Critique : ‘Venus Wars’, de Yoshikazu Yasuhiko

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Disponible en France en VHS depuis le début des années 90 dans la collection Manga Vidéo, Venus Wars s’est taillé rapidement une petite réputation parmi les fans d’animation japonaise, à une époque où découvrir ce type de film d’animation SF haut de gamme pouvait encore être considéré comme un luxe. Aujourd’hui, il est enfin possible de redécouvrir le film de Yoshikazu Yasuhiko en version originale sous-titrée sur support DVD, pour notre plus grand bonheur. Et c’est avec non moins de joie que l’on s’émerveille de constater que Venus Wars, pourtant réalisé il y a près de vingt ans, supporte étonnamment bien le poids des années et continue de briller parmi les classiques du genre.

venus_wars_02Depuis qu’une collision avec la comète géante P-12 a inondé la planète Vénus de mers acides en 2003, les Terriens ont entrepris de coloniser cette dernière. En 2089, soit l’An 72 du calendrier vénusien, la planète est la proie d’une bataille entre les armées des deux principaux continents, Ishtar et Aphrodia. Les colons d’Ishtar, premiers arrivés, ont en effet décidé de réunifier Vénus sous leur bannière. C’est dans ce contexte chaotique que débarque la journaliste terrienne Susan Sommers, envoyée spéciale de la Presse indépendante. Son chemin ne tarde pas à croiser celui de Hiro et sa bande de monobikers, les Commando Tueurs, qui sont contraints de délaisser les courses médiatisées afin de se défendre contre l’ennemi ishtarien venu assiéger la ville d’Io, capitale d’Aphrodia…

Célèbre pour son travail en tant que réalisateur et character designer sur la toute première série Mobile Suit Gundam en 1979 (ainsi que sur plusieurs des films qui suivirent dans les années 80), Yoshikazu Yasuhiko assure là encore la réalisation et le character design du film Venus Wars, qu’il adapte en 1989 d’après son propre manga.

Coïncidence ou non, on retrouve certains des thèmes chers à la saga Gundam de Yoshiyuki Tomino dans ce long métrage de science-fiction très chargé en action. Le contexte guerrier, bien sûr, puisque la planète Venus est ici en proie à un inextricable chaos dû à la rivalité de deux provinces armées jusqu’aux dents.

Mais ce contexte pourrait apparaître banal si une fois de plus, plusieurs adolescents innocents ne se retrouvaient contraints de s’engager dans le conflit, insidieusement manipulés par des adultes sans scrupule qui se mouillent nettement moins en comparaison – en particulier le général d’Ishtar, confortablement installé dans son bureau pendant que ses troupes vont à la mort.

Certes, Venus Wars est loin de se révéler aussi tragique que Mobile Suit Gundam, même si l’on pourra déplorer une perte douloureuse dans les rangs de nos jeunes soldats intrépides. Mais on ne s’étonnera pas de voir qu’à l’instar des héros de la saga Gundam, le chien fou surdoué Hiro finit par se faire recruter bien malgré lui au sein de l’unité d’élite de l’armée d’Aphrodia afin de pallier le marasme causé par le siège des forces d’Ishtar. Sa colère sourde reste palpable et l’essentiel est que le message fasse son chemin, si discret fut-il.

venus_wars_05Mais ne nous leurrons pas, Venus Wars est avant tout un formidable film d’action, soutenu par une réalisation créative et extrêmement dynamique à chaque instant. Les habituels plans fixes si répandus dans l’animation japonaise n’ont ici plus court : il s’agit là d’un long métrage réalisé pour le cinéma, et les scènes de bataille comme les scènes de dialogues ne souffrent d’aucune facilité du point de vue de l’animation, irréprochable. Le mérite en revient à Yoshizaku Yasuhiko bien sûr, mais aussi à Sachiko Kamimura, la célèbre character designer de City Hunter, qui assure en l’occurrence la direction de l’animation.

Parmi les scènes les plus marquantes de Venus Wars, on compte bien entendu les scènes de bataille parfaitement réglées, mais aussi et surtout les multiples courses poursuites en monobike, sport favori de Hiro et ses amis. Parmi ces séquences impressionnantes, entièrement réalisées en 2D, émerge celle où Hiro, surpris dans la rue par les soldats d’Aphrodia alors que le couvre feu est entré en vigueur, se voit acculé à fuir par tous les moyens possibles. La précision et l’originalité des angles de caméra alliée à la minutie des somptueux décors conçus par Shichiro Kobayashi (Golgo 13: The Professional, Space Adventure Cobra, Berserk) font de ces moments de purs trésors d’animation.

Divertissement de haute volée, Venus Wars captive du début à la fin, ne serait-ce que par la beauté et l’énergie qui se dégagent de ses images. Un must.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 23 juillet 2007

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