Critique : ‘La Fille des Enfers’, de Takahiro Omori – Episodes 1 à 9

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Production du studio Deen, La Fille des Enfers (Jigoku Shoujo en VO) doit son concept original au réalisateur Hiroshi Watanabe (Jing, Roi des Voleurs, Detective Loki) qui peut s’enorgueillir d’avoir eu là une bien riche idée. Car c’est précisément dans son concept imparable que réside la clé du succès de cette série très addictive, déjà nantie d’une deuxième saison alors que la première n’a vu sa diffusion prendre fin au Japon qu’en avril 2006. Entre temps, un manga et surtout un drama (reprenant la même bande originale que l’anime) ont vu le jour, étendant encore le règne de Enma Ai, cette fille des enfers que tout le monde a certainement déjà souhaité secrètement appeler un jour à la rescousse.

Aux commandes de La Fille des Enfers, on retrouve Takahiro Omori, réalisateur prolifique de séries aussi diverses que le drame psychologique Koi Kaze ou le polar rétro déjanté Baccano!. S’il fait ici davantage dans la sobriété que dans cette dernière série, force est de constater que le parti de l’efficacité est le bon, constat qui ne fait que se renforcer dans chacun des neuf épisodes que comprend ce premier coffret. La Fille des Enfers est en effet une série construite sur la notion de rituel.

jigoku_shoujo_01Un individu subit une injustice qui dégénère rapidement en une situation invivable, à laquelle il ne semble pas y avoir d’issue. A l’origine de ce profond malaise, il y a un bourreau, voire un criminel, que la victime n’a plus d’autre choix que d’éliminer pour pouvoir vivre ou survivre. S’ensuit la recherche du site internet maudit afin de rentrer en contact avec la sauveuse potentielle dont parle la légende urbaine. Puis celle-ci fait son apparition et confie à son « client » une poupée de paille autour du cou de laquelle est attachée une ficelle rouge. A ce stade, le choix est encore possible. Mais une fois la ficelle dénouée, le pacte est scellé et la vengeance ne sera accomplie qu’au prix de la damnation éternelle du contractant.

Si les histoires racontées dans La Fille des Enfers mettent toutes en scène des personnages principaux différent d’un épisode à l’autre, les interventions de Enma Ai et de ses acolytes répondent à des codes précis, étapes nécessaires auxquelles sont d’ailleurs liés des images et
des morceaux musicaux bien particuliers. Loin de donner l’impression de se répéter, le réalisateur parvient de ce fait à mettre en branle sa propre mythologie infernale, tout en ménageant un véritable suspense à chaque épisode : les victimes vont-elles finalement tirer sur la ficelle rouge qui entoure le cou de la poupée que leur a confiée Enma Ai, et choisir ainsi de se laisser enferrer à l’Enfer à leur mort ? Mais ce n’est pas là la seule question que pose La Fille des Enfers.

jigoku_shoujo_02Plus on avance dans la série, et plus les situations deviennent complexes et imprévisibles. Si les premiers épisodes peuvent donner à penser que l’assouvissement de la vengeance a réglé tous les problèmes des pactisants de l’enfer, le drame affleure chaque fois davantage au fil de l’intrigue qui se profile discrètement en toile de fond. Le moteur de ce changement tient à un duo de personnages essentiel qui ne fait son apparition qu’à l’épisode 8 : le journaliste Hajime Shibata et sa fille Tsugumi. C’est alors que l’on réalise que La Fille des Enfers n’avait jusqu’ici pour personnages récurrents que Enma Ai et ses serviteurs Wanyûdô, Hone-Onna et Ren Ichimoku, créatures issues des enfers et pourvues d’un sens très particulier de la justice. L’arrivée de Hajime et de Tsugumi permet d’apporter un nouvel éclairage, plus humain, sur les tragédies qui se jouent chez les protagonistes principaux de chaque nouvel épisode. On le sent dès les épisodes 8 et 9, mais cette tendance ne fera que se confirmer par la suite, sans pour autant enlever son sel à la série, au contraire.

Car toute délicieusement macabre qu’elle soit, avec sa superbe bande-originale au diapason (composée par Yasuharu Takanashi, auteur de la musique de Gantz entre autres), La Fille des Enfers se concentre avant tout sur les tragédies humaines, les petites comme les grandes. Il est à ce propos intéressant de noter qu’aucune hiérarchie ne nous est imposée quant au degré de nécessité absolue des vengeances elles-mêmes. Qu’une petite fille veuille venger la mort injuste de son chien tombé entre les mains d’un vétérinaire véreux, ou qu’un jeune homme souhaite à tout prix réparer le meurtre odieux de l’un de ses camarades commis par l’idole du lycée, le seul point commun entre toutes les requêtes envoyées au courrier de l’enfer est que les demandeurs n’entrevoient aucune autre alternative que celle-ci à l’instant « t ».

C’est ce parti-pris intimiste audacieux qui fait la puissance La Fille des Enfers sur la durée, en ce qu’il parvient à interroger le spectateur sur ses propres accès de désespoir et les désirs macabres susceptibles d’en découler. Le visage et la silhouette angéliques de Enma Ai (très beau design imaginé par Mariko Oka), de même que la très belle esthétique très colorée apportée à sa résidence située au milieu de nulle part, ajoutent encore au caractère troublant de cette série diablement bien ficelée.

Caroline Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 19 novembre 2007

> Lire la critique des épisodes 10 à 18

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