Critique : ‘La Légende du Chevalier Héroïque’, de Hitoyuki Matsui – Episodes 1 à 13

0

La chronologie de la saga Lodoss est complexe et il convient de préciser que la série TV La Légende du Chevalier Héroïque, datée de 1998, s’insère directement à la suite de l’épisode 8 des Chroniques de la Guerre de Lodoss et non à la fin de celles-ci.

Le combat sans merci qui se livra entre Marfa, déesse de la création et Kardis, déesse de la destruction résulta en l’anéantissement des deux déesses. Mais avant de disparaître, Kardis maudit la terre où elle se trouvait, située au sud du continent d’Araycrust : c’est ainsi que se forma l’île maudite de Lodoss, plongée dès lors dans le chaos. Plusieurs milliers d’années plus tard, un groupe de héros composé d’humains, d’une elfe et d’un nain se dressa contre Beld, corrompu par le roi démon Marmo, et le vainquit. Après cinq années de paix, le royaume de Lodoss se trouve de nouveau menacé par le chevalier noir Ashram, décidé à s’emparer du Sceptre de Domination afin d’asseoir définitivement son pouvoir sur l’île…

Cinq ans ont passé quand s’ouvre le premier épisode de La Légende du Chevalier Héroïque et l’on retrouve donc tout naturellement le redoutable Ashram ainsi que le chevalier Parn, l’Elfe Deedlit, le roi Kashue ou encore le magicien Slayne. La résolution de l’intrigue étant en effet considérée par les fans du roman de Ryo Mizuno comme trop hâtive dans la célèbre série de 13 OAV réalisée en 1990, La Légende du Chevalier Héroïque se propose de réparer les lacunes tout en étirant considérablement le temps puisque la seconde partie de la série, qui débute à l’épisode 9, se situe rien moins que dix ans encore après la victoire de nos héros sur Ashram. En gros, entre Les Chroniques de la Guerre de Lodoss et cette deuxième partie de La Légende du Chevalier Héroïque, notre ami Parn aura pris quinze ans ! Un coup de vieux qui se fait sentir lorsque, devenu le Chevalier Libre, il se fait voler sa place de jeune premier tête brûlée par un nouveau venu du nom de Spark, qui ne possède malheureusement pas le dixième de son charme.

Le fossé béant qui sépare Parn et Spark reflète d’ailleurs assez bien celui que l’on observe entre les OAV Les Chroniques de la Guerre de Lodoss et la série La Légende du Chevalier Héroïque : la magie n’opère plus.

chevalier_heroique_03Tout d’abord, rappelons que Les Chroniques de la Guerre de Lodoss devait son succès à une intrigue complexe mêlant intimement sorcellerie et prouesses chevaleresques, mais il va sans dire que la beauté sidérante du character design chiadé de Nobuteru Yuuki est aussi pour beaucoup dans l’affection toute particulière que vouent de nombreux fans d’animation japonaise à ces OAV.

Or La Légende du Chevalier Héroïque est loin d’offrir la satisfaction visuelle de son aînée, optant pour un style totalement banal, parfois grossier, qui rendrait presque les personnages familiers méconnaissables si l’on ne connaissait pas par cœur leurs caractéristiques vestimentaires. Parn, Deedlit et surtout l’ultra charismatique Ashram ne sont plus que les ombres d’eux-mêmes, à tous points de vue. Deedlit, en particulier, se voit reléguer de façon désolante à un rôle de quasi-figurante aux côtés de Parn, et ce au profit de personnages qui n’en valent pas toujours la peine. Et alors que l’on a toujours la sensation de ne plus reconnaître nos chers héros, la série fait un bond en avant dans le temps pour se focaliser sur un nouveau groupe encore moins emballant mené par Spark, jeune garçon entraperçu dans les premiers épisodes et qui, devenu adulte, récupère le premier rôle afin de poursuivre la tâche que les autres n’ont pas achevée.

Les Trésors des Dragons secrètement gardés par le roi Kashue viennent d’être dérobés par les Elfes Noirs, risquant de tomber entre les mains de Marmo qui veut s’en servir pour ressusciter l’infernale Déesse de la Destruction, Kardis. Les péripéties se succèdent sans réel temps fort, la faute à une narration tristement plate et à une mise en scène dépourvue d’inspiration.

Malgré cette montagne de défauts, La Légende du Chevalier Héroïque se laisse regarder sans déplaisir. Pas si bêtes, les créateurs de la série ont misé sur des génériques de début et de fin soignés qui renvoient directement aux OAV, s’assurant par exemple les services de la grande Yoko Kanno à la composition de la chanson d’ouverture, et de Maaya Sakamoto au chant. Une bien belle association qui accompagne des images de toute beauté dans le pur style Nobuteru Yuuki. De même, on retrouve Akino Arai à l’écriture des paroles de la chanson de fin, elle qui était déjà compositrice de la superbe chanson d’ouverture des OAV, Adesso e Fortuna.

Et une fois de plus, la poésie des images est au rendez-vous et l’on se prend à rêver à ce que pourrait être cette série. Une série qui présente tout de même quelques (rares) réjouissances, comme les attaques inopinées de monstres et autres crises de possession démoniaque qui surviennent quand on ne s’y attend pas toujours.

Quant aux personnages, tout unidimensionnels qu’ils soient, ils n’en demeurent pas moins sympathiques. Les personnages les plus réussis de ces treize premiers épisodes sont conteste Reilia et son compagnon Orson, le berserker. Entrevu au cours de quelques scènes des Chroniques de la Guerre de Lodoss sous des traits certes plus raffinés, le couple tragique éclipse Parn et Deedlit dès le premier épisode de La Légende du Chevalier Héroïque, nous gratifiant des seules touches d’émotion de la série. C’est bien peu.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 17 novembre 2005

 

Share.