Critique : ‘Princess Princess’, de Keitaro Motonaga – Episodes 1 à 6

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Princess Princess est une série d’animation adaptée d’un manga de Mikiyo Tsuda, publié en 2002 dans les pages du magazine Wings. Le pitch est original – les plus beaux lycéens d’une école de garçons doivent se travestir à tour de rôle pour compenser l’absence de filles – mais il est loin de tenir la route sur la durée de la série, en dépit d’un nombre pourtant réduit d’épisodes. Scénario mollasson et personnages ennuyeux sont au programme de ce Princess Princess qui n’a rien de subversif.

En intégrant sa nouvelle école, qui est exclusivement réservée aux garçons, Tôru Kôno ne se doute pas qu’il a mis les pieds dans un établissement un peu particulier. Etonné de voir tous les élèves se pâmer à sa vue, il interroge le délégué de classe qui l’a pris sous son aile, Akira Sakamoto, mais celui-ci semble un peu embarrassé dès que le sujet est abordé. Tôru ne tarde pas à comprendre pourquoi : il a été unanimement désigné nouveau candidat au poste de « princesse » de l’école, rôle qui consiste à fournir aux élèves la « touche féminine » qui manque à leur quotidien…

princess_princess_02Il se passe décidément de drôles de choses dans les écoles de garçons au Japon. Entre les intrigues de cour à la Meine Liebe, prétexte à réunir la crème des canons d’une école d’élite dans une ambiance flirtant discrètement avec le shônen-ai, la drague hard core à la Gakuen Heaven, et le travestissement obligatoire des plus beaux spécimens du lycée comme c’est le cas dans la série qui nous occupe… On a peine à imaginer pareils concepts prendre naissance ailleurs qu’au Japon, et tout particulièrement celui de Princess Princess.

Comme c’est souvent le cas, le manga Princess Princess est plus réussi que son adaptation télévisée : le graphisme de Mikiyo Tsuda est plus agréable à l’œil que le character design de Atsuko Nakajima, les personnages plus vivants et attachants, et l’humour fonctionne de fait nettement mieux. Cela étant dit et pour aussi sympathique qu’il soit, ce manga n’a rien non plus de bien exceptionnel, si ce n’est son point de départ, et encore.

Contrainte de souscrire aux exigences du public très mainstream du magazine support de la prépublication de Princess Princess, l’auteure n’a pas eu d’autre choix que de mettre de côté son obsession du boy’s love pour livrer au final une œuvre gentillette mettant l’emphase sur la belle amitié qui unit ses quatre héros. Or étant donné qu’elle pousse tout de même les trois beautés fatales de son histoire à se travestir pour soulager le quotidien d’élèves privés de toute présence féminine, il y avait matière à aller un peu plus loin que ça. Sans chercher à atteindre le niveau de délire de Gakuen Heaven, une petite touche sulfureuse rigolote n’eût pas été de refus pour compenser la banalité du récit.

L’anime reprenant très fidèlement le manga, on pourra lui adresser les mêmes reproches, en ajoutant que la mise en scène de Keitaro Motonaga (GetBackers, Phantom – the Animation) est d’une rare platitude, que le graphisme est complètement passe-partout et que les gags sont on ne peut plus prévisibles.

princess_princess_03A mesure que l’on avance dans les épisodes, que l’on comprend en quoi consiste le « job » de Tôru et ses collègues princesses Yûjiro Shihôdani et Mikoto, on ne peut s’empêcher de se demander ce que cherche exactement à raconter Mikiyo Tsuda à travers cette histoire. L’idée est cocasse en soi, mais elle ne fait sourire que l’espace de cinq minutes, soit jusqu’à ce que Tôru soit convoqué devant le président du Bureau des élèves, Arisada, pour apprendre qu’il a l’honneur d’avoir été choisi. Car l’effet retombe comme un soufflet dès lors que l’on saisit que les « princesses » en question ne sont là que pour jouer les hôtesses zélées et encourager ces messieurs à faire de grandes choses. Les premiers épisodes montrent ainsi les trois compères faire la tournée des clubs de sport afin de galvaniser les équipes, tout en minaudant dans leurs robes à dentelles, un sourire éternellement scotché sur le visage.

Alors bien sûr, entre les trois princesses, il y a un rebelle, un garçon qui supporte mal de devoir se vêtir en soubrette ou en infirmière, de porter une perruque longue et de se mettre trois tonnes de maquillage sur le visage ; pas d’inquiétude, les autres vont se charger de lui faire comprendre que sa réticence est une preuve d’égoïsme, et ce même si le pauvre n’a pas eu son mot à dire dès le départ. Passée la surprise de la découverte, le personnage principal, Tôru, ne montre en revanche aucune mauvaise volonté face à cette situation insolite, et aurait même tendance à intégrer le métier de potiche assez rapidement.

Nulle réflexion n’étant jamais proposée à aucun moment sur rien, il ne reste plus, à partir de là, qu’à suivre mollement les péripéties moyennement divertissantes de nos princesses, elles mêmes assez peu passionnantes. Dommage.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 25 septembre 2007

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