Critique : ‘Un été avec Coo’, de Keiichi Hara

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Un été avec Coo, ou l’improbable choc des cultures entre une créature légendaire et facétieuse issue d’un lointain passé, et une famille japonaise ordinaire d’aujourd’hui… A la manière d’un Isao Takahata ou d’un Mamoru Hosoda, Keiichi Hara réussit la prouesse de réconcilier tous les publics avec une œuvre remplie de poésie, simple et profonde à la fois, toujours drôle, chaleureuse et émouvante. Voilà un réalisateur qui n’a pas volé son prix du meilleur film d’animation aux derniers Japan Academy Awards et qui devrait, si tout va bien, continuer à faire parler de lui à l’avenir. C’est le moins qu’on lui souhaite après un film aussi enchanteur.

En portant à l’écran les romans pour enfants de l’écrivain Masao Kogure, le réalisateur Keiichi Hara concrétise un rêve vieux de plus de vingt ans, et nous offre du même coup l’un des films d’animation les plus frais de ces dernières années. Un été avec Coo fait en effet partie de ces rares oeuvres capables de remuer le cœur de toutes les générations avec la même force et la même générosité. Une qualité inestimable qui tient au talent incontestable du cinéaste, vraie révélation dans le monde de l’animation en général, mais aussi à la nature paradoxale de cet étonnant long métrage dont l’immense simplicité n’occulte jamais la variété et la profondeur des thématiques explorées.

un_ete_avec_coo_12A travers la seule histoire de ce jeune kappa de l’Ere Edo recueilli par une famille ordinaire du XXIème siècle, Un été avec Coo fait constamment s’entrechoquer différents univers. Fantastique et quotidien bien sûr, mais aussi passé et présent, monde rural et civilisation urbaine, tradition et modernité, nature et culture, enfance et âge adulte, imaginaire et réel s’opposent sans forcément entrer en conflit, comme saisis à l’intérieur d’un mouvement perpétuel inévitable.

De même, le film reste ambigu quant à l’identité de son véritable héros et peut se lire tout autant comme la quête du jeune écolier Kôichi que comme celle de la créature mythique Coo, selon les sensibilités. Non pas que Keiichi Hara ne prenne pas parti, mais il a l’intelligence d’embrasser les choses dans leur totalité, qu’il s’agisse de concepts, de situations, de personnages, de sentiments.

Le meilleur exemple en est le personnage de Coo lui-même, tiraillé entre son affection pour sa famille d’adoption et son désir de retrouver ses racines. Quel que soit son choix – rester parmi les humains ou partir à la recherche des siens – , il trouvera certes le bonheur mais devra aussi endurer à coup sûr un sacrifice et la peine qui en découle.

Cette approche mature et subtile qui caractérise Un été avec Coo se montre d’autant plus pertinente qu’elle se laisse entrevoir derrière un exquis mélange d’humour et de tendresse, soutenu par un graphisme et une animation particulièrement expressifs. Il n’est qu’à voir la bouille irrésistible de Coo pour s’en convaincre, ou encore les mimiques ulcérées de la petite sœur capricieuse de Kôichi. Les étapes d’apprentissage improbables de Coo au sein de sa famille d’accueil sont toutes plus savoureuses les unes que les autres – mention aux leçons de sumo ainsi qu’à la première expérience alcoolisée de notre petit kappa ! –, rythmant de manière soutenue le parcours de tous les protagonistes, enfants comme parents.

un_ete_avec_coo_02Keiichi Hara ne se sert pas de Coo comme d’un Candide dont la raison d’être consisterait à pointer du doigt les turpitudes de notre monde, il en fait un être spontané et maladroit dont l’étrangeté (il ne ressemble pas tout à fait à un humain !) finit par s’effacer à mesure que se resserrent ses liens d’amitié avec Kôichi, pour ressurgir brusquement un peu plus tard lorsque les affaires se compliquent avec la révélation au monde de son existence. Soit un individu que sa différence oblige à repenser sans cesse sa place dans la communauté… à l’instar de bien des êtres humains.

Par-delà son charme immédiat et la solidité de son contenu, Un été avec Coo se distingue encore par une mise en valeur exceptionnelle des paysages japonais : les paysages urbains tout d’abord, que le réalisateur nous révèle avec un sens de la poésie inné au gré de scènes a priori anodines (la danse du kappa sous la pluie, dans une rue nimbée d’une faible lumière), puis les paysages ruraux splendides qui accompagnent l’excursion de Kôichi et de Coo autour de la ville de Tôno à la recherche d’autres kappa. C’est bien simple, après avoir vu le film, on n’a plus qu’une envie : prendre un avion pour se rendre illico au Japon. Une preuve de plus de l’étonnant pouvoir de séduction de ce film d’animation extrêmement attachant.

Caroline Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 11 septembre 2009

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