‘InuYasha’ en DVD : retour sur un incontournable de l’animation japonaise

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Issue de l’imagination fertile de la légendaire Rumiko Takahashi, InuYasha est une formidable série d’aventures dans la lignée des plus grandes sagas de l’animation japonaise des années 80-90. Intégrant tous les genres avec le même brio, de l’action à la comédie en passant par la romance et le fantastique, elle fait partie de ces rares œuvres estampillées « shônen » ayant démontré leur capacité à séduire naturellement un public mixte. Une qualité qui s’explique aussi et surtout par un univers et un ton uniques, et par l’incroyable pouvoir de séduction de son personnage principal, l’incontournable InuYasha. Il aura fallu attendre l’année 2008 pour que la série connaisse enfin une sortie française, à travers un coffret DVD regroupant les treize premiers épisodes. Il était temps !

Alors qu’elle va fêter ses quinze ans, Kagome Higurashi, une jeune lycéenne, se fait enlever par un monstre surgi du puits qui se trouve à l’intérieur du temple de son grand-père. Elle se retrouve alors projetée dans le Japon féodal où règnent le chaos et la violence, mais aussi la magie et les monstres. C’est là que Kagome va faire la rencontre de Inuyasha, une créature mi-homme, mi-démon au sombre passé. Ensemble, ils vont partir à la recherche des fragments de la perle des quatre âmes dispersés dans toute la région, qui posséderaient la faculté de rendre presque invincibles les démons qui s’en empareront. Mais Inuyasha est-il un compagnon fiable ?

Sérialisé pour la première fois en 1996 dans le magazine Weekly Shônen Sunday, InuYasha, toujours en cours de parution, est le titre le plus populaire issu de l’imagination de Rumiko Takahashi. Suite à la faillite du studio Kitty Animation, jusqu’alors responsable des adaptations animées de ses œuvres, l’auteure se tourne à la fin des années 90 vers le studio Sunrise (la saga Gundam, Cowboy Bebop) lorsqu’il s’agit de porter son manga sur le petit écran.

La série animée InuYasha est réalisée par Masashi Ikeda (Gundam Wing) jusqu’à l’épisode 44, puis par Yasunao Aoki (Yakitate!! Japan), tandis que sa diffusion, assurée par Animax, Nippon TV et Yomiuri TV à partir d’octobre 2000, rencontre aussitôt un immense succès. Une notoriété instantanée qui explique l’empressement rare de vedettes de la chanson telles que Hitomi, BoA ou encore la superstar Ayumi Hamasaki à assurer ses génériques de début et de fin. La série est finalement interrompue en septembre 2004 à l’issue de sept saisons et 167 épisodes, auxquels il faut ajouter quatre long métrages sortis entre 2001 et 2004. L’engouement s’étend rapidement à travers le monde, et notamment aux États-Unis, où InuYasha fait le bonheur des spectateurs de la chaîne Adult Swim entre 2002 et 2006.

Le cas français fait cependant mystérieusement figure d’exception. A l’inverse de séries cultes telles que Maison Ikkoku (Juliette, je t’aime) et Ranma ½, InuYasha est resté injustement ignoré par nos diffuseurs jusqu’à présent, au point qu’il aura fallu attendre l’année 2008 pour qu’un doublage français soit mis en chantier. La série transpose pourtant fidèlement le manga édité par Kana depuis 2002, manga qui représente rien moins que le fin du fin du travail de la géniale mangaka, son œuvre la plus passionnante et la plus riche à ce jour.

On le sait, Rumiko Takahashi est surnommée la « Princesse du Manga » en raison d’un succès colossal jamais démenti depuis ses débuts – plus de 100 millions d’exemplaires de ses mangas vendus au Japon! – qui a fait d’elle l’une des personnalités artistiques japonaises les plus influentes et accessoirement l’une des plus grandes fortunes de son pays. Un style graphique unique, un humour ravageur, un regard à la fois tendre et acerbe sur ses semblables et des talents de conteuse hors pair, elle possède tout cela et bien plus encore. Des titres tels que Lamu, Maison Ikkoku, Ranma ½, ont forgé la culture d’un nombre incalculable de jeunes mangaphiles dans les années 1980-90 et continuent depuis d’occuper une place bien particulière dans leur cœur.

