Critique : ‘Les 3 Rois Mages’, de Antonio Navarro

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Pur produit de divertissement destiné aux enfants, Les 3 Rois Mages affiche dès les premières images un héritage disneyen flagrant, à commencer par un graphisme quasiment identique. Les visages et les attitudes extrêmement typés, les gesticulations inutiles et incessantes qui font double emploi avec les dialogues, tous les partis pris de design et d’animation des personnages des 3 Rois Mages sentent la production Disney à plein nez. Mais ce n’est pas du Disney.

Mécontent car il n’a pas reçu de cadeau pour Noël, le jeune Jim s’empare de l’étoile décorative d’un sapin et la ramène à son grand-père. C’est alors que pour le consoler, celui-ci commence à lui raconter la légende des trois rois mages de Judée qui est à l’origine de la fête de Noël. Appelés et guidés par une mystérieuse étoile, Balthazar, Melchior et Gaspar s’embarquèrent au péril de leur vie dans la quête semée d’embûches des trois attributs royaux qu’ils destinent au Roi des rois…

Comme dans un Disney post-années 80, les personnages des 3 Rois Mages souffrent d’un graphisme simpliste à la limite du caricatural censé refléter très exactement leur âme. Ainsi, l’odieux Hérode, roi usurpateur, se voit affublé d’un physique d’obèse supposé susciter les moqueries des jeunes spectateurs, tandis que son éminence grise Bélial ressemble trait pour trait à un hideux gobelin. La subtilité n’est guère de mise car le méchant n’a que ce qu’il mérite.

Ce qui fonctionnait dans des chefs-d’œuvre de la grande époque tels que Bernard et Bianca ou Les 101 Dalmatiens commençait déjà à lasser plus récemment dans La Petite Sirène ou encore Hercule. Les 3 Rois Mages ne propose donc pas aux enfants la moindre alternative face à cette vision simpliste du monde. De la même façon, les gentils ne nous réservent aucune surprise, fidèles au caractère immuable qu’on leur a plaqué sur le visage. Et l’on peut étendre ce raisonnement au film entier qui ne décolle jamais vraiment, malgré d’évidentes bonnes intentions.

Il est cependant à préciser que si Les 3 Rois Mages vise effectivement un public enfantin, il s’adresse plus précisément aux petits garçons. Phénomène assez récurrent dans l’animation occidentale, le panel de personnages ne comprend qu’une seule et unique fille – forcément jeune et jolie, cela va sans dire. Comme si l’humanité ne se composait que d’individus de sexe masculin qu’une petite touche féminine dispensable venait de temps à autres égayer. Un comble pour un film dont l’ambition première consiste à faire rêver tous les enfants.

Passé l’étonnement provoqué par cette représentation pour le moins lacunaire de la race humaine, on assiste à un film d’aventures à peu près honnête d’où l’humour n’est pas absent, à condition bien sûr de goûter cette accumulation de gags bébêtes que l’on voit venir à trois kilomètres et qui concerne principalement le vilain Hérode et le gentil Melchior, clowns malgré eux.

Côté action, les épreuves se succèdent à un rythme absolument constant du début à la fin, et c’est là certainement le défaut majeur de ce film : toutes les séquences sont placées strictement au même niveau, sans jamais qu’une seule scène se détache vraiment. Les quelques bonnes idées que l’on entrevoit ici et là sont ainsi noyées dans un ensemble désespérément plat. On pense par exemple aux épreuves sympathiques à connotation mythologique que traversent nos trois rois mages dans le temple d’or.

Au lieu de construire une véritable tension dramatique autour de ces scènes qui se prêtent particulièrement à la création d’une ambiance, le film passe dessus avec la même désinvolture que lorsqu’il s’agit de s’attarder sur les singeries de Bélial et de son œil inquisiteur à la Sauron. La faute aussi à un montage catastrophique et à une musique mielleuse insupportablement omniprésente.

Au final, Les 3 Rois Mages risque fort d’ennuyer les plus de six ans. Pour se consoler, on peut admirer la belle colorimétrie du film qui constitue l’une de ses rares originalités. Les paysages soignés sont rehaussés par des teintes vives et chaleureuses qui confèrent au film son identité visuelle. Un atout insuffisant pour rattraper la lourdeur de l’ensemble mais qui évite au film de se rendre détestable.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 25 octobre 2005

 

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