Critique : ‘Interlude’, de Tatsuya Nagamine et Masahiro Hosoda

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Un jeune garçon est en proie depuis quelques temps à d’étranges cauchemars. Après s’être endormi en plein cours pour se réveiller en sursaut devant ses camarades, il commence à s’interroger sérieusement sur les visions inquiétantes qui le hantent. D’autant que certaines d’entre elles ont déjà commencé à envahir son quotidien. Par-dessus tout, il redoute de voir sa meilleure amie Tama mourir tragiquement, comme dans son rêve. Les choses s’aggravent encore lorsqu’il s’aperçoit que ses amies, qui ont participé une nuit à poursuivre avec lui une ombre mystérieuse en pleine ville, lui affirment le lendemain n’avoir aucun souvenir de ce qui s’est produit…

interlude_01Série de trois OAV teintée de mystère, Interlude est un paradoxe en soi. Pas forcément dans le bon sens, malheureusement. A partir d’un scénario signé Akemi Omode (.hack//SIGN, Gundam Seed), les réalisateurs Tatsuya Nagamine et Masahiro Hosoda (épisode 2) distillent une atmosphère réellement intrigante en usant d’une narration tout en ruptures successives, destinée à semer le même doute dans l’esprit du spectateur que celui qui trouble le personnage principal (dont le nom ne nous sera jamais révélé). L’ensemble est soutenu par un graphisme soigné, particulièrement en ce qui concerne notre héros et la jeune fille qui l’accompagne dans son cauchemar, Aya Watsuji (sorte de mélange entre Arashi de X et Chizuna de Hitsuji no Uta), et par une colorisation de toute beauté qui privilégie les tons froids.

Or ce travail louable sur les ambiances et l’esthétique, qui s’accorde parfaitement avec le ton a priori sérieux d‘Interlude, est constamment sapé par le recours à un fan service régressif qui n’a pas le moins du monde sa place dans l’affaire. Il faut donc subir de multiples gags au sujet de la poitrine démesurée d’une employée de mairie décérébrée (bien entendu), ou bien des tenues SM parfaitement ridicules de ses comparses (égarées elles-aussi dans le monde parallèle), avant d’espérer en apprendre plus sur les tenants et les aboutissants de cette sombre histoire.

interlude_02Cette faute de goût incompréhensible est d’autant plus regrettable qu’Interlude ne manque pas de charme et se laisse suivre avec un certain intérêt. Parmi les trouvailles les plus intéressantes de cette série, on citera les introductions de chaque OAV, qui mettent en scène successivement tous les personnages principaux tandis qu’il ou elles débitent un monologue pour le moins énigmatique, juchés sur ce qui ressemble à une scène de théâtre.

Le monde parallèle dans lequel évolue Aya et que l’on découvre plus avant dans l’épisode 2 – le plus réussi des trois – ne manquera pas non plus d’attiser la curiosité. On pense un peu à Gantz, puisque ce monde, identique à celui que connaissent les personnages, est néanmoins déserté par toute vie humaine à l’exception des malchanceux qui s’y retrouvent projetés pour combattre de vilaines créatures.

interlude_04Quant au tandem formé par l’adolescente qui poursuit le jeune homme dans les deux mondes et son chien de feu, Hedgehog, il n’est pas sans rappeler le couple Yuzuriha/Inuki de X de Clamp. Trouvailles ou simples clins d’œil, les divers éléments qui composent Interlude s’agencent avec fluidité, flirtant même parfois avec l’horreur pure dès que les visions oppressantes du jeune homme envahissent l’écran.

Si l’on fait abstraction du fan service idiot, le principal défaut d’Interlude est cependant de ne pas parvenir à aller jusqu’au bout de ses sympathiques idées. Le dernier épisode, bien que plaisant à regarder, fait l’effet d’un vrai pétard mouillé eu égard aux attentes suscitées par les précédents. Les révélations au sujet du fameux projet Pandora, évoqué depuis le début de l’aventure, ne comblent guère les attentes et les visions atroces endurées par le garçon ne trouvent pas d’explication suffisamment stimulante pour tirer l’ensemble vers le haut. Ne reste qu’une série d’OAV agréable à l’œil.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 8 mai 2007

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