Critique: ‘Maetel Legend’, de Kazuyoshi Yokota (OAV)

0

Prequel à la saga Galaxy Express 999 qui comprend, outre une série télévisée de 113 épisodes, trois longs-métrages de qualité parmi lesquels le légendaire film éponyme réalisé en 1979 par Rin Tarô demeure le plus connu, Maetel Legend relate l’enchaînement d’événements tragiques qui a conduit les deux sœurs Maetel et Emeraldas, à s’opposer aux décisions de leur mère, la reine Andromeda Prometheus – aussi surnommée « reine de mille ans » – avant de fuir leur planète natale dans la précipitation. La reine de Lametalle s’était déjà vue consacrer un film en 1982, sobrement intitulé Princesse Millenium.

Près de vingt ans plus tard, cette étape clé de la gigantesque saga créée par Leiji Matsumoto se trouve revisitée sous forme de deux OAV réalisés en 2000. Si le design des personnages reste extrêmement fidèle à l’œuvre de Matsumoto, force est de constater que Maetel Legend ne brille pas globalement par ses qualités visuelles. Si la volonté du réalisateur Kazuyoshi Yokota – qui a aussi élaboré le storyboard – était de nous propulser dans une ambiance de série animée des années 1970-80, on peut dire qu’il y est parvenu. Malheureusement, le charme d’une série comme Albator (78 ou 84) manque ici cruellement à l’appel.

Planète jumelle de la Terre, Lametalle se rapproche tous les mille ans de cette dernière afin d’envoyer l’un de ses habitants guider la destinée des Terriens. Mais un beau jour, elle outrepasse son rôle et tente d’envahir la Planète Bleue. La reine de Lametalle, Queen Millenium, s’y oppose immédiatement, provoquant l’expulsion de la planète de son orbite. Privée de son soleil noir, Râ, Lametalle se retrouve plongée dans le froid et l’obscurité. La reine n’a d’autre solution que d’accepter la proposition de son bras droit, Hardgear, consistant à mécaniser tous ses sujets afin de leur permettre de survivre dans un environnement désormais hostile. Mais les deux filles de Millenium, Maetel et Emeraldas, refusent de subir cette transformation irréversible…

Les décors de Maetel Legend sont quasiment inexistants et l’on peine plus d’une fois à situer les protagonistes les uns par rapport aux autres sur cette mystérieuse planète. En dehors de la reine Millenium et de ses deux filles, aucun personnage ne se détache réellement, à part peut-être le méchant de l’histoire, Hardgear. Entièrement métallisé, ce grand amateur de vin rouge (il n’apparaît jamais sans un verre à la main) souffre toutefois d’un design aussi obsolète que ridicule. Un défaut que ne pallient guère des dialogues simplistes ponctués de salves intempestives de fou rire dans la plus pure tradition du gros méchant de dessin-animé des années 80.

maetel_legend_02Esthétiquement parlant, les couleurs n’ont manifestement bénéficié d’aucun soin particulier et semblent uniquement destinées à assurer leur fonction de remplissage. Quant à la réalisation, elle est d’une platitude à faire peur et échoue à relever le niveau déjà faiblard de l’animation. Maetel Legend trouve donc son intérêt ailleurs, notamment dans les thèmes (succinctement) explorés et dans la relation assez émouvante qui unit la mère à ses filles rebelles.

Le ressort principal de ces deux OAV réside dans le drame de cette « mécanisation » de la population, ordonnée qui plus est par une reine persuadée d’œuvrer pour le bien de son peuple. Par nécessité, les habitants de Lametalle vont ainsi perdre leur humanité et leur individualité pour se muer en pantins immortels assujettis aux ordres d’un despote.

La saga Captain Herlock (Albator) de Leiji Matsumoto regorge de ce genre de créatures sans âme identiques les unes aux autres : les silvydres d’Albator 78 bien sûr, mais aussi les humanoïdes d’Albator 84. Même au sein d’une œuvre aussi fantaisiste que le superbe Interstella 5555 réalisé pour le groupe français Daft Punk, on retrouve ces mêmes inquiétudes au sujet d’une humanité dégénérée, réduite à l’état de masse indistincte et manipulable. La mécanisation féroce initiée dans Maetel Legend se poursuivra d’ailleurs avec force dans Galaxy Express 999 qui insiste davantage sur la dimension sociale du propos.

L’autre élément positif de ces deux OAV, c’est l’affection qui lie la reine à ses deux filles. La reine a accepté de subir la mécanisation mais ne tarde pas à regretter sa décision, tout en basculant chaque jour davantage sous l’emprise psychologique de Hardgear tandis que son corps se transforme irrémédiablement. Tant la fière et déterminée Emeraldas que la douce et gentille Maetel vont refuser d’obéir à leur mère et tenter jusqu’au dernier moment de la sauver.

En dépit de la réalisation paresseuse et naïve de Kazuyoshi Yokota, quelque chose de fort passe entre ces trois personnages. Sans doute doit-on cela à la richesse du matériau d’origine créé par Leiji Matsumoto.

Maetel Legend présente de nombreux défauts mais vaut la peine d’être vu par les fans de la saga, ne serait-ce que pour le frisson que procure l’entrée en scène du fameux Galaxy Express 999, promesse d’un avenir meilleur et cristallisation de bien des souvenirs.

Caroline Leroy

Publié sur DVDRama le 29 novembre 2005

> Lire la critique de Space Symphony Maetel de Shinichi Masaki

maetel_legend_01

Share.