Pourtant, quand la prolifique mangaka décide de s’atteler à InuYasha, elle a conscience de s’aventurer vers une nouvelle direction voire en terrain inconnu. Alors qu’elle excelle mieux que quiconque dans le genre « tranches de vie » – ce qui, dans le cas de Ranma ½, conduit à une succession d’épisodes tous plus déjantés et désopilants les uns que les autres – , elle éprouve cette fois l’envie de raconter une longue histoire, plantée dans un décor et un contexte mûrement réfléchis. Si elle n’oublie jamais de saupoudrer InuYasha de ces touches d’humour dont elle a le secret, le constat qui s’impose est celui d’une œuvre sombre, bien plus torturée que les précédentes. On pense bien sûr à Mermaid Forest, pour la combinaison du folklore local et des mythologies universelles utilisée à des fins horrifiques.

Mais Takahashi va encore plus loin en faisant d’InuYasha un détonnant cocktail réunissant à peu près tout ce que l’on peut rêver de trouver dans une série : aventure, action, romance, ésotérisme, horreur, humour, merveilleux, drame… La liste est longue et malgré cela, pas un seul instant le manga ne semble répondre à la moindre formule, si c’est n’est celle, forcément magique, du génie de son auteure.

L’histoire d’InuYasha nous entraîne dans un conte fantastique aux côtés de Kagome Higurashi, quinze ans, qui vit avec sa mère, son petit frère Sôta et son grand-père dans le temple familial. La vie de cette collégienne ordinaire bascule le jour où un monstre surgit brusquement du puits situé au fond de son jardin pour l’enlever et l’emmener… dans le Japon féodal. Là, elle découvre avec stupéfaction une étrange créature empalée sur un arbre, le cœur percé d’une flèche. Il s’agit d’InuYasha, un Hanyo (demi-démon) craint par les villageois comme le plus redoutable des monstres, et qu’un sort puissant a scellé dans cette forêt cinquante ans auparavant. N’écoutant que son instinct et ignorant les prières de la chef du village Kaede, Kagome va prendre le risque de libérer la créature, en espérant qu’elle les sauvera du démon qui revient à la charge.

Mais elle déchante assez rapidement en s’apercevant qu’InuYasha n’est intéressé, tout comme ce dernier, que par la fameuse Shikon no Tama (perle des quatre âmes en VF) qu’elle gardait cachée dans son corps à son insu, et qui procure le pouvoir absolu à qui la possède. Elle va pourtant devoir se résoudre à faire équipe avec ce mauvais garçon pour retrouver les fragments de la perle, qui a été pulvérisée en mille morceaux à la suite d’un malencontreux accident. Car il se pourrait bien que l’innocente Kagome soit en réalité la réincarnation de Kikyo, la miko (prêtresse) gardienne de la perle, qui jeta un sort à InuYasha des années auparavant. Quant à InuYasha, Kagome commence au fil du temps à le soupçonner de n’être peut-être pas aussi mauvais qu’il veut le faire croire, en fin de compte…

On pourra reprocher à la série InuYasha d’édulcorer quelque peu certains chapitres du manga. Le phénomène est flagrant à propos de l’épisode 11 de ce premier coffret, Le Masque de maudit ressuscité dans le présent, transposition un peu fade du chapitre 5 du volume 3, Le Masque de Chair, dont le programme résolument gore incluait décapitations atroces et autres visions organiques dérangeantes. Il faudra heureusement attendre longtemps pour retrouver ce type de désagrément, soit le diptyque des épisodes 57-58 correspondant au volume 9, déplacé de trente bons épisodes par rapport à la chronologie du manga en raison d’une mention explicite de cannibalisme… mention dont on ne verra finalement pas la couleur à l’écran. Mais ce ne sont là que les inévitables concessions induites par une diffusion télévisée, concessions dont InuYasha ne pâtit finalement que ponctuellement.

