Critique : ‘Le Portrait de Petite Cosette’, de Akiyuki Shinbo

0

Le Portrait de Petite Cosette (ou Portrait de Petit Cossette en version originale !) est une œuvre ambitieuse qui se présente sous forme de trois OAV (Original Animated Video) dont la durée totale atteint celle d’un long-métrage. Œuvre ambitieuse par son sujet, d’une part, puisqu’elle traite de la passion destructrice qu’exerce le portrait d’une petite fille, ou à tout le moins d’une préadolescente, sur un jeune homme solitaire en mal d’affection. Œuvre ambitieuse par sa réalisation, d’autre part, qui tend parfois vers l’abstraction en multipliant les cadrages inédits dans une débauche d’images stroboscopiques aux couleurs psychédéliques. Enfin, œuvre ambitieuse par son traitement graphique original et exigeant qui la distingue nettement du tout-venant de l’animation japonaise. Véritable expérience visuelle et sonore, Le Portrait de Petite Cosette s’apparente à une sorte de délicieux cauchemar que l’on adore voir s’éterniser malgré le malaise qu’il procure.

Eiri Kurahashi est un jeune antiquaire qui reçoit pour sa boutique un étrange verre vénitien datant du XVIIIème siècle. Ce cristal va lui donner d’étranges hallucinations et l’esprit du jeune homme va peu à peu être possédé par le fantôme d’une fillette, assassinée il y a fort longtemps, et dont l’âme ne peut trouver de repos tant que son meurtrier demeure impuni. Peu à peu, Eiri va perdre tout sens du réel et devenir le pantin de celle pour qui il nourrit une passion dévastatrice : Cosette.

Le Portrait de Petite Cosette s’ouvre sur une citation d’Oscar Wilde et il ne fait aucun doute que Le Portrait de Dorian Gray constitue la référence majeure de cet OVNI animé. Au moment où l’histoire débute, Eiri est déjà sous l’emprise du portrait de la jeune Cosette qu’il contemple avidement dès qu’il le peut et dont il se croit capable de percer le secret. Car aux yeux d’Eiri, Cosette n’est pas simplement une image, c’est une personne bien vivante qui lui rend visite régulièrement et s’adresse à lui. Eiri est-il devenu fou ? Tous ses amis semblent penser qu’il se coupe volontairement d’eux petit à petit et il reste de son côté indifférent aux sentiments pourtant évidents que lui porte son amie Shôko, lui préférant les charmes d’une petite fille morte.

La mise en scène de Akiyuki Shinbo entretient perpétuellement le doute sur la santé mentale du héros, adoptant des points de vue déroutants où le moindre objet du décor peut se voir cadré en gros plan lors d’une scène de conversation tandis que les voix des personnages qui représentaient jusque là notre centre d’attention nous semblent soudain devenues irréelles. Le réalisateur n’hésite pas à abuser de la contre-plongée, poussant même parfois l’exercice jusqu’à l’extrême en déformant exagérément l’image. Les cadrages du Portrait de Petite Cosette vont jusqu’à placer les personnages à l’horizontale voire carrément à l’envers.

Quant à Cosette, elle nous est tour à tour montrée évoluant comme un personnage ‘normal’ pour, l’instant d’après, n’être plus qu’un reflet qui court sur les verres anciens qui peuplent l’antre d’Eiri.

En termes de narration et de mise en scène, le premier des trois OAV est sans conteste le meilleur. Pourtant, c’est de loin le plus incompréhensible, le plus abstrait. Mais ces trente petites minutes où les symboles savamment distillés en disent bien plus long que les mots dégagent une telle puissance évocatrice que l’on aurait presque envie qu’il n’y ait rien à intellectualiser dans cette sombre histoire pour continuer de se perdre dans les pures sensations. Du coup, la suite paraît légèrement plus terne en comparaison même si le rythme ne faiblit pas.

Le Portrait de Petite Cosette n’en reste pas moins est une œuvre d’animation hors normes qui mérite que l’on s’y attarde, sublimée par la musique envoûtante de Yuki Kajiura.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 23 septembre 2005

Share.