Critique : ‘Mobile Suit Gundam Seed’, de Mitsuo Fukuda – Saison 1

0

Réalisé en 2002 par Mitsuo Fukuda, la séria animée Mobile Suit Gundam Seed synthétise de manière assez flamboyante la pertinence et la portée de l’œuvre collective fascinante qu’est Gundam, objet d’un véritable culte au Japon. Le premier coffret DVD collector réunit les 25 épisodes qui constituent la saison 1 de l’anime.

Fleuron du studio Sunrise, la franchise Gundam n’en finit pas de faire parler d’elle depuis près de trente ans, quand fut diffusée pour la première fois la série Mobile Suit Gundam en 1979. A l’origine, elle émane des imaginations conjuguées de Yoshiyuki Tomino et de Hajime Yatate, ce dernier pseudonyme désignant en réalité une partie (changeante) du staff de Sunrise. Déclinée sous forme de séries, d’OAV et de films, l’interminable saga n’en garde pas moins depuis ses débuts une grande cohérence, qui pourrait se résumer grossièrement à une volonté acharnée de dénoncer les atrocités de la guerre alliée à un certain souci de réalisme scientifique. La série Mobile Suit Gundam Seed ne fait pas exception.

Après avoir été édité en France par le biais de dix volumes single il y a près de trois ans, Mobile Suit Gundam Seed nous revient cette année [ndla: en 2008], toujours chez Beez, en deux coffrets brassant chacun une saison de vingt-cinq épisodes. Soit de quoi prendre d’un seul coup ou presque la mesure de la construction impressionnante de cette série qui emprunte à ses aînés tout en conférant une ampleur particulièrement impressionnante aux thèmes inhérents à l’ensemble de la saga. Inaugurant une nouvelle ère, la Cosmic Era, Mobile Suit Gundam Seed propose en réalité une relecture des enjeux de l’Universal Century (UC) des origines, dans laquelle se déroulaient Mobile Suit Gundam et sa suite, Mobile Suit Zeta Gundam.

Autant le dire, les fans de la première heure risquent d’éprouver un sentiment de déjà vu durant les premiers épisodes de Gundam Seed, dont la trame ressemble à s’y méprendre à celles de ces deux séries (la deuxième rééditant déjà certains éléments de la première). Pourtant, il serait dommage de s’en tenir là, tant la série de Mitsuo Fukuda parvient aisément à prendre ses distances par la suite et à ancrer son propos dans un contexte étonnamment actuel, abordant le processus de la guerre sous un angle beaucoup plus global que ne le faisait la très belle série initiale.

Dans l’ère de Mobile Suit Gundam Seed, qui se pose comme un univers alternatif à celui de l’UC de Mobile Suit Gundam, Zeon n’existe pas, et les peuples des colonies ne sont pas les instigateurs du conflit. La guerre entre Naturels et Coordinateurs prend sa source dans l’événement tragique de la Saint-Valentin Sanglante, jour du massacre de plus de 240 000 habitants des PLANTs (colonies) par l’Alliance Terrienne. Les Coordinateurs, ce sont ces êtres humains « évolués » présents depuis les débuts de Gundam, sous le nom de New-Type. Mais à la différence de ces derniers, les Coordinateurs sont le produit d’une manipulation génétique et non d’une évolution naturelle.

La thématique raciale se fait par conséquent beaucoup plus prégnante dans Mobile Suit Gundam Seed que dans tous les précédents opus, la plupart des enjeux guerriers ayant trait de près ou de loin à la « supériorité » d’une race sur une autre. D’un côté, les Coordinateurs se targuent de représenter l’être humain de l’avenir, avec des capacités physiques et intellectuelles accrues, et de l’autre, les Naturels rejettent ce qu’ils considèrent comme une dérive technologique, certains allant même se rassembler sous l’égide du groupuscule extrémiste Blue Cosmos qui milite pour une race « pure ».

