Critique : ‘Saiyuki Requiem’, de Hayato Date

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La sortie du film Saiyuki Requiem en 2001 suit de très près dans le temps la fin de la diffusion de la première saison (50 épisodes) de la série TV Gensômaden Saiyuki, adaptée de l’excellent manga entamé par la dessinatrice Minekura Kazuya en 1997. Autour de cela, la saga s’est vue étoffée par de nouveaux « chapitres » sur le papier (Saiyuki Gaiden, Saiyuki Reload) et bien sûr par de multiples saisons télévisées – on en compte au moins quatre – ainsi que deux OAV. Saiyuki, une affaire qui roule ! Le manga est d’ailleurs toujours en cours de parution tandis qu’une cinquième saison TV pointe déjà le bout de son nez au Japon.

Au cours de leur voyage sans fin vers l’Occident supposé les mener à la destruction de l’esprit du mal Gyumao, Genjô Sanzô, Son Goku, Cho Hakkai et Sha Gojyo subissent l’attaque surprise d’une horde de démons. Confiants, ils règlent leur compte à la plupart d’entre eux, mais la situation s’avère plus compliquée que prévu et ils sont contraints de trouver refuge dans un étrange manoir désert, à l’invitation d’une jeune fille en détresse. C’est alors que nos quatre amis tombent sous l’emprise de dangereuses hallucinations, dont ils pressentent qu’elles ont fort à voir avec l’invisible maître des lieux…

saiyuki_requiem_01Le succès de la franchise Saiyuki doit bien sûr énormément au coup de crayon nerveux et ultra-stylisé de la dessinatrice qui aura propulsé en très peu de temps son quatuor de bishônen au firmament des stars du manga. Un succès renforcé par une batterie d’artbooks absolument magnifiques que tout(e) fan se doit se posséder, bien au chaud sur ses étagères. Pourtant, le pari était loin d’être gagné d’avance : Saiyuki se fonde en effet de la fameuse légende chinoise du Roi des Singes, qui inspira entre autres rien moins que l’un des mangakas les plus populaires de la planète, à savoir Akira Toriyama pour ses sagas Dragon Ball et Dragon Ball Z.

N’ayant pas froid aux yeux, Minekura Kazuya – c’est un pseudo – redonne un vigoureux coup de jeune à la légende en se démarquant radicalement de ses prédécesseurs. Ambiance fantastique à coloration mystique, combats déchaînés entre humains et démons, et bien entendu galerie de beaux mecs aux physiques élancés sont donc au rendez-vous dans ce Saiyuki Requiem, tout comme dans le manga et la série.

saiyuki_requiem_03La série Saiyuki comptait déjà un bon nombre histoires s’étalant sur 2 épisodes et la sortie d’un film issu de cet univers foisonnant n’est donc pas une surprise. Saiyuki Requiem apparaît comme un long épisode de la série, à ceci près qu’il se voit alloué nettement plus de moyens. La première saison de la série télévisée souffrait en effet d’une animation un peu pauvre en général, ainsi que d’un graphisme parfois bâclé – un comble quand on connaît la précision du trait de l’auteure du manga. Rien de tout cela ici, comme l’indique d’emblée l’excellente introduction du film qui voit nos quatre héros joliment dessinés parader en écrasant leurs ennemis, soutenus par une animation fluide et dynamique. Et même si l’on se situe très loin des chefs-d’œuvre de l’animation japonaise en termes de qualités techniques et artistiques, le résultat s’avère largement acceptable et suffisant pour ce genre de production, principalement destinée à prolonger le plaisir d’une série populaire.

Par ailleurs, Saiyuki Requiem ne dépaysera pas le moins du monde les familiers de la série. Goku est toujours aussi glouton et ne rate jamais une occasion de se crêper le chignon avec Gojyo, Hakkai reste éternellement calme et philosophe et Sanzô se montre tour à tour froid et colérique, comme à son habitude. L’intérêt de l’exercice, c’est justement de retrouver nos héros tel qu’en eux-mêmes pour pouvoir les confronter à une situation qui mettra à l’épreuve leurs tempéraments respectifs. Reste à savoir si le film se contente de remplir ce cahier des charges efficacement ou s’il se risque à aller un peu plus loin en faisant un tant soit peu avancer l’intrigue globale de Gensômaden Saiyuki.

saiyuki_requiem_02Côté intrigue, Saiyuki Requiem se révèle particulièrement fidèle à la série : nos quatre voyageurs se retrouvent « invités » par une jeune fille sortie de nulle part dans une étrange demeure où se trament de toute évidence des choses pas nettes. Notons que malgré les expériences passées du quatuor de choc et l’aspect inquiétant de ce manoir, Sanzô est le seul à émettre des réserves sur le pas de la porte.

Commence alors la partie la plus réussie du film, au cours de laquelle nos héros se débattent chacun de leur côté avec leurs hallucinations : personne ne peut plus compter sur personne. Ces scènes n’ont pas pour vocation de nous en apprendre davantage sur les tourments de Hakkai ou de Gojyo par exemple – nous sommes censés connaître leur passif – mais elles sont drôles et soignées en ce qui concerne l’atmosphère. Les choses se gâtent un peu lorsque le pourquoi du comment nous est dévoilé. C’est pourtant à ce moment là, paradoxalement, que le film s’attache justement à creuser un peu l’univers de Saiyuki.

Si le flash-back explicitant le passé du personnage qui en fait voir de toutes les couleurs à nos héros parvient à être touchant, la suite de combats expédiés qui conclut l’ensemble n’est pas des plus convaincantes et aurait même tendance à casser l’ambiance. Justement parce que l’on sent qu’il faut « conclure » et que le temps est limité pour en arriver là. Et non seulement toute épaisseur psychologique semble avoir déserté d’un seul coup nos héros – alors qu’un peu plus tôt, le film jouait sur leur confusion mentale – , mais leur adversaire ne brille guère par son charisme et verserait plutôt dans le grand-guignol. Dommage.

Malgré ce bémol qui concerne essentiellement la dernière demi-heure, Saiyuki : Requiem n’en reste pas moins un bon divertissement, à conseiller bien sûr en priorité aux aficionados du caractériel Sanzô et de ses amis démons.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 5 mars 2006

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