Critique : ‘Phantom – The Animation’, de Keitaro Motonaga

0

Série de trois OAV réalisée en 2004 par Keitaro Motonaga, Phantom – The Animation se veut un mélange détonnant d’action et de drame racontant l’histoire d’un lycéen lambda catapulté bien malgré lui dans le monde du crime. L’animation japonaise est friande de ces histoires d’adolescents métamorphosés en machines de guerre invincibles, et Phantom – The Animation exploite ici le filon avec un bel entrain, multipliant les massacres orchestrés de main de maître par nos deux héros aussi redoutables qu’innocents. Mais la série échoue à proposer un développement des personnages convaincant, et surtout à les faire évoluer dans un contexte crédible.

phantom_animation_01Débarquant à Los Angeles pour un mois de vacances bien méritées avant d’intégrer l’université, Reiji Agatsuma se retrouve pris dans une fusillade en pleine rue. Horrifié, il s’échappe, non sans avoir repéré l’assassin tapi derrière une fenêtre voisine. Manque de chance, celui-ci le rattrape et le neutralise. Lorsque Reiji reprend ses esprits un peu plus tard, c’est pour se voir poser un ultimatum terrible par un homme mystérieux du nom de Scythe : s’il veut vivre, il devra suivre l’entraînement dispensé par la tueuse à laquelle il a tenté d’échapper pour devenir à son tour tueur à gages. Privé de ses souvenirs, Reiji n’a d’autre choix que d’accepter. Officiant sous les ordres de la jeune fille qui se fait appeler « Ein », il répondra désormais au nom de « Zwei »…

Dans Phantom – The Animation, le réalisateur Keitaro Motonaga (Kikaider, Princesse Princesse) et son scénariste Shôji Harimura peinent à donner une réelle caractérisation à leurs personnages principaux qui n’ont par conséquent pas d’histoire personnelle à apporter au récit. Certes, on sait que Ein est en quelque sorte la « créature » d’un certain Scythe, auquel elle est persuadée de tout devoir.

Mais le cas de Zwei est plus épineux. Une fois que sa mémoire est effacée, soit au bout de dix minutes à peine, il semble complètement coupé de tout excepté de sa compagne d’infortune, au point que l’on ne découvre réellement les autres membres de l’organisation qui l’emploie que dans le troisième et dernier épisode.

phantom_animation_05Le parti-pris serait intéressant si tout ne paraissait pas si précipité, construit autour de nombreux raccourcis faciles – le lycéen est bien entendu hyper doué et s’avère avoir à peine besoin d’être guidé pour apprendre à tirer – qui nuisent à la crédibilité de l’ensemble. Finalement, Ein et Zwei donnent l’impression d’être étonnamment libres eu égard à leur condition de simples instruments, et ce qu’il s’agisse de leurs déplacements ou de leurs états d’âme. De fait, on ne s’attendrit pas vraiment devant les changements qui affectent progressivement leurs personnalités respectives.

Les scènes d’action sanglantes qui les voient prendre des poses à la Chow Yun-Fat, avec trench coat, lunettes de soleil et un flingue dans chaque main, ne font rien pour arranger les choses en termes d’intensité dramatique. Sans oublier cette scène absurde au cours de laquelle Zwei va exécuter un contrat en se plantant sur la scène d’une salle comble où se joue un opéra, vêtu d’un costume noir avec longue cape et chapeau pointu assortis… Visiblement, Ein a omis de lui enseigner la discrétion.

phantom_animation_02Alors que Keitaro Motonaga aurait pu transcender la banalité de son sujet par un vrai travail sur les ambiances et sur la narration, il se contente de remplir un cahier des charges cousu de fil blanc. On devine rapidement que Zwei va parvenir à révéler au grand jour la douceur que Ein dissimule forcément derrière son masque de dureté, ou encore que les deux adolescents finiront par se faire rattraper par leur destin. Encore une fois, tout cela aurait pu être passionnant si l’intrigue n’était pas si linéaire et la mise en scène si peu originale.

Le character design un peu grossier (les personnages féminins sont particulièrement mal lotis) ne vient guère adoucir ces défauts. Quant à l’animation, si elle reste correcte, elle se rapproche néanmoins davantage du niveau d’une série télévisée que de celui d’un OAV. D’ailleurs, si l’on souhaite rester dans le monde du crime et des tueurs à gages aux méthodes d’exécution très « John Woo », on préfèrera nettement Gungrave, autrement plus abouti sur tous les plans. Phantom – The Animation n’est pas ennuyeux pour autant – Zwei force tout de même la sympathie – mais ne marquera décidément pas les esprits.

Caroline Leroy

Article publié sur Excessif.com le 12 mai 2007

phantom_animation_dvd

Share.