‘1, 2, 3!’ de Seungri : le clip video est un défi de mise en scène !

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Le 20 juillet dernier, Seungri faisait son comeback en grande pompe avec 1, 2, 3!, un titre rétro, dynamique et rock’n roll qui était aussi le premier extrait de son nouvel album solo, modestement intitulé The Great Seungri. Actuellement, les yeux de tous sont rivés sur Where R U From en raison de son MV politico-satirique. Pourtant, c’est bel et bien sur 1, 2, 3! que je souhaite revenir aujourd’hui, et plus particulièrement sur son clip vidéo.

Si vous n’avez regardé qu’une seule fois le MV de 1, 2, 3!, je vous invite à y jeter un second coup d’œil avec ce postulat en tête : ce MV est un défi de mise en scène !

Trois minutes et trente-trois secondes de plan-séquence ! C’est ce que nous offrent généreusement le maknae de BIGBANG, YG Entertainment, et le studio de design Dextor Lab avec le MV de 1, 2, 3!. Une prouesse technique extrêmement difficile à mettre au point.

Qu’est-ce qu’un plan séquence ?

Pour ceux qui ne seraient pas familiers de la notion de plan-séquence, elle désigne un long plan sans coupure incluant l’intégralité d’une scène. Celle-ci peut se dérouler en plusieurs lieux, du moment que ces derniers sont reliés par une prise de vue unique. Dans une scène dialoguée, l’emploi du plan-séquence signifie l’absence de champ-contrechamp, c’est-à-dire d’alternance entre les plans sur les visages des acteurs, à moins que la caméra ne se tourne comme un témoin présent dans la scène tournerait la tête.

L’objectif de ce procédé est d’immerger le spectateur dans l’action en apportant une tonalité plus réaliste, plus immersive, ce qui confère à la scène plus de force. Le personnage n’est plus enfermé dans un cadre, mais se déplace dans l’espace, suivi en cela par la caméra.

Pour citer quelques plan-séquences célèbres, on se souvient des errances de l’enfant de Shining (Stanley Kubrick) dans les couloirs inquiétants du gigantesque hôtel hanté. On reste aussi marqué par la scène de guerre impressionnante des Fils de l’Homme (Alfonso Cuaron), un plan séquence de sept minutes filmé dans un décor complexe en plein bombardement. J’ai personnellement un faible pour le plan séquence du film britannique Reviens-moi (Joe Wright), où l’on suit James McAvoy à travers différents décors parmi les soldats.

Il existe également de faux plan-séquences, ce qui n’est en rien une honte, puisqu’ils donnent parfois lieu à de grands moments de cinéma. L’ouverture du film Snake Eyes (Brian De Palma), voyant Nicolas Cage entrer dans une salle de boxe bondée après avoir parcouru des couloirs, en est un exemple magistral. La technique utilisée est appelée « effet de volet ». Elle consiste à faire un gros plan sur un élément pour masquer le raccord entre deux plans.

Les plans-séquences dans la K-pop

Seungri n’est pas le premier artiste de K-pop à s’offrir le luxe d’un clip en plan-séquence. Le groupe EXO de la SM Entertainment avait marqué les esprits avec le MV de Growl, qui voyaient les membres du groupe, alors au nombre de douze, exécuter à la perfection la chorégraphie tandis que la caméra entrait dans la danse en évoluant au milieu de groupe, au lieu de rester à distance comme dans les clips américains. Au cours du clip, Kai perdait sa casquette, mais continuait à danser, improvisant un mouvement supplémentaire pour la récupérer. Ce genre de petit « défaut » devient une immense qualité, apportant une touche d’authenticité unique à la vidéo, en plus de démontrer le professionnalisme de Kai. Cette réalisation immersive est devenue la marque de fabrique du groupe, puis de la K-pop.

Le MV de Untitled, 2014 de G-Dragon est également un plan-séquence. Tourné en une seule et unique prise, il joue sur les effets de rapprochement et d’éloignement avec l’artiste et sur les changements de lumière, devant un décor réalisé en post-production. Le procédé ajoute énormément à l’impact émotionnel de la vidéo.

En revanche, dans l’excellente dance performance vidéo de Ringa Linga, Taeyang nous propose un faux plan-séquence, puisqu’il utilise à deux reprises l’effet de volet. Ainsi, avant le second plan, la caméra fait un gros plan sur sa main, puis sur celle de l’un de ses danseurs (à 2:16), pour passer de la rue au couloir du gymnase. Il n’empêche, cette performance vidéo de Ringa Linga représentait déjà un joli défi pour Taeyang et pour la chorégraphe Parris Goebel.

Seungri multiplie les décors

Avec le MV de 1, 2, 3!, Seungri place la barre encore plus haut dans la série des MV en plan-séquence, et ce, pour plusieurs raisons.

