Critique : ‘Space Symphony Maetel’, de Shinichi Masaki

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La série animée Space Symphony Maetel a été spécialement conçue pour les cinquante ans de la carrière de Leiji Matsumoto, c’est dire la popularité dont jouit cet auteur dans son pays natal. Elle se veut la suite directe des OAV réunis sous le titre de Maetel Legend, une œuvre qui traitait déjà des circonstances du drame de la mécanisation – cause directe de la douloureuse séparation des deux héroïnes rebelles d’avec leur mère. Bien que pourvue d’un budget autrement plus conséquent que les deux OAV susmentionnés, Space Symphony Maetel ne se hisse pas tellement plus haut, tant en termes de qualités esthétiques que narratives.

space_symphony_maetel_01Afin de sauver sa planète Râmetal, condamnée au froid glacial et à l’obscurité depuis que son soleil Râ l’a reniée, la reine Promithium n’a eu d’autre choix que de faire subir à son peuple le processus irréversible de la mécanisation après l’avoir expérimenté sur elle-même en guise d’exemple. Les deux filles de la reine, la douce Maetel et la guerrière Emeraldas ayant contredit ses desseins funestes, elles se voient contraintes de fuir Râmetal. Tandis qu’Emeraldas rejoint le capitaine Harlock et son fidèle compagnon Tochirô, Maetel choisit de s’exiler sur le Galaxy Express 999 qui parcourt sans fin l’Espace. Mais un jour, sa mère la rappelle pour lui demander de prendre sa succession sur Râmetal…

Tout comme la série Cosmowarrior Zero, réalisée en 2001, revenait sur la jeunesse du légendaire pirate de l’Espace Albator (Harlock en VO), Space Symphony Maetel se penche sur les jeunes années de la pacifique Maetel, contrainte de fuir la folie de sa mère, Promethium. Loin de sa planète d’origine, Râmetal, métamorphosée en capitale de la mécanisation, une évolution aussi brutale que désastreuse imposée par la reine dans un accès de désespoir.

La série de 13 épisodes avait tout pour plaire en reprenant l’un des personnages les plus intrigants de l’imaginaire de Matsumoto. Moins charismatique a priori que sa sœur Emeraldas, dont les apparitions au cours des nombreuses aventures d’Albator ont toujours créé la sensation, Maetel est éternellement enveloppée d’une subtile aura de mystère teintée de douce mélancolie qui la rend immédiatement attachante.

A ce titre, le traitement du personnage de Maetel lui-même représente certainement l’un des points forts de Space Symphony Maetel: élégante, délicate, déterminée ou simplement triste, elle reste captivante tout du long. On ne peut malheureusement pas en dire autant des autres protagonistes, dont la psychologie caricaturale ou à peine esquissée leur laisse bien peu de chances de rester dans les mémoires. Même Harlock/Albator semble soudainement totalement ordinaire et inutile.

Le seul personnage à se détacher du lot à l’exception de Maetel demeure sa mère, la reine Promothium, qui évolue progressivement pour devenir le véritable monstre brièvement entrevu à la fin de Maetel Legend. Les rapports entre Maetel et sa mère prennent ainsi une signification presque mythologique, au-delà des vastes problématiques de domination de la planète ou de mécanisation de l’humanité.

Le bilan technique et artistique de Space Symphony Maetel est tout aussi nuancé. Depuis Queen Emeraldas en 1998, Keisuke Masunaga est en charge du character design des séries tirées des œuvres de Leiji Matsumoto. Le trait de référence est fluide et délié, nettement plus joli que dans Cosmowarrior Zero par exemple. En revanche, la qualité du dessin et de l’animation varient d’un épisode à l’autre et l’atout de départ s’en trouve ainsi bien diminué, guère aidé il est vrai par une colorisation sans nuance. Les décors, aussi peu fouillés que ceux de Maetel Legend, déçoivent eux aussi.

space_symphony_maetel_03Mais si l’on peut passer outre quelques défauts techniques, il est plus difficile de laisser passer le plus gros défaut de Space Symphony Maetel, à savoir la pauvreté de sa mise en scène. C’est bien simple, la série ne comporte pas une seule scène véritablement inspirée et ce tout au long de ces treize épisodes. La banalité affligeante des cadrages, l’abondance de gros plans injustifiés voire de très gros plans sur les yeux écarquillés de Maetel ont de quoi sérieusement lasser au bout de quelques épisodes.

Cette absence d’ambition de la part du réalisateur nuit malheureusement très lourdement à l’ensemble qui, de fait, manque cruellement de rythme, de dynamisme. Cela est d’autant plus regrettable que Space Symphony Maetel provoque aussi facilement la sympathie que son énigmatique héroïne.

Caroline Leroy

Publié sur DVDRama le 15 décembre 2005

> Lire la critique de Maetel Legend, de Kazuyoshi Yokota

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