Critique : ‘Mon Voisin Totoro’, de Hayao Miyazaki

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Dix-huit ans après sa sortie dans les salles japonaises, Mon Voisin Totoro est enfin accessible à un large public dans sa version française comme dans sa version originale. Les chanceux avaient pu découvrir le film en 1998 lors de sa diffusion sur Canal Plus, puis l’année suivante dans le cadre d’une sortie discrète dans les salles art et essai. A défaut d’une ressortie sur un parc de salles plus important, il est à présent possible de voir et revoir à l’infini sur support DVD le chef-d’œuvre le plus éblouissant du grand Hayao Miyazaki.

Japon, années 50. Satsuki, 10 ans et sa soeur Mei, 4 ans, emménagent avec leur père Tatsuo dans une nouvelle maison, afin de se rapprocher de l’hôpital dans lequel séjourne leur mère. Les deux fillettes ne tardent pas à apercevoir de curieuses petites bêtes noires dans les recoins sombres de la maison : serait-elle hantée ? Alors que Satsuki est à l’école, Mei aperçoit dans les fourrés une étrange créature qui possède le don d’invisibilité. En se lançant à sa poursuite, elle atterrit sans le vouloir en plein cœur du gigantesque camphrier qui jouxte la maison. Elle se retrouve nez à nez avec un énorme animal endormi…

mon_voisin_totoro_01Les plus belles histoires sont souvent les plus simples. Dans Mon Voisin Totoro, pas de vilaine sorcière ou de monstre malveillant à l’horizon, pas de lutte intestine entre le Bien et le Mal ni même une once de méchanceté… On imagine mal aujourd’hui comment un tel film a pu ou pourrait encore voir le jour. Hayao Miyazaki l’a fait, et si son imagination débordante a maintes fois depuis comblé les rêves de millions de spectateurs avec des œuvres telles que Porco Rosso, Princesse Mononoke ou encore Le Voyage de Chihiro, les aventures de Satsuki et Mei au pays des Totoros restent à ce jour les plus inoubliables de toutes. Rarement un film n’aura touché à la beauté éphémère de l’enfance avec autant de grâce, ni suscité d’émotion aussi pure.

Situé dans le Japon des années 50 dans la préfecture de Saitama, à l’époque où celle-ci n’était pas urbanisée, Mon Voisin Totoro rejoint les préoccupations des autres œuvres du réalisateur, à savoir la cohabitation harmonieuse de l’humain et de la nature ainsi que celle de l’être humain avec ses semblables. Et c’est en effet une harmonie extrême qui se dégage de ce film paisible, drôle et poignant, où les nouveaux venus sont accueillis chaleureusement, où tout le monde s’entraide volontiers dans les moments difficiles, où les petites filles vivent une complicité merveilleuse avec un père aimant et où de mystérieux animaux doux comme des peluches veillent sur les enfants imprudents depuis le sommet du plus grand arbre de la forêt.

mon_voisin_totoro_02Symboles de cette nature généreuse et bienveillante, Totoro et ses compagnons trouvent une première interlocutrice de choix en la personne de Mei, espiègle gamine dont l’insouciance est cependant voilée par une longue et douloureuse séparation avec sa mère retenue à l’hôpital. Contrairement à la plupart des histoires, où les propos d’une enfant seraient immédiatement tournés en dérision par ses proches, Mei ne rencontre aucune ironie de la part de sa sœur aînée Satsuki ni de son père lorsqu’elle leur affirme avoir rencontré l’animal. Dans Mon Voisin Totoro, l’acceptation de la nature environnante va de pair avec celle du monde d’autrui, tandis que la frontière entre imaginaire et réalité se fait de plus en plus poreuse.

Le talent de Hayao Miyazaki consiste à imposer cet idéal comme une évidence, tout en remuant doucement, délicatement, l’enfant qui sommeille plus ou moins profondément en chacun de nous. Avec sa bouille hilare et ses grosses pattes maladroites, Totoro n’est-il pas l’être rêvé que tous, enfants comme adultes, avons l’impression d’avoir déjà rencontré ?…

mon_voisin_totoro_04La réalisation de Miyazaki, raffinée et aérienne, est soutenue par un graphisme aussi simple qu’exquis qui confère aux personnages une palette d’expressions tout en nuance, en particulier l’adorable petite Mei.

D’une rare fluidité, l’animation sublime les moments les plus intimistes comme les moments de bravoure dans les airs, les personnages se mouvant avec grâce et dégageant tant de joie de vivre que l’on en oublierait presque qu’ils sont dessinés.

Les décors bénéficient du même soin, rien n’étant laissé au hasard, pas même la moindre fleur ou brindille, sans pour autant que l’ensemble paraisse jamais surchargé, au contraire. Mon Voisin Totoro respire la plénitude dans ses moindres recoins, jusque dans sa partition musicale enchanteresse signée Joe Hisaishi, si belle qu’elle continue de vous hanter longtemps après la fin du film… exactement à l’image du personnage de Totoro lui-même, dont chaque intervention candide a le pouvoir de susciter une émotion indicible.

Mon Voisin Totoro n’est pas seulement le plus beau film de Hayao Miyazaki, c’est aussi l’un des plus beaux films du monde.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 31 juillet 2006

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