Kira Yamato est en quelque sorte l’Amuro Ray de Mobile Suit Gundam Seed, avec lequel il partage non seulement la condition d’individu hors du commun, mais aussi de terribles problèmes de conscience une fois embarqué, bien malgré lui, au cœur du conflit. Les caractères des deux personnages tendront heureusement à différer à mesure que passent les épisodes, mais la correspondance est flagrante et volontaire.

Coordinateur particulièrement doué, Kira démontre dès le premier épisode des talents exceptionnels lorsqu’il s’agit de combattre à bord du Strike, un puissant Mobile Suit dont les membres de ZAFT – sigle désignant l’armée des PLANTs – ne sont pas parvenus à s’emparer lors de leur attaque sur la colonie neutre d’Heliopolis. Or tandis qu’il vient en aide à une militaire de l’Alliance Terrienne, Kira, qui répond alors encore au statut de civil, se retrouve par hasard nez à nez avec son ami d’enfance Asran Zala (Athrun Zala en VO), qui appartient aux forces de ZAFT.

C’est le début d’une véritable tragédie et le principal fil conducteur de Mobile Suit Gundam Seed. Contraints de combattre l’un contre l’autre, les deux amis vont littéralement se déchirer épisode après épisode, non sans avoir tout tenté pour éviter l’affrontement direct. Un tel pitch paraît classique à première vue, mais le traitement, lui, ne l’est pas.

Car non seulement la lutte insensée qui oppose les deux protagonistes principaux est gérée crescendo, avec finesse, tout au long de la série, mais elle permet d’autre part de mettre en lumière toutes les contradictions qui minent les deux camps, aussi éclatés et coupables l’un que l’autre. Coupables entre autres du même cynisme envers la jeune génération, qu’ils envoient à la mort avec la même indifférence – thème que Mobile Suit Gundam, pourtant explicite à cet égard, n’exploitait pas avec la même véhémence.

A l’issue de ce premier coffret, tous les enjeux de Mobile Suit Gundam Seed ne font encore que se dessiner progressivement, agencés qu’ils sont de manière machiavélique en vue d’un final qui se révèlera dantesque. L’un des personnages clés de l’aventure, la chanteuse des PLANTs Lacus Clyne, n’en est encore qu’au stade de l’ébauche, tandis que la jeune Cagalli Yula Athla vient tout juste de faire connaissance avec Asran dans des circonstances inattendues. Kira et Asran ont cependant déjà eu le temps de verser bien des larmes, et ce n’est que le début.

Pour se détendre, on notera avec amusement que les Haro, mascottes de Gundam créées à l’origine par Amuro Ray, deviennent dans Mobile Suit Gundam Seed les inventions d’Asran. Quant à l’Archangel, le vaisseau dans lequel embarque Kira afin de prêter main forte au capitaine Maryu Ramius et à son équipage de l’Alliance Terrienne, il rappelle furieusement dans son design le White Base de Mobile Suit Gundam.

Enfin, comment ne pas mentionner l’un des points forts de Gundam Seed, à savoir la superbe bande originale composée par Toshihiko Sahashi, le plaisir se prolongeant même jusqu’aux génériques – parmi lesquels se distingue un premier ending envoûtant de See-Saw qui donne une dimension quasi-mystique à chaque chute de fin d’épisode.

Plébiscitée par le public japonais comme occidental, la série Mobile Suit Gundam Seed demeure sans conteste l’un des volets les plus aboutis de toute la mythique saga. Bâtie à partir d’un scénario béton, emmenée par des personnages solidement campés dont les plus éminents – Kira, Asran, Cagalli – sont même très attachants, la série se distingue du tout venant de la science-fiction animée par un traitement de la guerre extrêmement réaliste et réfléchi, plus jusqu’au-boutiste encore que son glorieux aîné Mobile Suit Gundam. Le deuxième coffret, qui conclut l’aventure avec une saison 2 encore plus forte, est attendu de pied ferme.

Caroline Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 11 mars 2008

> Retrouvez ici la critique de Mobile Suit Gundam Seed saison 2

 

Share.