Critique : ‘Tokyo Tribe 2’ – Episodes 1 à 4

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Récente série issue des célèbres et ô combien éclectiques studios Madhouse, Tokyo Tribe 2 adapte le manga éponyme en douze tomes de Santa Inoue, auteur très original qui affectionne tout particulièrement le mélange des cultures, japonaise et américaine en l’occurrence. Le fait est que l’on hésite dès le prologue du premier épisode à situer les protagonistes, dont le character design n’a rien d’asiatique – à l’exception de l’un des plus vicieux énergumènes de la série, Nkoi – alors que l’action se situe pourtant bel et bien à Tokyo.

La confusion est volontaire et participe de la singularité visuelle immédiatement accrocheuse de Tokyo Tribe 2, singularité encore renforcée par le choix d’une bande-originale à l’ambiance très hip hop telle en accord avec les goûts musicaux de Santa Inoue lui-même. La série n’est peut-être pas la claque que l’on ne pouvait s’empêcher d’espérer, mais vaut tout de même largement le détour.

Ce premier DVD de Tokyo Tribe 2, qui regroupe les quatre premiers épisodes (sur treize au total), permet de faire connaissance avec l’essentiel des protagonistes de cette guerre des gangs sanglante. Le prologue à lui seul livre un bon aperçu du degré de violence et de fureur de la suite, exhibant dans ses dernières secondes un bras coupé propulsé dans les airs, dont s’écoule un jet de sang généreux. L’auteur du méfait n’est autre que Mera, le chef des Wu-Ronz de Bukuro, qui ne se balade jamais dans les rues de Tokyo sans un sabre aux dimensions impressionnantes accroché à la ceinture.

Une fois le générique passé, c’est au tour de l’autre héros de la série, le jeune Kai du gang des Saru, de nous être présenté. Plus cool, plus gentil, plus pacifique, Kai devient rapidement le point de repère le plus évident auquel se raccrocher dans cette jungle urbaine peuplée de bêtes assoiffées de sang.

On comprend évidemment dès la fin du premier épisode, et plus nettement au cours du second, très dramatique voire tragique, que les deux personnages partagent un lourd passé et ne sont en réalité pas aussi dissemblables qu’ils en ont l’air. Le schéma d’opposition qui les relie est assez classique, mettant une fois de plus en exergue les thèmes éternels de l’amitié virile, de l’honneur et de la trahison.

Mais la galerie de personnages secondaires se montre suffisamment pittoresque et étoffée pour lui donner du sel, le pompon étant vraiment atteint avec l’ignoble Bubba, le baron auquel Mera se retrouve plus ou moins contraint d’obéir en dépit de ses pratiques peu recommandables (voir la version uncut de l’épisode 1).

Si les personnages principaux un peu convenus ne suscitent peut-être pas l’intérêt attendu, du moins durant ces quatre premiers épisodes, Tokyo Tribe 2 mise avec succès sur une ambiance visuelle et sonore étonnante pour une série d’animation japonaise.

Autant le dire, les allergiques aux couleurs flashy risquent de ne pas aimer du tout. Les autres noteront en revanche à quel point celles-ci s’intègrent parfaitement aux décors détaillés et soignés qui caractérisent chaque plan. Ces teintes surprenantes, allant du mauve au vert fluo en passant par l’orange et le bleu vif, sont agencés selon un sens aiguisé de la composition de l’image, qualité que la mise en scène dynamique de Tatsuo Sato (Nadesico) rehausse à chaque instant.

La directrice de l’animation Cindy Hideko Yamauchi effectue un excellent travail sur les scènes d’action, précises, fluides et nerveuses, tout comme elle l’avait déjà fait sur la très belle série Gungrave il y a quelques années. On retiendra tout particulièrement le combat de Mera et Kai sur le toit de l’immeuble dans le deuxième épisode, ainsi que la démonstration aussi brève qu’impressionnante des talents de l’infâme Nkoi au poignard, dans le couloir d’un hôtel.

Car sans entrer dans la catégorie trash d’un Ichi the Killer: Episode 0, Tokyo Tribe 2 se défend bien lorsqu’il s’agit de faire couler le sang à flots, même si ce n’est pas ce que l’on en retiendra au final. La cruauté qui se dégage de cet univers et de ces personnages – à l’exception des Saru – a de quoi laisser parfois perplexe. Mera, dont on devine qu’il n’est pas si mauvais bougre que ça, commande tout de même à ses sbires d’enlever des filles dans la rue pour les prostituer ensuite, sans que cela ne lui pose le moindre problème de conscience.

Le monde de Tokyo Tribe 2, pour séduisant qu’il puisse paraître avec ses néons et sa musique hip hop entraînante (excellente bande son, tant du point de vue des chansons que de la musique), obéit à une logique mafieuse potentiellement rebutante. Reste à savoir si les personnages gagneront suffisamment en consistance par la suite pour que tout cela se justifie pleinement.

Si l’on adhère au parti pris visuel audacieux de Tokyo Tribe 2, il y a de fortes chances pour que l’on passe un bon moment, les aventures des Saru, des Wu-Ronz et de leurs rivaux ne souffrant d’aucune baisse de rythme tout au long de ces quatre épisodes chargés en action et en hémoglobine. Une série sympathique, dont on souhaite qu’elle prenne son envol dans les prochains épisodes.

Caroline Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 19 décembre 2007

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