Critique : ‘Ponyo sur la Falaise’, de Hayao Miyazaki

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Ponyo sur la Falaise vient confirmer ce que l’on savait déjà : Hayao Miyazaki possède un talent de conteur exceptionnel et chacun de ses films est un nouvel enchantement. Parvenant une fois encore à se renouveler grâce à son imagination foisonnante, le cinéaste continue d’explorer les thématiques qui lui sont chères, telles que l’ouverture vers l’autre et la rencontre entre le monde des humains et celui de la Nature, à travers un récit limpide et porteur d’un magie réjouissante. A mi-chemin entre Mon Voisin Totoro et Le Voyage de Chihiro, cette fable enfantine revient aussi vers un style graphique traditionnel et épuré, lui conférant une simplicité et une fraîcheur qui n’ont d’égale que la virtuosité de la mise en scène, d’une énergie remarquable. Une merveille de poésie et de chaleur humaine qui se savoure avec des yeux d’enfant.

La bande annonce de Ponyo sur la Falaise laissait croire à un joli petit film pour enfants, bien mignon mais pas forcément attrayant pour le public adulte. Mais lorsqu’un tel film est signé Hayao Miyazaki, il faut s’attendre à quelque chose de plus grand, de plus fort, de plus vivant que la plupart des tentatives du genre.

ponyo_01Chaque nouvelle fable de l’auteur suscite d’ailleurs une attente paradoxale. D’un côté, nous n’avons aucune idée du monde dans lequel elle va nous transporter, et de l’autre, nous savons pertinemment quel genre d’émotion nous allons en retirer. De la fable écologique Nausicaa de la Vallée du Vent à la quête initiatique Le Voyage de Chihiro, en passant par l’aérien Porco Rosso et le conte guerrier Princesse Mononoke, tous les succès qui jalonnent la carrière de celui que beaucoup considèrent comme le plus grand cinéaste d’animation actuel nous ont fait rêver à leur manière. Avec Ponyo sur la Falaise, Miyazaki revisite les thématiques qui lui sont chères tout en réussissant une fois encore à se renouveler et à surprendre.

Ponyo sur la Falaise revient vers une simplicité qui n’est pas sans rappeler celle de Mon Voisin Totoro, probablement le plus grand chef d’œuvre de son auteur. A l’instar de ce dernier, le récit nous est conté à travers le point de vue d’un enfant et repose sur une intrigue extrêmement limpide, qui recèle pourtant une grande richesse narrative et émotionnelle.

ponyo_02Ponyo sur la Falaise, c’est donc l’histoire de deux enfants. Il y a tout d’abord Ponyo, une petite sirène retenue prisonnière au fond des eaux et qui désire ardemment devenir humaine. Elle parvient à s’enfuir et rencontre Sôsuke, un enfant de cinq ans qui vit sur la côte avec sa mère. Lorsque Sôsuke lui porte secours, le coup de foudre est immédiat : ils sont devenus amis et rien ne pourra les séparer.

Sur le papier, le sujet évoque de loin celui de La Petite Sirène, dont on aurait évacué l’aspect désuet et le formatage pour en faire une fable résolument en accord avec son temps. Car quelque soit la toile de fond de son histoire et la nature de ses personnages, Miyazaki parvient toujours à dépeindre des sentiments universels. On le savait déjà, l’auteur possède un talent unique pour parler de l’enfance mais aussi de la construction de l’être humain à travers la rencontre et l’acceptation de l’autre. L’amour est bien entendu au cœur de l’histoire, un amour qui déborde à chaque instant, dans les échanges entre Sôsuke et Ponyo mais aussi dans l’émerveillement de cette dernière devant les choses les plus simples, dans le dévouement de la mère du petit garçon, une femme pleine de générosité et d’énergie, ou encore dans la chaleur humaine des pensionnaires de la maison de retraite.

ponyo_03Comme toutes les œuvres de Miyazaki, l’histoire propose différents niveaux de lecture puisque la rencontre entre Sôsuke et Ponyo évoque celle qui s’opère entre deux mondes, celui de l’Humain et celui du spirituel, abrité comme dans Princesse Mononoke ou Mon Voisin Totoro par les éléments naturels. A ce titre, si Miyazaki reste fidèle à la thématique écologique, récurrente dans son cinéma depuis Nausicaa de la Vallée du Vent, le récit ne saurait se confondre avec une leçon de morale passéiste. Sur ce plan, le propos est plus subtil qu’il n’y paraît et ne renie en rien les notions d’évolution du monde et de choix personnel, en plus de s’agrémenter d’une grande poésie visuelle et d’un vrai mystère.

Porté par la superbe partition musicale de Joe Hisaishi, fidèle collaborateur du cinéaste avec lequel il entretient une alchimie incomparable, Ponyo sur la Falaise recèle quelques moments de bravoure témoignant une fois encore de la virtuosité de Miyazaki en matière de mise en scène, à commencer par une séquence proprement extraordinaire voyant la petite Ponyo déclencher une véritable tempête destructrice en voulant rejoindre son ami. Un grand moment de cinéma tant sur le plan de la réalisation, d’un dynamisme remarquable, que sur celui des sentiments contradictoires qu’il suscite, mélange de crainte et d’exaltation.

ponyo_05Le graphisme s’avère lui aussi plus fouillé que sa simplicité apparente ne le laisse supposer. Privilégiant les traits arrondis, le character design reste conforme aux standards des studios Ghibli et fait des merveilles sur les enfants, adorables à chaque plan, et dont les attitudes et les mouvements sont saisis avec une grâce infinie. En outre, même si nous sommes les premiers à saluer un bon film d’animation 3D, le plaisir de voir ici défiler des décors entièrement réalisés à la main est immense, d’autant que le style graphique adopté, d’une douceur évoquant parfois des illustrations aux crayons de couleurs, s’accorde à merveille avec les émotions très pures qui se dégagent du film.

N’y allons pas par quatre chemins, Miyazaki fait avec Ponyo sur la Falaise une véritable déclaration d’amour à l’enfance dans laquelle tous les personnages, du plus jeune au plus âgé, ne demandent qu’à s’ouvrir au monde de Ponyo et de Sôsuke. Et nous aussi.

Elodie Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le: 20 Janvier 2009

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