainsi hésiter entre l’exhaustivité, à travers le rappel constant du passé des deux personnages principaux, et l’insistance sur le détail d’un moment décisif de leur vie. Or ni l’un ni l’autre aspect n’est traité en profondeur, ce qui n’a rien d’étonnant étant donné le peu de temps imparti par le format choisi.

La souffrance de Hitonari, due aux pressions exercées par son père et son frère pour qu’il rentre dans le rang, est un thème largement développé dans le manga et ne saurait se voir résumée ainsi en quelques minutes. De même, le côté chien fou de Tachibana, généreusement mis en exergue dans cette adaptation animée, ne représente en réalité qu’un aspect d’une personnalité tout en nuance, plus impénétrable qu’il n’y paraît.

illckbc_02Quant aux autres personnages, ils se retrouvent nécessairement relégués à l’arrière-plan et leur transparence enlève bien du sel au conflit qui oppose les deux garçons. A cela, il faut ajouter l’omniprésence d’une musique sirupeuse dont on devine qu’elle a pour vocation de lier cet ensemble un peu bancal, mais qui finit à force par perdre de son impact tant elle est utilisée en dépit du bon sens.

Toutefois, il serait injuste de bouder totalement son plaisir puisque I’ll – CKBC ne vient jamais trahir le manga et n’est pas non plus exempt de beaux moments. Le graphisme, sans égaler la beauté du style inimitable de Hiroyuki Asada, s’avère plutôt soigné et on a plaisir à voir Tachibana s’animer sous nos yeux pour balancer son célèbre « Atchoo » au-dessus du panier. L’animation n’a rien de révolutionnaire mais elle tient la route dans les matchs, au cours desquels on ne relève que très peu de dessins réutilisés comme c’est trop souvent le cas dans les séries ou OAV à petit budget.

Enfin, malgré les raccourcis et la pesanteur de la musique, I’ll – CKBC parvient à dégager une certaine atmosphère dont la chaleur humaine n’est pas absente. Pour finir, il ne faudrait pas manquer les dernières minutes de la deuxième OAV, qui viennent discrètement et joliment clôturer le générique de fin.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 28 avril 2006

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