Critique : ‘Jyu Oh Sei’, de Hiroshi Nishikiori – Episodes 1 à 4

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Les quatre premiers épisodes de Jyu Oh Sei alternent entre élans prometteurs et développement des personnages convenu. Avec un sujet aussi intrigant – deux jumeaux qui ont grandi dans un monde futuriste sont kidnappés et abandonnés sur une planète sauvage – on attendait quelque chose de plus complexe et de plus captivant sur la durée, d’autant que la série s’étend sur peu d’épisodes au total. Elle reste néanmoins agréable à suivre, grâce à une animation soignée, une réalisation très dynamique dans les scènes d’action, et un trio de personnages principaux plutôt sympathique. Qui sait, la suite viendra peut-être démentir cet apparent manque de profondeur.

Adapté du manga éponyme de Natsumi Itsuki, dont les cinq volumes ont été publiés à partir de 1994 chez Hakusensha, Jyu Oh Sei est une courte série de 11 épisodes seulement, produite par le studio Bones (Wolf’s Rain) en 2006. Le premier DVD nous propose d’en découvrir les quatre premiers épisodes, soit à peu près le tiers de la série. Autant dire qu’à l’issue de l’épisode 4, l’histoire n’en est déjà plus aux prémisses, loin de là, contrairement à ce qui se produit communément à ce stade sur des programmes plus longs. Or le pitch de Jyu Oh Sei recèle des promesses qui pourraient donner lieu à un développement ambitieux. La série prend-elle le chemin adéquat pour les tenir ?

En 2436, les Terriens ont délaissé leur planète natale depuis plus de trois cent ans, pour s’installer sur diverses colonies spatiales. De retour sur Juno, les jumeaux Thor et Lai trouvent leurs deux parents assassinés, avant de se faire eux-mêmes kidnapper. Ils se réveillent sur Chimera, planète pénitentiaire entièrement recouverte de végétation. Il leur faut désormais survivre dans ce monde hostile où seule règne la loi du plus fort : celle des hommes mais aussi celle des plantes carnivores qui pavent leur chemin.

Le premier point sur lequel Jyu Oh Sei s’annonce prometteur concerne la part des ténèbres de Thor, le plus débrouillard et résistant des jumeaux. Contre toute attente, celui-ci prend à la lettre le conseil de survie que lui souffle le premier autochtone à lui adresser la parole, un certain Zagi: pour s’en sortir, il lui faut éliminer le fardeau que représente l’être faible qu’est son frère… Ce que Thor menace explicitement de faire, avant que la nature ne réponde à son désir inavouable en engloutissant Lai à l’intérieur de ses entrailles. Un premier épisode assez surprenant par conséquent, mais dont la noirceur finale ne se confirmera malheureusement pas par la suite.

Jyu Oh Sei glisse ainsi dès le deuxième épisode vers ce qui s’apparente plus ou moins à de l’anime shônen. Thor est sauvé des redoutables plantes locales par une jeune fille du nom de Tiz, qui lui explique le fonctionnement de la vie sur Chimera. La planète est divisée en quatre cercles, chacun étant sous le contrôle d’un chef appelé « Top ». Dans chaque cas, le Top est secondé par un Second et un Third. Les hommes et les femmes sont strictement séparés car ces dernières, devenues rares, doivent être préservées en vue de perpétuer l’espèce. Un monde charmant.

Tiz, qui ne souhaite pas se soumettre à ce destin, préfère prêter allégeance à Thor en qui elle voit un héros. Les deux sont bientôt rejoints par le Third du cercle Ochre, qui ne s’entend pas très bien avec son Top. Entre temps, Thor a appris que le seul moyen pour lui de rejoindre Juno était de s’imposer comme le Roi des animaux, le « Jyu Oh Sei ». Puisque malgré son jeune âge et son origine étrangère, il révèle très vite un talent bien supérieur aux autres en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, son parcours paraît dès lors balisé jusqu’à la fin.

Les personnages se montrent néanmoins suffisamment attachants pour permettre de suivre avec plaisir le déroulement des événements, tout en découvrant les curiosités de l’organisation sociale imaginée par la mangaka Natsumi Itsuki.

Si la série semble au premier abord appartenir au genre de la science-fiction, elle s’avère peu à peu s’inscrire davantage dans celui de la fantasy. Le monde de Jyu Oh Sei est à ce titre rendu crédible par une direction artistique très soignée pour une série – les décors naturels sont particulièrement détaillés – tandis que l’action est servie par une réalisation extrêmement dynamique et une animation d’une fluidité là encore inhabituelle à la télévision. Cette dernière qualité s’explique par le fait que, chose rare, les intervalles ordinairement négligés sont ici dessinés avec application.

L’histoire et les personnages ont beau manquer de profondeur jusqu’ici, la satisfaction visuelle participe amplement à compenser cette lacune, et ce même si le character design ne fait preuve d’aucune originalité. Jyu Oh Sei bénéficie d’autre part d’une ambiance sonore prenante grâce à la partition du grand Hajime Mizoguchi.

Pour la curiosité, il faut savoir que le troisième protagoniste principal, le bien nommé Third, est interprété par Shun Oguri (Crows Zero). Injustement ignoré dans la traduction du générique de fin (qui ne s’appuie que sur le premier épisode), l’acteur n’en est pas à son coup d’essai puisqu’il était déjà la voix d’Alphonse Heiderich dans le film d’animation Fullmetal Alchemist: Conqueror of Shamballa avant de s’illustrer plus récemment dans le rôle principal de Wangan Midnight. Formé sur le tas, il apporte à Jyu Oh Sei une touche de nonchalance et un naturel rafraîchissants.

Caroline Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 26 novembre 2008

 

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