Critique : ‘Summer Wars’, de Mamoru Hosoda

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Chaleureux, épique, tendre, drôle et trépidant, Summer Wars de Mamoru Hosoda réconcilie tradition et modernité à travers une histoire à la fois solidement ancrée dans les préoccupations actuelles et empreinte d’une fantaisie de tous les instants. Entre les combats étourdissants des avatars du monde virtuel et les scènes familiales mouvementées fourmillant de détails, le film nous en met plein les yeux et les oreilles jusqu’au feu d’artifice final ébouriffant. Un divertissement aussi ambitieux que généreux, qui entérine la place de Hosoda parmi les grands de l’animation.

summer_wars_01Mamoru Hosoda enrichit son œuvre d’un nouveau long métrage personnel et unique en son genre. Le réalisateur qui nous a enchantés il y a trois ans avec le délicieux La Traversée du Temps, adapté du roman de Yasutaka Tsutsui, est de retour avec Summer Wars, toujours sous l’égide de MadHouse, qui collectionne les prix depuis sa sortie japonaise en 2009. Ce nouveau film a cependant ceci de particulier qu’il s’agit d’un projet original, chose de plus en plus rare dans le monde de l’animation japonaise où l’on préfère capitaliser sur le succès d’un manga plutôt que de se lancer la tête la première vers l’inconnu.

Né de l’imagination de son réalisateur, bénéficiant une fois de plus des talents de Satoko Okudera au scénario et Yoshiyuki Sadamoto au character design, ce long métrage placé lui aussi sous le signe de l’été n’est pas sans rappeler un autre film de Hosoda : Digimon: Our War Game. A l’instar de ce dernier, Summer Wars met en scène le chaos engendré dans le monde réel par les exactions d’une entité incontrôlable issue du réseau virtuel. Le lien de parenté est indéniable, jusque dans le choix de certains décors quasi identiques. La différence est qu’aujourd’hui, le réalisateur japonais voit plus grand, affirmant plus que jamais un style personnel inimitable.

summer_wars_11L’une des grandes réussites de Summer Wars consiste à mettre en parfaite symbiose deux mondes a priori diamétralement opposés. D’un côté, nous avons un univers réaliste, incarné par cette famille campagnarde traditionnelle (très) nombreuse dans laquelle échoue un peu par hasard notre sympathique héros, Kenji. De l’autre, nous sommes entraînés dans un monde virtuel délirant, dont les personnages cartoonesques délivrent leur lot de scènes d’action ultra dynamiques.

Aux combats enlevés des avatars virtuels superbement mis en scène par Hosoda répondent des scènes de table tout aussi épiques impliquant un nombre faramineux de protagonistes pour une production animée.

summer_wars_02Au-delà de la thématique classique – et fort bien amenée – du rapport de dépendance croissant de l’humanité aux nouvelles technologies, le réalisateur orchestre une étonnante symphonie dont les notes harmonieuses célèbrent à chaque instant la magie du divertissement. Pour cela, il fait de la réalité la plus banale – une réunion familiale présidée par l’aïeule d’un clan ancestral – un spectacle savoureux dans tous les sens du terme, mettant à contribution jusqu’aux petits enfants dont les interventions facétieuses sonnent toujours juste.

Au milieu de cette fanfare, la jeune héroïne Natsuki peine un peu à exister, contrairement à son ami Kenji et bien sûr à l’intimidante et charismatique grand-mère. Contrairement à La Traversée du Temps, Summer Wars n’est pas un film intimiste centré sur l’individu, mais bien un film de groupe, un film communautaire. Les valeurs y sont traditionnelles, à l’image du clan, et à de très rares exceptions près, les garçons sont les seuls à s’inscrire dans la réflexion et dans l’action.

Si elle peut décontenancer parfois, cette répartition peu subtile des rôles n’empêche pas le film d’offrir de multiples moments de délicatesse et de drôlerie rehaussés par un style graphique d’une grande pureté ainsi que par un sens du détail réaliste absolument réjouissant. Rarement un film d’animation ne se sera autant approché du cinéma en prises de vue réelles, et ce tout en assumant pleinement ce qu’il est. C’est là l’une des grandes particularités, et pas des moins passionnantes, du talent incroyablement riche de Mamoru Hosoda.

Caroline Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 30 avril 2010

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