La première est que le chanteur ne se contente pas de danser dans un lieu donné, mais se déplace dans l’espace pour explorer différentes ambiances. L’ensemble de la scène se déroule dans un studio de cinéma, dans lequel se trouvent plusieurs décors de films très seventies, évoquant l’atmosphère d’une comédie musicale : devant un jukebox dans un bar, avec Anda sur une piste de danse ou encore dans une rue avec une bande de frimeurs tout droit sortis du film Grease (Randal Kleiser) qui s’arrangent les cheveux en roulant des mécaniques.

Seungri ne se prend-il pas un peu pour John Travolta, celui de la grande époque ? Peut-être bien, avec ses expressions flegmatiques et ses postures théâtrales. D’ailleurs, dans la dernière partie, il s’offre un petit clin d’œil à Pulp Fiction (Quentin Tarantino) où il reprend la gestuelle du même Travolta.

En regardant le clip pour la première fois, on ne réalise pas immédiatement la difficulté qu’a pu représenter la mise en scène de ces trois minutes trente-trois de vidéo. Seungri le précise d’ailleurs lui-même dans les Behind the scenes (ci-dessous), lui qui n’était pas familier de ce style de danse à la Broadway.

Ce MV représente un énorme travail pour Seungri, tout d’abord, qui doit passer d’un décor à l’autre sans se tromper dans sa trajectoire, dans ses mouvements de danse et dans ses interactions avec les autres protagonistes (le bêtisier montre que le passage de la veste ne s’est pas fait en une seule fois !), tout en continuant de jouer la comédie, puisqu’il incarne un jeune homme qui en fait des caisses pour se faire remarquer par une belle jeune femme. Il représente aussi un défi pour le réalisateur, qui a dû coordonner les déplacements de Seungri, ainsi que toutes ses interactions avec les figurants, tout en dirigeant le cadreur équipé de sa steadycam.

Seungri voyage dans le temps

A ce propos, il est un aspect auquel on ne prête pas toujours attention quand on regarde une vidéo pour la première fois, et qui est pourtant fondamental : la lumière. Celle-ci doit respecter un parti pris artistique et ne pas être déstabilisée pendant le tournage. La lumière du MV de 1, 2, 3! est d’autant plus difficile à mettre au point que le MV change d’ambiance au fur et à mesure que Seungri change de décor – le nombre de fois où la lumière change est en réalité assez stupéfiant! Le procédé paraît acrobatique dans le making-of: des techniciens suivent à la trace le cameraman pour assurer la bonne réflexion de la lumière, tandis que les éclairages se modifient chaque fois que Seungri arrive dans un décor. Les images nocturnes avec la voiture, puis avec les femmes de la nuit, possèdent une sorte de cachet visuel évoquant certains films des années 70.

Pour ajouter une difficulté supplémentaire au tournage du clip de 1, 2, 3!, le concept nécessite l’utilisation d’effets visuels, en particulier dans l’avant-dernier décor, lorsque Seungri s’invite sur une scène où se produit un groupe musical. L’image est celle d’un vieux film en noir et blanc, dont la pellicule serait usée. Cet effet visuel a bien entendu été réalisé a posteriori, lors de la phase du montage, mais il a été préparé de manière inventive pendant le tournage avec l’emploi d’un écran derrière lequel vient se planter la caméra pour filmer Seungri lorsqu’il saisit le micro. Le moment où les techniciens déplacent le cadre nous ramène à la réalité, celle du studio de cinéma, après un moment d’évasion dans le passé, pour un effet de mise en abyme très poétique.

Mais ce n’est pas tout. La caméra ne se contente pas d’évoluer aux côtés de Seungri pendant plus de trois minutes. Elle nous offre également un mouvement vertical sur l’image finale, qui voit Seungri danser sur une piste avec des dizaines de figurants, ce qui implique que le cameraman monte sur une grue en cours de route afin d’être soulevé. Ce moment est visible dans le making of, vers 3:00.

Regarder le clip vidéo de 1, 2, 3! donne non seulement l’impression de se déplacer dans ce studio de cinéma avec Seungri, mais aussi de voyager dans le temps. Le voyage de scène en scène et les changements visuels, qui renvoient à différentes époques du cinéma, créent l’impression du temps qui passe, ce qui confère à la vidéo une certaine magie.

Seungri Le Magnifique

En résumé, Seungri s’offre avec 1, 2, 3! et plus généralement avec The Great Seungri un joli comeback, à la hauteur de son talent. Le titre pompeux de l’album renvoie au roman The Great Gatsby de Francis Scott Fitzgerald (en français, Gatsby Le Magnifique), dont le personnage principal est un millionnaire au passé trouble dont la demeure luxueuse est toujours remplie d’invités.

Justement, l’album The Great Seungri est une fête pour les oreilles, avec ses sons électro lorgnant tour à tour vers la techno comme Sweet Lie ou vers le RnB avec une touche de rock comme Love Is You. En plus des deux premiers titres 1, 2, 3! et Where R U From, l’album compte plusieurs pistes énergisantes comme Be Friend et même quelques moments d’émotion avec Alone. Mon coup de cœur va vers Good Luck To You, avec son refrain obsessionnel et son rythme impulsé par la guitare électrique.

Elodie Leroy

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