‘Initial D: Fourth Stage’, de Tsuneo Tominaga – Episodes 1 à 12

0

Initial D: Fourth Stage aura mis le temps à voir le jour – six ans exactement après le début de la diffusion de la saga à l’écran – mais le moins que l’on puisse dire est que l’attente en valait la peine. Remaniée techniquement et graphiquement, la série acquiert un nouveau souffle sans se départir du style visuel et de l’ambiance musicale qui ont fait son succès. Plus que jamais orienté action, Initial D: Fourth Stage enchaîne les drift battles haletants au rythme des pulsations de morceaux d’Eurobeat survoltés et plus accrocheurs encore que sur les autres saisons. C’est enivré d’une sensation de liberté extrême que l’on émerge doucement de ces douze premiers épisodes. Est-il besoin de préciser que tout cela promet pour la suite?…

Dix ans ! Cela fait déjà dix ans que la franchise animée Initial D trace imperturbablement son succès à travers le monde, s’enrichissant régulièrement d’un nouveau chapitre plus ou moins conséquent. Publiées pour la première fois en 1995 dans Young Magazine, l’hebdomadaire seinen qui accueillit jadis en ses pages les cultissimes Akira et Ghost in the Shell, les aventures de Takumi Fujiwara ne sont pas encore parvenues à leur terme à l’heure qu’il est. Shûichi Shigeno aurait d’ailleurs tort de hâter les choses dans un contexte aussi favorable, d’autant que depuis le début, il se trouve être plus chanceux qu’un certain nombre de ses confrères en ce qui concerne les modalités d’adaptation de son œuvre.

Si Initial D, l’anime, ne compte pas un nombre très impressionnant d’épisodes eu égard à sa durée d’existence, aucune saison n’a à déplorer le moindre « filler », ces fameux épisodes de
remplissage qui finissent presque inévitablement par miner les longues séries, fussent-elles de qualité au départ. A l’exception d’Initial D: First Stage (1998, 26 épisodes) et Initial D: Second Stage (1999, 13 épisodes) qui se suivent d’assez près du fait d’une première adaptation tardive, les saisons suivantes se contentent de venir à point à qui sait attendre. Le public japonais patiente par conséquent jusqu’en 2001, année de la sortie en salles du long métrage Initial D: Third Stage, pour voir se clôturer en beauté la première partie de la saga.

initiald_4_06Entre temps, les fans hard core ont pu se mettre sous la dent un petit bonus sous forme d’OAV: Initial D: Extra Stage, dédié au populaire team féminin Impact Blue formé par Mako et Sayuki (voir Initial D: First Stage). Le délai s’annonçant relativement long avant que la suite de l’adaptation du manga voie le jour, le studio anticipe la déception du public en compilant dès 2002 les battles des premières saisons dans un autre OAV de 50 minutes intitulé Initial D: Battle Stage, à l’intérieur duquel les connaisseurs découvrent quelques plans inédits.

En avril 2004, enfin, débarque sur la chaîne câblée SkyPerfectTV le premier épisode de la quatrième saison tant attendue, Initial D: Fourth Stage, considérée par beaucoup comme l’opus le plus réussi de la saga à l’issue de sa diffusion étalée sur une longue période de deux ans. Et au vu de la qualité des douze premiers épisodes qui nous parviennent aujourd’hui, il semble que la rumeur dise vrai…

initiald_4_01Initial D: Fourth Stage, c’est en quelque sorte le changement dans la continuité – ou la continuité dans le changement, selon les points de vue. Les studios Gallop et Pastel – ce dernier étant jusqu’alors responsable de l’intégration 3D des voitures – cèdent la place à Frontline, qui s’offre au passage la participation de GAINAX aux intervalles. La réalisation est confiée à Tsuneo Tominaga, vétéran de l’animation à qui l’on doit aussi Wangan Midnight, une autre série de voitures plus récente dans laquelle on retrouve la plupart des talents d’Initial D – y compris Shinichiro Miki, la voix de Takumi.

Autant le dire tout de suite, le résultat de ce petit remaniement de staff se fait immédiatement sentir dès les premiers plans du superbe générique d’ouverture de cette quatrième saison. Le mix 2D/3D maladroit qui faisait tout le charme d’Initial D: First Stage témoigne désormais d’un passé révolu. Même si le film Initial D: Third Stage représentait déjà une avancée significative en matière de CG de la part du studio Pastel, l’heure est aujourd’hui à la perfection technique, à un rendu fluide et harmonieux immédiatement agréable à l’œil, qui sublime les indispensables scènes de drift.

initiald_4_07Côté personnages, on note aussi une amélioration mais elle est moins frappante, le graphisme épouvantable de la première saison ayant déjà subi de sérieuses révisions dès Initial D: Second Stage. La quatrième saison permet tout de même à Takumi et Ryôsuke de pouvoir prétendre au statut de bishônen, toutes proportions gardées bien entendu puisque le character design se doit de respecter quoiqu’il en soit le trait « particulier » de Shigeno. Modernisée visuellement, la série se montre aussi plus efficace dans son rythme et dans son propos.

