Critique : ‘Mobile Suit Gundam Seed’, de Mitsuo Fukuda – Saison 2

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Ce deuxième coffret de Mobile Suit Gundam Seed met un terme à deux saisons de 25 épisodes menées tambour battant au fil d’une trame extrêmement solide. Les cinq derniers épisodes, conçus comme l’apothéose de la guerre interminable opposant les PLANTS et l’Alliance Terrienne, sont de très loin les plus déchaînés et explosifs. Le conflit final s’étale ainsi rien moins que sur plus de deux heures de combat allant crescendo, au rythme des différents paliers que chaque adversaire franchit dans une escalade de l’horreur proprement démentielle.

Le monde de Mobile Suit Gundam Seed ayant été débarrassé de l’arme nucléaire suite à l’implantation de Neutron-Jammers sur Terre par les forces de ZAFT, en riposte au drame de la Saint-Valentin Sanglante (Ere Cosmique 70), il n’est guère étonnant de voir revenir au galop les mauvaises habitudes en ces temps désespérés. La manipulation orchestrée par ce fourbe de Le Creuset précipitera en effet les deux camps dans une tragédie collective irréparable. A moins que Kira, Asran et leurs amis ne parviennent à enrayer la spirale infernale, bien sûr…

On reste admiratif devant la capacité des créateurs de la série (Yoshiyuki Tomino et le collectif de Hajime Yatate de Sunrise) à maintenir une parfaite cohérence entre toutes les intrigues et sous-intrigues de l’aventure, et ce malgré un nombre impressionnant de personnages principaux. Mieux, chaque nouvelle étape dans les méandres de ce conflit interminable et plus complexe qu’il n’y paraît, permet une vraie montée en puissance dramatique qui trouve son aboutissement le plus flamboyant dans ces derniers épisodes stupéfiants. Une évolution miraculeuse que l’on n’aurait pas forcément soupçonnée au vu des tout premiers épisodes, la machine nécessitant logiquement un certain temps avant de se lancer à plein régime.

La place accordée aux personnages, la crédibilité des relations qu’ils entretiennent entre eux, pour le meilleur et pour le pire, est au cœur de la réussite de Mobile Suit Gundam Seed. Le nombre important d’épisodes permet en effet de les faire évoluer chacun à leur rythme, et il n’est pas rare qu’ils répètent plusieurs fois les mêmes erreurs avant qu’un événement en particulier les encourage à se remettre plus ou moins en question. Les revirements, lorsqu’ils interviennent, ne se font jamais de manière hâtive. De même que lorsque les braves meurent en pleine apocalypse nucléaire, les amis chers ont à peine le temps de les pleurer. Ce réalisme dans la peinture des conflits à grande ou à petite échelle, comme dans celle des relations d’amour ou d’amitié naissantes, confère une épaisseur à chacun des héros de cette étonnante série de guerre.

Parmi ces personnages riches, dont la plupart (Bajirule, Dearka, Yzark, Flay, pour ne citer que ceux-là) réservent de belles surprises, Kira et Asran se détachent évidemment du lot, ce qui n’est pas une mince réussite lorsque l’on sait que beaucoup de héros de séries à protagonistes nombreux ont souvent tendance à se montrer les plus fades de tous (ce sera le cas de Shinn Asuka durant la majeure partie de Mobile Suit Gundam Seed Destiny). La subtilité vient du fait que les personnalités de Kira et Asran, bien que très différentes, ne sont nullement antagonistes dans le fond. C’est ce qui donne à leur conflit toute sa force, au gré des multiples rebondissements qui le ponctuent durant une bonne partie de l’aventure.

On pourrait en dire autant de personnages plus secondaires, qui tous ont leur caractère, un caractère défini par certains traits mais néanmoins toujours susceptible d’évoluer, en réaction aux divers événements. C’est le cas de la très attachante Cagalli, pour laquelle le conflit sera l’occasion de grandir enfin, et bien sûr de Lacus Clyne, qui passe de l’état de nunuche de service à celui de chef de guerre charismatique, et ce avec la plus parfaite aisance.

A côté de tout cela, il y a bien sûr les combats eux-mêmes qui, en plus d’être impeccablement réalisés, font sans cesse progresser la psychologie de chacun des intervenants, celle-ci venant en retour enrichir le discours global de la série. Cette fluidité et ce dynamisme de la narration ne se démentent jamais tout au long des cinquante épisodes de Mobile Suit Gundam Seed et culminent dans les derniers instants, véritablement bouleversants.

Réalisme oblige (mis à part le fait que l’on entend le bruits des moteurs lorsque les engins s’affrontent dans l’espace – mais on pardonnera cette petite fantaisie), les pertes humaines sont lourdes, parfois inattendues et souvent très douloureuses. Il s’agit certes d’une constante de la saga Gundam dans son ensemble, mais tout de même. Les dégâts causés par l’utilisation de l’arme nucléaire ne nous sont pas épargnés, à commencer par les morts affreuses des victimes qui explosent littéralement sous nos yeux et devant nos héros impuissants. Enfin, et là encore la série fait date dans le genre, les conflits meurtriers internes aux différentes factions, Naturels comme Coordinateurs, sont particulièrement crédibles et contribuent à donner un souffle étonnant à la bataille.

Comme ses prédécesseurs dans l’univers de Gundam et à l’instar de la plupart des œuvres japonaises traitant de la guerre, Mobile Suit Gundam Seed s’attache à en dépeindre les cruelles absurdités, et accorde une place primordiale au libre-arbitre, seul rempart contre la folie humaine. Quand vient le moment fatidique, que l’on se veuille ou non un soldat irréprochable, il s’agit de faire un choix. Le message est on ne peut plus clair dans cette dernière ligne droite, à travers le destin des protagonistes de chaque camp.

Les jeunes, qui ont été balancés dans l’enfer des conflits dès l’adolescence, s’affirment peu à peu comme les uniques recours face au chaos engendré par les décisions de leurs aînés, incapables de revenir sur leurs positions. Les choix insolubles se multiplient pour les uns et les autres, la plupart de nos héros étant les descendants directs des personnalités les plus influentes des principales forces en présence (les PLANTS, ZAFT, Orb en ce qui concerne Lacus, Asran et Cagalli). Jusqu’au bout, Mobile Suit Gundam Seed se tient à l’écart de tout manichéisme, et c’est là l’une de ses qualités les plus remarquables.

Aussi moche la guerre soit-elle, on se prendrait presque à souhaiter voir cette paix durement acquise remise en cause très bientôt… Ca tombe bien, les choses n’en resteront pas là. Rendez-vous dans Mobile Suit Gundam Seed Destiny !

Caroline Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 6 mai 2008

> Lire la critique de Mobile Suit Gundam Seed saison 1

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