Critique : ‘Planètes’, de Gorô Taniguchi – Episodes 22 à 26

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C’est avec ce sixième volume DVD que prennent fin les aventures de Hachimaki, Ai Tanabe et leurs collègues les éboueurs de l’espace. Produite par le studio Sunrise (Cowboy Bebop) et réalisée par Gorô Taniguchi (S-Cry-Ed), la série Planètes s’impose sans peine comme l’une des plus belles séries animées de science-fiction à avoir vu le jour, voire l’une des plus belles séries toutes catégories confondues. Le mérite en revient bien sûr en grande partie à la qualité du manga d’origine, petite merveille de poésie et d’émotion signée Makoto Yukimura. Mais la réussite de la version animée ne saurait se voir réduire à la transposition maligne d’un matériau en or. Le réalisateur Gorô Taniguchi et son équipe ont su donner vie à cet univers réaliste en y insufflant leur propre vision.

Planètes est en effet l’une des rares séries à présenter un véritable contenu politique à résonance contemporaine. La conquête de l’espace ne s’est pas faite en un jour, et l’exploitation de ces territoires vierges aux étendues infinies amène à envisager la question sous l’angle économique. Qui profitera de ces nouvelles ressources ? Cette problématique brûlante est subtilement évoquée dès le début de la série, pour ressurgir avec force à mesure que les événements se bousculent et que les négociations entre pays riches progressent. La série rappelle très justement que seules les nations qui en ont les moyens sont à même de se jeter dans la course vers l’Espace, étant les seuls à construire les engins requis.

Contrairement à la plupart des animes qui se cantonnent à des interrogations abordées sous un angle exclusivement japonais, il n’est ici guère surprenant de rencontrer des ressortissants de pays pauvres (pays imaginaires en général, mais dont la localisation sur Terre est précisée) parmi les personnages principaux. La création originale d’un personnage tel que Claire Rondo n’a pas d’autre but que d’étoffer ces enjeux globaux. A ce titre, la menace terroriste venue des Protecteurs de l’Espace synthétise les préoccupations écologiques et politiques qui découlent logiquement de l’accès aux nouvelles richesses, préoccupations dont la mise en exergue s’impose comme la principale valeur ajoutée de la série par rapport au manga. Planètes n’a pas pour prétention d’embrasser la question de manière exhaustive, mais le message est on ne peut plus clair et brille par son intelligence.

Quant au traitement des personnages dans Planètes de Gorô Taniguchi, il diffère légèrement de l’œuvre d’origine. On pardonnera aisément le sort trivial réservé au personnage de Sally, dont les apparitions anecdotiques et le comportement parfois peu glorieux ne rendent guère hommage à la bonté et à l’intégrité de son homologue de papier. Ses qualités humaines se retrouvent fort heureusement déplacées sur Ai Tanabe qui en sort substantiellement enrichie.

Poussée au premier plan dans les premiers épisodes, Tanabe se voit cependant rapidement reléguée au second plan, la série rejoignant en cela la trame de l’œuvre de Makoto Yukimura, axée sur la souffrance psychologique et la quête d’identité de Hachimaki. Il est à noter que la Tanabe d’origine – en particulier dans les deux premiers tomes du manga – est nettement moins mignonne et lisse que son équivalente à l’écran, certes très attendrissante mais de toute évidence soumise aux dictats de l’animation grand public, qui exigent des héroïnes « gentilles ».

D’une façon un peu moins marquée, Hachimaki paraît subir le même sort, sa rage ne se manifestant pas avec la même véhémence dans l’anime que sur le papier. Cela étant dit, ces quelques aménagements ne travestissent pas aussi radicalement qu’on pourrait le croire les personnages de Hachimaki et Tanabe, Gorô Taniguchi et le scénariste Ichiro Okôchi ayant su, au bout du compte, percer à jour leur nature profonde : à l’issue du dernier épisode de la série, on les retrouve ainsi à peu près semblables à ce qu’ils sont devenus à la fin du tome 3 du manga. Le parcours héroïque qu’ils effectuent chacun de leur côté durant ces cinq derniers épisodes est magnifiquement raconté, grâce à un jeu d’ellipses d’une grande force narrative.

Planètes doit aussi énormément au character design fin et réaliste de la talentueuse Yuriko Chiba (directrice de l’animation sur la série Berserk et character designer du prochain film du studio Gonzo, Brave Story) qui confère aux personnages une vraie identité : ils possèdent tous des traits différents sans pour autant que leurs visages soient caricaturaux, un type de défi particulièrement ardu à relever en animation où il faut simplifier au maximum les traits. Enfin, la musique atmosphérique de Kotaro Nakagawa, collaborateur habituel de Gorô Taniguchi (on le retrouve aux génériques de S-Cry-Ed et de GUNxSWORD), est pour beaucoup dans le vertige que l’on éprouve à chaque sortie des personnages dans l’Espace infini.

En réorganisant l’histoire différemment, en déplaçant certains épisodes du début du manga pour leur donner un sens nouveau à la fin de la série, le réalisateur et le scénariste restent fidèles à l’essence de l’œuvre de l’auteur tout en apposant leur griffe personnelle. Série grandiose et introspective dont les thématiques adultes se nourrissent de préoccupations on ne peut plus actuelles, Planètes est une véritable rareté dans le monde des séries d’animation. Une perle à côté de laquelle il serait dommage de passer.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 7 juillet 2006

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