Critique : ‘L’Odyssée de Kino’, de Ryutaro Nakamura – Episodes 1 à 7

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Ne surtout pas s’arrêter au character design a priori naïf de L’Odyssée de Kino. Cette excellente série signée Ryutaro Nakamura séduira davantage les adolescents et les adultes que les enfants qui ont peu de chance d’en saisir les subtilités. Conte philosophique dans la plus pure tradition du genre – on pense à Candide de Voltaire ou au Petit Prince de Saint-Exupéry – , L’Odyssée de Kino est adapté d’un roman de Keiichi Sugisawa par le scénariste Sadayuki Murai. Une série aussi surprenante qu’envoûtante.

Les aventures de la jeune Kino et son motorad parlant Hermès, qui visitent pays après pays avec pour seule contrainte de ne rester que trois jours tout au plus dans un endroit donné. Le flegme des deux voyageurs ne résistera pas longtemps aux surprises qui les attendent dans chaque nouvelle contrée peuplée d’être humains tous plus étranges les uns que les autres…

odyssee_kino_02Le scénario de L’Odyssée de Kino est signé de Sakayuki Murai, connu entre autres pour ses éminentes collaborations avec Satoshi Kon sur Perfect Blue et Millennium Actress. Quant au réalisateur Ryutaro Nakamura, il avait su nous prouver avec la série Serial Experiments Lain qu’il était adepte de la narration non linéaire. Il reprend dans L’Odyssée de Kino le procédé utilisé dans cette dernière série, à savoir les phrases énigmatiques insérées ici et là, en début, au milieu ou en fin d’épisode, comme pour mieux nous perdre dans les méandres des pensées intimes de son héroïne aventurière, la jeune Kino. Ou bien sont-ce les divagations du motorad Hermès, nettement plus bavard que sa propriétaire et amie ?…

Le monde de L’Odyssée de Kino est volontairement flou, ni défini dans le temps ni dans l’espace. Cette étrange odyssée pourrait aussi bien se dérouler sur une autre planète que l’on n’y verrait que du feu. Le sujet de la série, c’est l’humain, ou plutôt l’absurdité de la condition humaine dans toute sa splendeur.

A travers le regard de l’étrangère dubitative et curieuse et celui de son compagnon enjoué mais impénétrable, les différents traits des sociétés humaines comme des individus qui les composent sont passés au crible, toujours sous l’angle faussement naïf. Lorsque Kino interroge l’un des rares habitants d’un petit village paradisiaque, l’homme apeuré lui explique que tous vivent résolument isolés les uns des autres depuis qu’ils ont bu la potion magique qui permet de lire dans les pensées d’autrui…

odyssee_kino_01D’une manière générale, L’Odyssée de Kino recense un à un les travers des organisations humaines, des travers qui résultent la plupart du temps directement d’une volonté de bien faire. Entre les habitants d’un village qui s’inventent éternellement de nouvelles traditions parce qu’ils ont le sentiment de ne pas avoir d’histoire propre (Le pays de la prophétie), les rescapés d’une monarchie tyrannique que leur volonté de respect extrême de la démocratie pousse à s’entretuer, et les citadins aisés qui s’assignent volontairement des tâches inutiles afin de combler le vide laissé par la révolution technologique censée les soulager (Le pays où l’on n’ a pas à travailler), les piques lancées par la série sonnent toujours juste et nous ramènent à la fuite en avant qui caractérise nos sociétés modernes. Le monde décrit dans L’Odyssée de Kino n’est finalement pas si lointain qu’il en a l’air.

Tandis que certains épisodes sont consacrés entièrement à la même histoire (épisode 7, Colisée), d’autres semblent papillonner entre diverses anecdotes mais l’impression est trompeuse. La structure de la série est en réalité parfaitement cohérente et les escales de Kino se répondent habilement. La qualité du graphisme et surtout de la colorisation, parfaitement équilibrée entre teintes passées et tons crus (voir les superbes ciels nuageux qui surplombent nos deux héros et les contrées qu’ils traversent) confère à l’ensemble une poésie et une force supplémentaires.

La peu expansive Kino est jouée par Ai Maeda, une actrice que l’on a pu voir dans Battle Royale II: Requiem, dans lequel elle interprétait la fille de Takeshi Kitano. Son interprétation sobre colle à la perfection au personnage, contribuant à faire de Kino l’héroïne idéale de cette fable intelligente à l’ambiance douce-amère. A la fin de ce premier coffret DVD, on est déjà prêt à suivre la voyageuse et son fidèle motorad au bout du monde.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 20 décembre 2006

Série disponible en DVD disponible chez Kazé

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