Critique : ‘Master Keaton’, de Masayuki Kojima – Episodes 1 à 13

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Datée de 1998, la série télévisée Master Keaton est réalisé par Masayuki Kojima et produite par le studio MadHouse. Les treize premiers épisodes présentés dans ce premier coffret DVD sont l’occasion d’une plongée réjouissante dans l’univers captivant du mangaka Naoki Urasawa, en compagnie d’un inspecteur des assurances peu conventionnel avec lequel il fait décidément bon voyager.

Né de mère anglaise et de père japonais, Taichi Hiraga Keaton est un homme aux multiples casquettes : archéologue de formation et ancien membre des SAS, il occupe à présent un poste d’inspecteur à la très réputée compagnie d’assurances britannique Lloyds. Dépêché dans toute l’Europe afin de traquer les nombreux fraudeurs, Keaton n’est jamais au bout de ses surprises…

master_keaton_03Quelques années avant de s’atteler à ce qui reste à ce jour comme son chef d’œuvre, l’extraordinaire thriller Monster, Naoki Urasawa avait déjà donné vie sur le papier à un autre aventurier du nom de Keaton, dans le cadre d’un manga publié entre 1988 et 1994 par Shogakukan Inc.. La série Master Keanton réunit d’ailleurs les talents à l’œuvre dans le succès de Monster, l’adaptation du manga éponyme. Plus lumineux et insouciant que le Dr Kenzô Tenma, Taichi Keaton n’en est pas moins un héros profondément humain en lequel on reconnaît immédiatement la patte de Naoki Urasawa, et ce en dépit de la présence d’un certain Hokusei Katsushika au scénario du manga d’origine.

Au générique de Master Keaton, on retrouve donc le character designer Kitarô Kosaka, le directeur artistique Yuji Ikeda, le compositeur Kuniaki Haishima, le producteur Satoru Yoshimoto ainsi que Tatsuhiko Urahata, responsable de la structure de la série. Sans que la série égale Monster en termes de qualité artistique et narrative (le réalisateur se bonifiera sensiblement avec les années), elle fait déjà montre du savoir-faire incontestable de cette fine équipe, visiblement en phase avec le travail et la personnalité d’artiste de Naoki Urasawa.

Grand amateur d’Histoire de l’Europe si l’on en juge par ces deux séries finement documentées, ce dernier nous balade d’un pays à l’autre du Vieux Continent au gré des missions de son sympathique héros, prétextes à d’enrichissantes rencontres humaines derrière lesquelles se profile presque toujours la grande Histoire. De l’Angleterre à l’Allemagne en passant par la France, l’Italie ou la Grèce, le débonnaire Taichi Keaton met à profit ses connaissances d’agent spécial comme d’archéologue pour mieux déterrer les cadavres enfouis qui minent l’existence de ses compagnons d’un jour.

master_keaton_04Master Keaton n’est pas un thriller mais bel et bien une série d’aventures à coloration policière, qui se drape la plupart du temps d’un humour discret et bon enfant en parfaite harmonie avec les personnalités hautes en couleurs que Keaton est amené à rencontrer. Cet humour permet aussi, paradoxalement, de mieux laisser filtrer l’émotion lorsque cela s’avère nécessaire. La formule est efficace et confère à la série une chaleur humaine toute particulière dont le charme ne se rompt jamais, alors même que les épisodes ne se suivent pas – si l’on excepte les passages concernant la famille de notre héros.

Chaque nouvelle histoire est l’occasion d’ouvrir une porte, petite ou grande selon les cas, sur un pan d’Histoire fascinant (l’évocation de la fortune disparue du Tsar Nicholas II dans The Immortal Man) ou poignant (l’Angleterre bombardée durant la Seconde Guerre Mondiale dans Paris under the roof ; la tragédie de la séparation de l’Allemagne dans Journey with a Lady), mais aussi de soulever avec intelligence certaines questions qu’il est rare de trouver ne serait-ce qu’effleurées dans l’animation japonaise (les choix de vie d’une femme et les dilemmes qu’ils imposent dans White Goddess ; le mépris des autres cultures dans Special Menu).

Au terme de cette première salve d’épisodes, Master Keaton brasse bien des thématiques sous ses dehors de série légère. Mais l’humanisme qui se dégage de ces escales plus ou moins touristiques, personnifié à merveille par le surdoué mais imparfait Keaton, s’impose au fil des épisodes comme la qualité première de la série. Une série qui fait chaud au cœur, et dont on attend impatiemment de connaître les prochaines belles surprises.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 2 mars 2007

> Lire la critique des épisodes 14 à 26

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