Critique : Mermaid Forest, de Masaharu Okuwaki

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Au vu du titre de l’anime Mermaid Forest (Le Bois aux Sirènes), on s’attend à plonger au cœur d’une histoire féerique qui nous révèlera les secrets de ces créatures légendaires, on s’attend en tout cas à rencontrer des sirènes vivantes. Il ne faut cependant pas plus de deux ou trois épisodes pour se départir de cette belle illusion. L’obsession qui taraude la plupart des personnages de Mermaid Forest concerne la chair de sirène, morte de préférence. Car cette chair magique procurera l’immortalité à qui saura la dénicher… Mais comme il y a toujours un prix à payer, rien ne garantit à l’heureux(se) élu(e) que son courage sera récompensé.

En effet, tout comme le chant de la sirène est une chimère, sa chair est un poison violent auquel la plupart des humains ne peut survivre. Et quand ils ne périssent pas dans l’instant, ils peuvent encore se changer en « âmes perdues », c’est-à-dire en monstres voués à souffrir pour l’éternité. Enfin, il ne reste qu’une toute petite minorité pour accéder à l’immortalité tant convoitée, à l’image de Yûta, mort des centaines de fois pour ressusciter quelques heures après, ou de Mana, la jeune fille qu’il a délivré des griffes de mystérieuses vieilles femmes qui la retenaient prisonnière depuis son enfance. Mais l’immortalité en soi n’est-elle pas source d’une immense douleur ?

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Les onze épisodes de Mermaid Forest questionnent la quête de l’immortalité sous tous les angles, à travers le long voyage de deux jeunes gens, l’un très aguerri par la vie malgré une apparence de tout jeune homme, et l’autre aussi innocente qu’une petite fille car coupée du monde durant toute sa vie. Chaque épisode ou presque – certaines histoires s’étendent sur deux épisodes – est l’occasion d’une nouvelle rencontre derrière laquelle le cadavre d’une sirène ne se cache jamais bien loin. Yûta et Mana font ainsi la connaissance de familles déchirées par de lourds secrets liés aux sirènes, d’une mère plus jeune que son fils, d’une petite fille se repaissant toutes les nuits de foies d’animaux sauvages pour survivre…

La série marie habilement drame et horreur, dans une ambiance souvent sordide qui rappelle les histoires de fantômes japonais peuplées de créatures aussi belles qu’inquiétantes. La musique, très douce, ajoute à l’étrangeté de cet univers où tout être humain ne semble mû que par le désir de s’approprier le trésor vénéneux. Et au cours de chaque épisode, selon un rituel immuable, Yûta succombe à une mort violente pour renaître un peu plus tard. Autant le préciser, Mermaid Forest ne s’adresse pas aux enfants. Les effluves de sang y sont même assez présentes, sans compter la violence psychologique contenue dans certaines scènes.

Si la réalisation de Masaharu Okuwaki sert élégamment son sujet, elle ne brille pas par son originalité. De même, l’animation se contente d’être simplement correcte, fort heureusement rehaussée par un character design charmant, voire gracieux dans le cas de certains personnages féminins. Mais c’est surtout grâce à la richesse de son contenu et de son atmosphère que Mermaid Forest se distingue. Une bien belle série portée par des personnages attachants, à découvrir sans plus tarder.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 30 novembre 2005

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