Sans totalement égaler le matériau d’origine, la série se montre très largement à la hauteur des attentes, transposant à merveille son univers foisonnant, sa fantaisie, son énergie comme sa profonde mélancolie.

L’animation, très fluide, est soutenue par la réalisation dynamique de Masashi Ikeda, une qualité appréciable dans les scènes d’action notamment, qui brillent par leur formidable punch. Sensation encore renforcée par la composition réussie de Kaoru Wada, qui capture avec autant de bonheur ces fréquents éclats que la palette variée des émotions des protagonistes. Le character design de Yoshihito Nishinuma, très proche du trait de Takahashi, a toutefois ceci de particulier qu’il nécessite de faire connaissance avec les personnages pour en apprécier tout le charme. Un défaut à première vue, qui s’évanouit presque aussitôt tant les personnages, justement, se montrent rapidement extraordinairement attachants.

On s’en doute à l’issue de ces treize premiers épisodes, la route de Kagome et d’InuYasha promet d’être longue et peuplée d’embûches dans le Japon de l’ère Sengoku, pays des merveilles grouillant de démons assoiffés de sang dont les pouvoirs sont décuplés par les fragments de la perle. Empruntant intelligemment aux croyances folkloriques japonaises, InuYasha invente sa mythologie propre, caractérisée par un impressionnant bestiaire fantastique avec ses différentes classes de démons, et par une place prépondérante accordée à la notion d’âme, envisagée de manière complexe et inédite par Rumiko Takahashi – à travers le personnage de Kikyo notamment, que l’on découvrira un peu plus tard.

Le périple de nos deux héros est l’occasion de nombreuses rencontres, bonnes ou moins bonnes, riche panel dont ce premier coffret laisse déjà entrevoir quelques intrigants spécimens. Parmi les personnages amenés à devenir récurrents, outre la vieille Kaede, sœur cadette de la défunte Kikyo, nos amis croisent le chemin de Shippô, un jeune démon-renard facétieux et maladroit, ainsi que de Myoga, une vieille puce qui semble avoir un grand respect pour InuYasha tout en ne manquant jamais de se faire la malle dès qu’un danger se profile à l’horizon.

Mais l’un des moments forts de ces premiers épisodes concerne bien entendu l’entrée en scène du personnage énigmatique de Sesshômaru, à l’épisode 5. Cet élégant démon au regard glacial se déplace perpétuellement flanqué de son fidèle serviteur Jaken, sorte d’hideuse petite créature à face de crapaud qui ne recule devant aucun coup bas. Plus important, Sesshômaru n’est autre que le frère aîné d’InuYasha, ou plutôt le demi-frère puisque, comme il aime gentiment à le répéter, ils ne sont pas nés de la même mère. Rejeté par les humains à cause de son apparence, le Hanyo InuYasha s’avère être tout aussi violemment honni par les « vrais » démons, à commencer par son propre frère qui le traite rien moins que de « bâtard au sang impur ».

C’est à partir de cette confrontation fraternelle dont émane une cruauté surprenante – InuYasha répliquera à la hauteur de la torture psychologique que lui a concoctée Sesshômaru – que commencent subtilement à se dessiner les enjeux d’InuYasha. Amour, haine, trahison, jalousie, vengeance, désir de mort, de meurtre, les sentiments qui jaillissent de cette épopée faussement légère sont teintés d’une violence tantôt sourde, tantôt explosive. Une palette d’émotions extrêmes que l’humour salvateur de Rumiko Takahashi, relayé par le réalisateur Masashi Ikeda, vient tempérer au bon moment sans en atténuer la force, au contraire.

