Critique : ‘L/R – Licensed by Royalty’, de Itsuro Kawasaki

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L/R – Licensed by Royalty est une production originale (c’est à dire non adaptée d’un manga) signée Pioneer LDC réalisée en 2003 par le studio TNK, d’ordinaire plutôt affecté à l’in-between animation (intervalles) qu’à la gestion d’une série de A à Z. Quant au réalisateur Itsuro Kawasaki et au character designer Kenji Teraoka, ils se sont déjà côtoyé sur Ghost in the Shell: Stand Alone Complex où le premier était affecté au story-board tandis que le second y remplissait son rôle usuel de mechanical designer – on le retrouve d’ailleurs au générique de bien des séries, telles .hack//SIGN, Noir ou encore Sol Bianca: The Legacy. Du beau monde réuni à l’occasion d’une série plus originale qu’elle n’y paraît même si, il faut le souligner, les deux ou trois premiers épisodes font un peu peur.

Au royaume d’Ishtar, on recherche désespérément la « princesse de 15 ans », seule à même de monter sur le trône laissé vacant depuis que ses parents, le Prince Spada et la Princesse Ciel, ont tragiquement disparu quelques années plus tôt dans des circonstances non élucidées. En attendant, le Régent en place fait régulièrement appel à l’agence privée CLOUD 7 afin de remplir certaines missions très spéciales pour son compte. Cette agence, dont l’efficacité n’est plus à prouver, compte deux éléments de choc dans ses rangs : le célèbre duo L/R, composé des agents Rowe Rickenbaker et Jack Hofner. Habitués à n’officier que sur le terrain, ces derniers vont se retrouver mêlés à un complot politique de grande envergure…

licensed_royalty_04L’une des originalités de L/R – Licensed by Royalty réside dans l’atmosphère ostensiblement « british » dans laquelle baignent les aventures de nos deux héros : il va de soi que le royaume fictif d’Ishtar présente à plus d’un titre de nombreux points communs assumés avec le Royaume Uni actuel, à commencer par l’architecture vieille Europe et la présence d’une imposante horloge située à Ivory – on pense instantanément à Big Ben, sans compter le look sans équivoque des gardes royaux chaussés d’impressionnants couvre-chefs noirs ou bien, plus fort encore, le simple nom de famille du chef de CLOUD 7 ; « Penny-Lane ».

Rowe Rickenbaker et Jack Hofner eux-mêmes font montre d’un flegme tout britannique et ce en toute circonstance, quelque soit le niveau de danger auquel ils se trouvent confrontés. Ils sont constamment soutenus dans leurs actions par une bande originale tonitruante qui compile moult chansons originales largement référencées pop anglaise. Le problème est qu’à vouloir trop asséner les clins d’œil à coup de massue dès les tous premiers épisodes, Itsuro Kawasaki en oublie de donner corps à ses personnages principaux.

licensed_royalty_02Dès le premier épisode, le réalisateur nous plonge au cœur d’une sombre histoire de vol de bijoux aux côtés des deux agents de la Couronne, sans chercher à nous amener à nous extasier sur autre chose que sur l’extraordinaire coolitude de ces derniers. Or ni Rowe l’as du déguisement ni Jack le cérébral ténébreux ne respirent suffisamment le charisme pour que l’on se satisfasse simplement de les voir enchaîner les pirouettes et les bons mots sans plus d’explication que cela.

Heureusement, la donne change avec l’introduction du personnage de la jeune Noelle au cours du troisième épisode et avec elle, celle de la problématique de l’île d’Ivory, terre exploitée et méprisée par les nantis d’Ishtar. Dès lors, L/R – Licensed by Royalty donne l’impression de prendre davantage son sujet, ses héros et les spectateurs au sérieux. C’est en effet curieusement lorsqu’elle bifurque soudainement vers le drame que cette série pourtant légère a priori s’en sort le mieux.

Les machinations tortueuses qui soutendent cette histoire rocambolesque sont finalement plutôt bien amenées, malgré quelques ficelles un peu énormes. Certes, les très insipides et stéréotypés Jack et Rowe demeurent les grandes faiblesses L/R – Licensed by Royalty jusqu’au neuvième épisode au moins, l’amputant durant un long moment d’une grande part de son incontestable potentiel. Les deux rigolos ne susciteront l’intérêt qu’à la toute fin, par le biais d’un climax soigné qui précède une conclusion pour le moins surprenante : mieux vaut tard que jamais.

licensed_royalty_03Par chance, la réalisation de Itsuro Kawasaki ne manque pas de dynamisme dans les scènes d’action et l’on saluera par ailleurs le remarquable travail effectué sur les décors, notamment dans les scènes d’extérieur. Quant à la bande originale, elle irrite et ravit tour à tour. Chansons et musiques donnent le ton de la série et ont pour particularité d’être mises très en avant dans le mixage de la piste sonore, au risque de couvrir les voix des comédiens. Ce phénomène concerne surtout les premiers épisodes, presque épuisants à force de n’observer aucune plage de silence. La gestion de la bande-son, tout comme l’écriture du scénario, s’améliore très visiblement par la suite et cette accalmie auditive nous permet enfin d’apprécier plus sereinement l’ambiance musicale souvent très réussie de la série.

Si L/R – Licensed by Royalty souffre de nombreux défauts, elle n’en reste pas moins plaisante à suivre sur la durée, du moins pour qui fait preuve de (beaucoup de) patience.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 5 janvier 2006

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