La particularité des trois premières saisons consistait en un équilibre intéressant entre affrontements sportifs déchaînés et ambiance quotidienne axée tranches de vie. La série reposant sur un certain réalisme, la psychologie du personnage principal était traitée sur la durée, se révélant plus sensible et subtile que prévu à partir de Second Stage notamment. Tout en restant fidèle à l’ambiance visuelle et musicale caractéristique de la saga, Initial D: Fourth Stage prend pour acquis que les spectateurs ont compris comment et pourquoi cet individu apathique qu’était Takumi a évolué, lentement mais sûrement, en se découvrant un talent et une passion pour la conduite ainsi qu’une motivation dans la vie. Son parcours ne s’arrête certes pas là, mais on entre dans une nouvelle phase et il est cette fois uniquement question d’action, d’action et encore d’action.

initiald_4_02Comme le laissait présager Third Stage, la grande nouveauté réside dans le fait que Takumi ne fait désormais plus cavalier seul. Il a rejoint le « Project D », une équipe montée et dirigée par Ryôsuke Takahashi, et dont l’activité consiste à écumer le département de Gunma dans le but d’arracher des victoires à tous les autres teams. Pour ce faire, Ryôsuke s’arrange pour provoquer ouvertement la concurrence en publiant régulièrement le glorieux palmarès du Project D sur une homepage dédiée. Si Takumi s’impose bien entendu comme l’as de l’équipe en descente au volant de son éternelle Toyota AE86 Sprinter Trueno, l’ironie est qu’il doit désormais faire équipe avec son tout premier adversaire, Keisuke Takahashi, promu as de la montée par son frère aîné.

Contraint d’affronter à présent des adversaires issus des milieux pro ou semi-pro, le redoutable trio est assisté de l’aide de deux mécaniciens – un par voiture – qui ne sont autres que des membres de l’ancien team des frères Takahashi, les Red Suns. Voilà en quelques mots le pitch d’Initial D: Fourth Stage : plus simple, plus direct encore que les trois premières saisons. Et jubilatoire au-delà des espoirs les plus fous.

initiald_4_04L’intégration de cet éternel solitaire qu’est Takumi au sein d’un team pourrait faire craindre le pire, par exemple de voir sombrer Initial D dans les travers bien connus de l’anime de sport typé shônen. Mais nous ne sommes pas dans un shônen, et la valorisation de l’esprit d’équipe, de l’amitié virile, du sacrifice de soi ne sont pas prêts d’être à l’ordre du jour. Qu’il s’agisse de Takumi, de Ryôsuke, de Keisuke et de tous leurs adversaires, chacun agit pour son intérêt personnel en toute circonstance ou presque, et ce même si des liens se créent inévitablement ici et là. Ryôsuke, qui est le cerveau du groupe (et de la série, à égalité avec Bunta Fujiwara), a réellement à cœur de permettre à son frère et à Takumi de progresser lorsqu’il leur prodigue ses judicieux conseils, mais il reste aussi motivé par son désir de prouver la supériorité de ses théories.

Pour autant, la série ne dégage pas la moindre froideur, au contraire. Les sentiments des protagonistes y sont seulement traités sans aucune emphase, comme cela a toujours été le cas depuis le début d’Initial D. L’accent est mis sur la stratégie et sur la technique – toujours par l’intermédiaire de Ryôsuke – et bien évidemment sur le plaisir, celui de foncer à toute berzingue le long des cols sinueux en pleine nuit au cœur des montagnes silencieuses. C’est d’ailleurs cette dernière sensation qui prime plus que tout à la vision d’Initial D: Fourth Stage, comme exacerbée par ce degré d’épure inédit.

initiald_4_11C’est bien simple, il n’est question que de voitures dans cette quatrième saison, et il ne se passe pas trois minutes sans que l’on entende un moteur vrombir quelque part. Le montage est ainsi fait que l’on se retrouve immergé en permanence à l’intérieur de la monomanie des personnages. C’est au point que l’on croirait presque avoir basculé dans un univers parallèle. Les sessions de tests des voitures succèdent aux battles et vice versa, les ellipses annoncent des rappels de moments précis des différents duels, extraits qui viennent plus tard à leur tour rythmer une conversation… Même l’amour ne peut naître que grâce à une voiture et ne s’exprimer de manière vibrante qu’à bord d’une voiture. Une étrangeté qui donne lieu à l’un des moments les plus planants de toute la série, à savoir la course poursuite entre Keisuke et l’as de la montée d’une équipe adverse, une certaine Kyôko Iwase. Qui eût cru Initial D capable d’un tel romantisme ?

initiald_4_12Outre le fait que la mise en scène des courses est exceptionnelle – elle l’a toujours été, même sur la première saison fauchée – , les frissons procurés par ces ballets mécaniques uniques en leur genre doivent aussi énormément à la virtuosité du montage sonore. Les musiques de fond, beaucoup plus ambiance que sur les saisons précédentes, alternent avec des morceaux d’Eurobeat ultra punchy qui se révèlent eux aussi être de bien meilleur goût qu’auparavant. En résultent des scènes d’action absolument trippantes ponctuées de coups d’accélération monumentaux, durant lesquelles on se surprend à rester littéralement hypnotisé, les yeux rivés sur l’arrière d’une voiture filmé en caméra subjective.

Et en matière de musique, il y a bien sûr l’incontournable groupe m.o.v.e, qui livre ici ses meilleurs morceaux depuis First Stage en optant pour un son nettement plus lourd et agressif, d’une richesse étonnante. Le premier opening, Dogfight, est un régal pour les oreilles comme pour les yeux jusqu’à l’épisode 10. Mais c’est le second opening, Noizy Tribe, qui déchire tout avec son mélange improbable de rock, de trance et de rap, tandis que le second ending, Nobody Reason, déborde d’une belle mélancolie.

On prend dès à présent son mal en patience, la sortie des douze derniers épisodes d’Initial D: Fourth Stage étant prévue pour janvier prochain.

Caroline Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 4 novembre 2008

initiald_4_10initiald_4_05initiald_4_13

 

Share.

Comments are closed.