La tonalité multi-dimensionnelle de la série pourrait, en soi, être synthétisée à travers le personnage tout en démesure qui lui prête son nom : InuYasha (« Inu » signifiant « chien » et « Yasha », « esprit de la forêt » ou « démon »). InuYasha, que l’on découvre pour la première fois sous les atours d’une créature incontrôlable et dangereuse au moment où Kikyo lui porte le coup fatal, mais devant lequel, cinquante ans plus tard, Kagome s’attendrit au premier regard, au point de ne pouvoir résister à toucher les charmantes oreilles de celui qu’elle perçoit spontanément comme un garçon de son âge. InuYasha, qui ne recherche la perle de Shikon que dans le but de devenir un « vrai démon » à l’image de son frère, alors même que ce dernier lui voue un mépris vertigineux.

Personnage fictif plus vrai que nature, InuYasha est un animal sauvage dont les multiples contradictions ne se dévoileront que parcimonieusement au fil des épisodes, au contact de l’humaine qui saura l’apprivoiser. Le terme n’a rien de fortuit, puisque c’est avec l’aide d’un collier magique que Kagome parvient enfin à prendre un ascendant sur la bête déchaînée : l’analogie avec le collier de chien est évidente, et renforcée aussitôt de manière hilarante lorsque, pressée par Kaede, Kagome invente en catastrophe une « formule de subjugation » destinée à empêcher InuYasha de s’emparer de la perle : c’est le fameux « Osuwari! » (« Couché! »), ressort comique inépuisable qui en dit long sur l’humour décalé d’InuYasha comme sur la relation mouvementée qu’entretiennent les deux protagonistes principaux. Une relation faite de méfiance réciproque, d’élans d’affection grandissants et de chamailleries en tout genre qui ne sont d’ailleurs pas sans rappeler les disputes épiques de Ranma et Akane dans Ranma ½.

Egoïste, bagarreur, colérique, gueulard, arrogant, rancunier et souvent puéril, InuYasha n’est pas a priori le compagnon le plus recommandable. Cependant, ses nombreux défauts s’avéreront au fil du temps être à la mesure de ses immenses qualités, dont on est encore loin de connaître toutes les facettes à l’issue de ces premiers épisodes.

Rumiko Takahashi aime passionnément son personnage, un constat d’autant plus indéniable lorsque l’on sait qu’elle n’a exprimé qu’une unique requête à l’époque de la production de la série : qu’InuYasha soit joué par Kappei Yamaguchi. S’il est un privilège dont bien peu d’artistes peuvent seulement rêver jouir un jour, c’est bien celui de voir attribué à leur personnage l’interprète qu’il lui ont imaginé en le dessinant. Irrésistible sous la plume de la mangaka, InuYasha prend vie de manière miraculeuse grâce au talent exceptionnel de Yamaguchi, qui fait de lui ni plus ni moins que l’une des icônes les plus adorables de la japanimation. Il ne « double » pas InuYasha, il l’incarne. Une prestation brillante, plus intense, drôle et émouvante à mesure que les épisodes s’enchaînent, et qui valait logiquement à ce familier de l’univers de Takahashi (il débutait plus ou moins avec le rôle de Ranma Saotome à la fin des années 80) un prix d’interprétation au Tokyo Anime Fair 2003.

Quant à Kagome, elle a la chance d’être jouée par Satsuki Yukino, excellente seiyuu dont l’humour fait ici des étincelles, tout comme dans la vivifiante série Full Metal Panic! des studios Gonzo. Elle capte avec finesse la personnalité lunaire, candide et malicieuse de son personnage, qui à l’instar d’InuYasha et de Sesshômaru, n’est pas prêt d’avoir dévoilé toutes ses cartes à la fin de ce premier coffret. Suite aux prochains épisodes…

Caroline Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 20 mai 2008 à l’occasion de la sortie du Box DVD 1 d’InuYasha chez Kazé

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